NOUVELLES
02/05/2016 10:10 EDT | Actualisé 03/05/2017 01:12 EDT

Une star déchue de la police française jugée pour corruption

Une ancienne star de la police française a admis lundi, au premier jour de son procès pour corruption à Paris, ne pas avoir "fait preuve de professionnalisme" dans la gestion de ses "indics", à qui il a livré des informations en échange de cadeaux.

Michel Neyret, ancien numéro 2 de la police judiciaire (PJ) de Lyon (centre-est), qui dirigea pendant vingt ans la prestigieuse brigade antigang locale, est également soupçonné de s'être procuré du cannabis provenant de saisies pour rétribuer ses informateurs.

Pendant ses trente-deux ans de carrière, le policier, adulé de ses équipes et de ses supérieurs, a multiplié les performances dans des enquêtes sensibles ayant visé des braqueurs, des trafiquants de drogue ou des terroristes qui ont bâti sa légende et lui ont valu la Légion d'honneur, la plus haute distinction française.

"C'était un excellent flic, pour ne pas dire un flic exceptionnel", s'est exclamé lundi sur une radio l'un de ses anciens patrons et ex-directeur central de la police judiciaire, Christian Lothion.

Mais tout s'écroule en février 2011, quand un homme connu pour des escroqueries se vante d'avoir Michel Neyret dans la poche, sans savoir qu'il est sur écoute.

L'enquête démontrera que le policier est intervenu à plusieurs reprises en faveur de cet homme et de plusieurs escrocs présumés, leur fournissant informations confidentielles et plaidant leur cause auprès de collègues et de magistrats.

Selon l'accusation, l'ex-super flic a bénéficié en échange de séjours au Maroc et sur la côte d'Azur dans de luxueux hôtels, de montres de luxe et de remises d'espèces, avant la création d'une société suisse au nom de son épouse avec un compte à Dubaï.

Arrêté avec son épouse en septembre 2011, il sera écroué huit mois avant d'être révoqué de la police et mis à la retraite.

A la barre lundi, Neyret a raconté s'être "jeté à corps perdu dans une politique de renseignement pour infiltrer le milieu et décrocher des flagrants délits" lorsqu'il était patron de l'antigang.

"C'est vrai qu'il m'est arrivé de fournir des informations" à des informateurs pour gagner leur "confiance", a-t-il admis, tout en assurant n'avoir "jamais rien fait" pour entraver une enquête.

Questionné par le président sur son étrange relation avec les "indics" visés dans la procédure, avec lesquels il s'affichait pendant des vacances ou dont il empruntait les voitures de luxe, le policier a concédé "des imprudences".

"Je pensais à l'époque maîtriser les choses. Je n'ai pas fait preuve de professionnalisme dans leur gestion, d'une approche intelligente, je me suis laissé déborder par la situation", a-t-il lâché, mettant en lumière sa ligne de défense: défaillant oui, malhonnête non.

Poursuivi pour huit délits dont corruption, trafic d'influence passif et détournement de scellés de stupéfiants, il encourt une peine de dix ans de prison.

A ses côtés, huit autres prévenus, dont son épouse Nicole, trois de ses anciens subordonnés et des membres présumés du milieu lyonnais.

Le procès est prévu pour durer jusqu'au 24 mai.

pr/jf/chp/ger