POLITIQUE
03/05/2016 05:53 EDT | Actualisé 03/05/2016 06:06 EDT

Motion sur le lait diafiltré rejetée : «Il manque de volonté politique», dénonce Ruth Ellen Brosseau

OTTAWA – La motion de Ruth Ellen Brosseau, pour cesser l’importation de lait diafiltré, aurait pu passer comme du beurre dans la poêle si les députés libéraux du Québec ne l'avaient pas rejetée.

« C’est une honte qu’on ait un gouvernement qui n’agit pas. Ce sont tout le temps des belles promesses, des belles paroles, des belles photos, mais on n’a pas d’actions de la part du gouvernement libéral », a critiqué la porte-parole du NPD en matière d’Agriculture.

ruth ellen brosseau

Ruth Ellen Brosseau demandait à aux parlementaires de faire « respecter dès maintenant les normes de compositions fromagères à tous les transformateurs canadiens » et d’empêcher les protéines laitières des États-Unis de rentrer au pays.

À l’heure actuelle, une brèche à la frontière permet au lait diafiltré d’échapper aux tarifs douaniers imposés au lait, aux œufs et à la volaille – une mesure qui aurait causé des pertes de plus de 200 millions de dollars aux producteurs laitiers en 2015.

Le jour du vote au Parlement canadien, des dizaines de producteurs laitiers ont érigé un barrage devant les bureaux de la compagnie Parmalat, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce à Montréal, pour dénoncer l’importation de lait diafiltré.

Si tous les partis d’opposition se sont prononcés en faveur de la motion du NPD, tous les députés libéraux – le premier ministre Justin Trudeau en tête – s’y sont opposés.

« La solution? Tout le monde est d’accord : il faut que le gouvernement applique les règles en place. Ça ne coûte rien, ce n’est pas difficile à faire, mais il manque de volonté politique », dénonce Ruth Ellen Brosseau.

Le chef par intérim du Bloc québécois, Rhéal Fortin, se dit « déçu » et « étonné » de voir que tout le caucus libéral fédéral s’est prononcé contre la motion du NPD, qui ne demande qu’à faire respecter la loi.

« Je suis étonné qu’au Québec, on ait 40 députés libéraux qui ne sont pas capables de se lever et de se tenir debout pour défendre les intérêts des agriculteurs québécois. On dirait qu’une fois élus, il y a comme quelque chose qui s’opère et ils changent de position », estime le bloquiste.

Les libéraux se défendent

Le ministre fédéral de l’Agriculture, Lawrence MacAulay, son secrétaire parlementaire Jean-Claude Poissant et la ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, ont tenu une conférence de presse plus tôt en journée afin de démontrer qu’ils veulent trouver une « solution durable et équitable à cet enjeu ».

« Le gouvernement reconnaît l'ampleur des pertes économiques des producteurs de lait canadiens causées par l'importation du lait diafiltré qui a considérablement augmenté dans les dernières années », a maintenu Jean-Claude Poissant, qui était producteur avant son entrée en politique.

En prévision de la ratification de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, les libéraux fédéraux ont annoncé lundi qu’ils mettraient en œuvre un « plan » de compensations pour aider les producteurs de lait.

Les ministres libéraux, entourés du caucus rural libéral, ont annoncé que le comité permanent de l'Agriculture rencontrerait les producteurs dans les 30 prochains jours afin d’obtenir le point de vue de l’industrie.

Ils avaient déjà annoncé qu’ils allaient voter contre la motion du NPD, puisqu’elle demandait aux parlementaires de reconnaître que les accords commerciaux ouvrent des brèches dans la gestion de l’offre.

Cette annonce a été accueillie avec déception par les Producteurs de lait du Québec. Par voie de communiqué, ils ont fait savoir que la « frustration des producteurs de lait, qui subissent de lourdes pertes depuis des mois, est à son comble actuellement ».

Ruth Ellen Brosseau pense quant à elle que le gouvernement, qui « sent la soupe chaude » à son avis, veut gagner encore du temps auprès des producteurs à bout de nerfs.