POLITIQUE
03/05/2016 06:03 EDT | Actualisé 04/05/2016 10:29 EDT

Démission de PKP: Quel sera son héritage pour le mouvement souverainiste?

QUÉBEC – Plusieurs ont vu en lui un sauveur pour le Parti québécois; à tout le moins, la caution économique qui faisait défaut au mouvement souverainiste. Après un court mandat de 50 semaines, que laisse Pierre Karl Péladeau au mouvement souverainiste?

L’ex-patron de Québecor a démontré «qu’un homme d’affaires de haut niveau, [à la tête] d’un fleuron de l’économie québécoise, peut être en faveur de l’indépendance du Québec», estime l’ex-premier ministre Bernard Landry. «C’est un message à toute la classe économique et à toute la classe d’affaires», dit-il.

Même son de cloche du côté d’Option nationale. «La crédibilité qu’il a amenée au mouvement indépendantiste, en s’affichant clairement et ouvertement indépendantiste, je pense que c’est quelque chose qui ne partira pas», croit son chef, Sol Zanetti.

Ses adversaires souverainistes soulignent également l’ouverture dont il a fait preuve en affirmant que «le Parti québécois n'a pas le monopole de la souveraineté», comme il l’écrivait récemment. «Ça faisait du bien à entendre», concède la co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David.

«Il a ouvert la porte à une collaboration et à un dialogue avec les autres partis, ce qu’il n’y avait pas avant», renchérit Sol Zanetti.

Le chef d’Option nationale souligne également la mise sur pied de l’Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI) au chapitre des réalisations de PKP. «C’est quelque chose qui manquait dans le mouvement indépendantiste depuis très longtemps», estime-t-il.

Un meilleur allié?

Pour Sol Zanetti, le prochain chef devrait poursuivre dans le sens d’une convergence des forces souverainistes. «Ce serait bien étonnant qu’il ne le fasse pas, dit-il. Parce que quand Monsieur Péladeau a fait ces démarches-là, il l’a fait avec l’appui de ses militants et du mouvement indépendantiste.»

Encore faut-il que les autres partis acceptent la main tendue, tempère l'ex-chef bloquiste Gilles Duceppe. «Est-ce que ceux à qui on la propose sont ouverts à cela? Je vais vous dire, Québec solidaire, j’en doute énormément. Ils sont prêts à être dans un Québec souverain à condition qu’il soit à gauche, mais ils sont prêts à rester dans le Canada à n’importe quelles conditions», peste-t-il.

Les exigences posées par Québec solidaire relèvent «d’un gauchisme enfantin», estime Gilles Duceppe.

Pour sa part, Françoise David affirme que le départ de Pierre Karl Péladeau ne facilitera pas nécessairement la convergence avec le PQ. «Comme je l’ai déjà dit, monsieur Péladeau — avec les paradis fiscaux, avec l’attitude antisyndicale —, ça n’aidait certainement pas à un quelconque rapprochement avec le Parti québécois, rappelle-t-elle. Cela dit, on a avec le Parti québécois un certain nombre de divergences, certaines très importantes.» Elle cite notamment la Charte des valeurs et l’atteinte du déficit zéro «à tout prix».

Nouvelle course

Moins d’un an après son élection, PKP vient de replonger son parti dans une course à la chefferie. Pourtant, le PQ traîne une dette de près de 2 millions$ et aura besoin de ressources financières pour faire campagne en 2018.

«Ce n’est jamais bon quand un chef part après si peu de temps», concède Gilles Duceppe, tout en ajoutant que deux années suffisent pour installer un nouveau chef.

Le PQ devrait choisir son nouveau chef d’ici Noël, selon lui. «Ça permettrait de tenir leur congrès d’orientation en juin avec le nouveau chef en place, ce qui veut dire qu’il pourrait imprimer sa marque et sa stratégie, analyse-t-il. Le congrès pourra ainsi être le lancement de la campagne électorale qui viendra quelques mois plus tard.»

Alors que Pierre Karl Péladeau insistait sur sa volonté de «faire du Québec un pays», le prochain chef devra avant tout être clair sur sa démarche référendaire. «Le jour du déclenchement [des élections] il faut dire si oui ou non il y aura des élections dans le cadre du mandat, dit Gilles Duceppe. [Jacques] Parizeau en 1989 avait dit qu’il n’y en aurait pas et personne ne doutait qu’il était souverainiste.»

Au-delà de la date du prochain référendum, la course à la chefferie doit être l’occasion d’expliquer ce que le Québec gagnerait à être souverain, poursuit l’ex-chef bloquiste. «Par exemple, on pourrait décider nous-mêmes ce qui passe ou ce qui ne passe pas sur notre territoire, dit-il. Ce serait un gros plus quand on pense à l’oléoduc de TransCanada.»

«Meilleur ami du fédéralisme»

Chez les adversaires des souverainistes, on évite de sabrer le champagne. «Ça ne change rien, on avait des scénarios pour les trois favoris» lors de la course à la chefferie l’an dernier, explique une source libérale. Vraisemblablement, le PLQ n’aura qu’à dépoussiérer ses documents afin de tenter de «définir» le prochain chef péquiste, comme le font tous les partis au sujet de leur adversaire.

Seul changement important, le PQ «vient de perdre sur le terrain de l’économie», ajoute la même source.

Même constat du côté de la CAQ, où on estime que le retrait de Pierre Karl Péladeau donnera plus d’importance au «bagage économique» de François Legault lors des prochaines élections. Mais il est encore trop tôt pour savoir si le départ de cet adversaire est de bon augure. «On est encore en train d’absorber la nouvelle», confie une source caquiste. Le plan de match des six prochains mois est à refaire.

Loin de se réjouir, les éditorialistes du Globe and Mail ont déploré, avec une pointe de mesquinerie, le départ du «meilleur ami du fédéralisme». Son tempérament volcanique, son absence d’écoute et ses lacunes organisationnelles en faisaient le meilleur argument pour voter contre le PQ, écrit le journal torontois.

À l’intérieur du caucus péquiste, un de ses plus grands détracteurs lors de la course à la chefferie, Jean-François Lisée, affirme pourtant avoir été converti. Mardi, il a publié un long texte sur le site Web de L’Actualité pour reconnaître qu’il a finalement été convaincu par les qualités de ce chef qu’il n’avait pas choisi, comme il le dit lui-même.

Du même souffle, Jean-François Lisée affirme que son départ est une perte pour le PQ, en plus de plonger le parti dans une nouvelle course à la chefferie. «On ne trouvera pas un autre chef avec ce gabarit, écrit-il. La capacité de rebond du Parti québécois est certes admirable, et on s’en remettra, mais ces changements de chefs à répétition font un peu désordre.»

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