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07/05/2016 03:34 EDT | Actualisé 08/05/2017 01:12 EDT

Thaïlande: la mère d'un opposant à la junte emprisonnée pour lèse-majesté

La mère de l'un des opposants les plus connus de la junte thaïlandaise a été arrêtée samedi pour lèse-majesté, une affaire qui marque un "tournant scandaleux" de la part des militaires selon Human Rights Watch.

Patnaree Chankij, 40 ans, est poursuivie pour avoir violé l'article 112 du code pénal, qui punit de 15 ans de prison toute personne diffamant la famille royale.

D'après les avocats de cette dernière, elle a été inculpée simplement pour avoir simplement écrit "ja" - l'équivalent thaïlandais de "ouais" - en réponse à des messages privés sur Facebook jugés insultants pour la famille royale.

"J'ai vu la conversation et je peux dire que, à aucun moment elle ne partage son opinion au sujet de la famille royale", a affirmé auprès de l'AFP Poonsuk Poonsukcharoen, l'un de ses avocats.

Pour Human Rights Watch, la junte a touché un "nouveau plus bas" avec ces poursuites.

"Poursuivre quelqu'un pour une vague réponse à un message Facebook est le dernier scandaleux rebondissement de la junte en matière de lèse-majesté", écrit Brad Adams, responsable Asie de l'organisation.

Des poursuites également dénoncées par un groupe d'universitaires. La junte "devrait savoir qu'engager des actions contre des innocentes va conduire à la haine entre les gens", écrit ce groupe d'universitaires pour les droits civils.

Samedi, la police a défendu les poursuites. Il y a "d'autres actions en cause, qui ne peuvent être révélées", a déclaré Olan Sukkasem de la police de Bangkok lors d'une conférence de presse.

Le militant accusé d'avoir envoyé les messages à Patnaree a également été interpellé.

Dans un contexte de grande inquiétude autour de la santé du roi de 88 ans, hospitalisé depuis des mois, la junte, arrivée au pouvoir après un coup d'Etat en mai 2014, multiplie les procédures.

Dans ce contexte, l'autocensure sur le sujet est très forte en Thaïlande, y compris parmi les médias étrangers.

Sirawith Seritiwat, le fils de Patnaree est l'un des leaders étudiants qui s'oppose aux militaires depuis près de deux ans. Il a déjà été arrêté à plusieurs reprises.

La junte a également utilisé ses pouvoirs spéciaux pour mettre en place une série de lois restreignant les libertés publiques. Les rassemblements politiques restent ainsi toujours interdits.

En août dernier, un homme et une femme ont été condamnés à 30 et 28 années de prison pour des commentaires sur Facebook.

A l'approche d'un référendum sur un nouveau projet de Constitution prévu pour le mois d'août, la junte est de plus en plus nerveuse. Elle a interdit tout débat et toute campagne sur le texte, qui est jugé antidémocratique par l'opposition.

bur/ia