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09/05/2016 09:27 EDT | Actualisé 09/05/2016 09:29 EDT

Meurtres, bouddhisme et mystère dans «Rinzen et l'homme perdu» de Johanne Seymour

Courtoisie

Grâce aux tourments et aux enquêtes de Kate MacDougall dans Séquelles, la scénariste Johanne Seymour a permis à Séries+ d’obtenir les meilleures cotes d’écoute de son histoire en ralliant 600 000 téléspectateurs.

Quelques jours après la fin de la télésérie, l’écrivaine rapplique avec Rinzen et l’homme perdu, un roman élaboré autour de trois meurtres sordides et deux enquêteurs aux profils particulièrement originaux : une femme bouddhiste et un homme ouvertement gai.

Québécoise d’origine tibétaine, Rinzen ou «celle dotée d’une grande intelligence» vit avec son fils et ses aïeuls dans un appartement de Montréal. Par sa nature forte et lumineuse, elle permet à sa créatrice de retrouver un peu d’équilibre après avoir consacré des années aux ténèbres de Kate.

«On écrit selon nos états d’âme et en ce moment, j’ai besoin de lumière et d’humanité. Aussi, j’étais très attirée à l’idée d’explorer le quotidien d’un policier bouddhiste, tout en abordant la question de la transmission des valeurs, alors que trois générations vivent sous le même toit. Je voulais mettre de l’avant leur mode de vie.»

Méditation, gastronomie, éthique, valeurs et philosophie à la tibétaine sont présentées avec délicatesse dans l’œuvre de Seymour. « J’ai toujours été touchée par l’histoire du Tibet et son peuple qui se fait démolir sans que personne ne fasse rien, parce qu’aucun pays ne veut se mettre la Chine à dos et parce qu’il n’y a aucune ressource à récolter là-bas. Je voulais faire ma petite part dans la survie de cette magnifique culture en la montrant sous un autre jour. »

Pour ce faire, elle s’intéresse au bouddhisme dans un contexte occidental. «Je me demandais à quoi ressemblait le détachement, le partage, le regard sur un monde sans jugement et la volonté d’être dans l’être et non dans la folie du faire en Amérique du Nord. J’avais envie de montrer une femme qui a de la difficulté à s’adapter, malgré la présence de ses parents, et qui se questionne sur l’avenir de sa culture à travers son fils.»

L’importance accordée aux racines et à la vie familiale de Rinzen offre un vibrant contraste avec son collègue au Bureau des crimes majeurs, Luc Paradis, un séduisant quarantenaire à la vie sentimentale inexistante. «Pour bien travailler avec Rinzen, il me fallait quelqu’un qui comprend les différences. J’ai alors pensé à un policier gai, mais pas un gai de service! Je suis vraiment tannée de voir des personnages homosexuels qui savent choisir le vin et décorer un appartement. J’ai voulu mettre en scène un membre de la communauté de façon réaliste, sans prétendre qu’il représente tous les gais.»

L’écrivaine ne se gêne d’ailleurs pas pour décortiquer certains aspects de la vie gaie, y compris la sexualité. «Je n’aime pas entendre les gens dirent qu’ils aiment les gais, mais qu’ils ne veulent rien savoir de leur vie sexuelle. Ça fait partie de la vie. Luc a un problème avec l’intimité et l’ouverture, et je trouvais ça intéressant de le voir évoluer sur ce point durant le roman. J’avais envie de faire un peu d’éducation. C’est mon petit côté Jeanne d’Arc!»

Complémentaires, les deux policiers sont décrits par leur patron comme un duo d’action et de réflexion.

« Quand le roman débute, Luc est plus dans le mouvement que Rinzen : il veut régler les choses et il la devance pour trouver des pistes. Mais Rinzen est une force de l’inertie. Elle s’imprègne de tout ce qui se l’entoure et laisse les courants passer sans les juger ni les ordonner pour comprendre. Elle pense outside the box, alors qu’il la pousse vers l’action. »

Ce tandem unique en son genre aura fort à faire pour élucider trois crimes iconoclastes : un religieux défroqué de 83 ans retrouvé crucifié, un homme démembré et abandonné au fond des eaux, ainsi qu’un homosexuel de couleur noire pendu à un arbre. En parallèle, les lecteurs auront accès à quelques bribes d’existence d’un être tourmenté et celles d’un enfant ayant grandi dans l’ombre de son frangin…

Un brillant amalgame que l’écrivaine décrit comme un soft polar psychologique. «L’enquête est présente, mais moins trépidante que ce que j’ai écrit par le passé. La vie privée de mes personnages est aussi importante que l’enquête elle-même. Au fond, les crimes sont quasiment des prétextes pour mettre en scène mes personnages.»

N’allez toutefois pas croire que le mystère au cœur du roman est moins prenant. Avec un style limpide, une plume rythmée, des personnages qui offrent une bouffée de fraîcheur au genre policier et des enquêtes aussi captivantes que déroutantes, Johanne Seymour a créé un univers d’une richesse insoupçonnée.

Assez fort d’ailleurs pour avoir une suite. «Les choses sont mises en place pour que ce soit possible, mais je veux d’abord voir comment les lecteurs vont réagir. Pour l’instant, mon prochain roman en serait un avec Kate MacDougall pour boucler l’ensemble.»

Kate que les téléspectateurs ne retrouveront vraisemblablement pas dans une suite de la série Séquelles, même s’il existe déjà quatre autres tomes à adapter pour la télé. « C’est rare que Séries+ produise des suites. Mais c’est certain que si la chaîne en veut une, je serais folle de ne pas la faire. »

Peu d’ouverture également pour qu’un deuxième volet télévisé soit présenté par un autre diffuseur, puisque

Séries+ possède les droits sur la série pendant de nombreuses années et parce que le budget nécessaire afin de tourner dans les Cantons de l’Est durant l’automne (les journées sont plus courtes) en rebuterait plus d’un.

Néanmoins, des démarches ont été entreprises pour vendre la série à l’international. « Nous sommes sur les derniers miles afin de conclure une entente avec un distributeur européen. Quand les grosses cotes d’écoute sont sorties, les demandes de l’étranger sont arrivées très vite. »

Il faut dire que la télésérie compte sur une intrigue particulièrement accrocheuse et une solide distribution, à commencer par Céline Bonnier dans le rôle principal. « Ça prenait une comédienne de sa trempe pour plonger dans la noirceur du personnage : son rapport à l’alcool et à la sexualité, son côté mésadapté au monde, tous les secrets qu’elle a conservés et les bouts de mémoire qu’elle a perdus. Céline a cette grâce au naturel qui lui permet d’être terriblement belle et poquée quand il le faut. Il nous fallait quelqu’un comme elle, capable d’aller au fond de la tragédie, tout en demeurant sympathique aux yeux du public. »

Ceux qui ont manqué la télésérie peuvent la rattraper gratuitement jusqu’au 19 mai ici

Le roman Rinzen et l’homme perdu sera en magasin le 11 mai.

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