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09/05/2016 09:43 EDT | Actualisé 12/01/2017 08:37 EST

Caméras corporelles sur les policiers: montrer les interventions musclées, est-ce vraiment utile? (VIDÉO)

Alors que plusieurs projets-pilotes sont en cours, plusieurs corps policiers du Québec songent sérieusement à se munir de caméras corporelles. Les adeptes n'y voient que des bénéfices: plus grande transparence envers le public et meilleure image de la police, diminution des bavures policières et civiles lors d'altercations, outil pour les enquêtes... Mais d'autres craignent que la diffusion de ces images ait plutôt l'effet inverse, soit d'aggraver l'incompréhension du public envers l'usage de la force.

L'image sur l'écran bouge, mais on voit deux avant-bras tendus et tremblotants et un revolver. «Posez votre couteau, sinon je vais tirer! Posez-le! Posez-le!!» hurle à tue-tête le policier. Un silence. Deux coups de feu. L'homme au couteau est au sol, dans un bain de sang. Voici une scène captée par la caméra corporelle d'un policier américain, une vidéo comme on en retrouve des centaines d'autres sur le canal YouTube «Rawleak».

Aux États-Unis, où 32% des organisations policières se sont dotées de telles caméras au courant des dernières années, beaucoup d'images d'interventions policières très violentes circulent dans les réseaux sociaux. Et certaines ont été diffusées volontairement par les corps de police, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessus.

Bonne ou mauvaise idée?

Faut-il diffuser au grand public les images captées par les caméras corporelles? C'est une des nombreuses questions qui ont été soulevées lundi durant un colloque sur les enjeux liés au port des caméras corporelles par les policiers du Québec, dans le cadre du congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS).

La chercheuse à l'École nationale de police du Québec, Annie Gendron, juge que dans certaines situations, les corps policiers auraient intérêt à diffuser leur intervention, à condition qu'elle soit accompagnée du contexte. «S’il y a diffusion, il faut une explication pour que les gens comprennent le pourquoi de l’intervention policière, car sinon on passe à côté de l’objectif initial : plus de transparence et de compréhension du travail policier», fait valoir la chercheuse.

Dans une étude de cas qu'elle a menée récemment, Mme Gendron a pu constater que les caméras corporelles n'aident pas les personnes sans formation policière à mieux accepter le recours à la violence «parfois nécessaire» lors d'arrestations. «Je tiens à souligner qu'il y a emploi de la force dans moins d'1% des interventions policières», souligne Mme Gendron.

Projets-pilotes en cours dans les métropoles canadiennes

Edmonton: projet-pilote de trois ans terminé, décision de ne pas s'équiper de caméras.

Toronto: projet-pilote en cours depuis près d'un an.

Montréal: projet-pilote doit débuter sous peu.

La Sûreté de Québec, pour sa part, a entamé un projet-pilote qui durera près d'un an et impliquera environ 150 policiers.

Éviter le contrôle et la censure

D'accord ou pas avec l'interprétation que le public fera des images, les services de police ne doivent pas tomber dans le contrôle et dans la censure pour autant, prévient le professeur adjoint à l'École de criminologie de l'Université de Montréal, Rémi Boivin. S'il convient qu'il peut être néfaste que les corps policiers diffusent l'ensemble de leurs vidéos, il ne faut pas non plus qu'ils cachent tout le matériel en prétextant que le public ne «comprend pas ou n'adhère pas au modèle actuel d'utilisation de la force».

Toute cette réflexion soulève la question de l’acceptation sociale de l’utilisation de la violence par les policiers, ajoute Stéphane Berthomet, analyste en affaires policières. «Est-ce que, dans un contexte de multiplication de vidéos policières, ce modèle d'emploi de la force sera appelé à changer pour être plus socialement acceptable? On peut se le demander», dit-il.

Cette idée de revoir les techniques d'intervention policière afin d'assurer une «meilleure image publique» n'a pas du tout plu à un policier du Service de police de Montréal (SPVM) présent au colloque. «On ne va pas commencer à mettre des vies en danger au nom de l'acceptabilité sociale», a lancé l'individu, impliqué dans le projet-pilote de caméra corporelle du SPVM, qui a préservé l'anonymat.

Quelques faits sur les caméras corporelles

Selon les quelques études scientifiques menées jusqu'à présent, le port de caméras a permis:

  • Diminution des arrestations
  • Diminution du recours à la force
  • Amélioration des contacts police-citoyen
  • Diminution des poursuites civiles contre les policiers

Source: École nationale de police du Québec

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