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02/05/2016 18:00 EDT | Actualisé 03/05/2017 01:12 EDT

France: après la rue, une réforme contestée du droit du travail entre dans l'arène parlementaire

Une réforme du droit du travail, source de manifestations à répétition depuis près de deux mois en France, arrive mardi dans l'arène du Parlement, où son parcours s'annonce tout aussi périlleux en raison des divisions de la majorité de gauche.

A un an de la prochaine élection présidentielle, le projet de loi est probablement le dernier texte d'envergure du quinquennat du socialiste François Hollande, mais il est aussi celui qui aura fait descendre le plus de Français de gauche dans la rue.

Mardi, à l'heure où les députés entameront l'examen du texte, des syndicats de salariés et d'étudiants organisent un nouveau rassemblement près de l'Assemblée nationale contre un texte qu'ils jugent "inacceptable".

Depuis le 9 mars, ces organisations ont déjà organisé une demi-douzaine de manifestations nationales, dont plusieurs ont été entachées de violences (jets de projectiles sur les forces de l'ordre, dégradations...).

Les autorités accusent des casseurs de se glisser dans les cortèges, tandis que les organisateurs déplorent des sureffectifs policiers qui, selon eux, attisent les tensions.

La mobilisation, à son comble le 31 mars avec 390.000 manifestants dans toute la France selon les autorités, a également débouché sur le mouvement citoyen "Nuit Debout" qui campe chaque soir depuis un mois sur la place de la République, dans le centre de Paris.

Les cortèges se sont peu à peu réduits mais il restait encore environ 170.000 personnes dans les rues des villes de France jeudi. L'opposition au projet a aussi focalisé les défilés du 1er mai (84.000 manifestants), tendu à Paris.

La réforme vise à donner plus de souplesse aux entreprises, notamment en matière d'aménagement du temps de travail, et à clarifier les règles de licenciement économique.

Face à la grogne, le gouvernement a déjà lâché du lest notamment en renonçant à fixer un plafond pour les indemnités à verser en cas de licenciements abusifs, suscitant en retour le mécontentement du patronat.

Mais ses détracteurs jugent que le texte reste trop favorable aux employeurs et risque d'aggraver la précarité pour les salariés, notamment les jeunes.

- 'Il manque 40 voix' -

Outre les communistes ou certains écologistes, plusieurs députés socialistes partagent ces craintes et menacent de ne pas voter le projet de loi en l'état.

"Ce projet n'est pas utile à la France et pour l'intérêt général, il n'est pas conforme aux réformes que l'on attend d'un gouvernement de gauche", ont affirmé certains "frondeurs" à la veille de l'examen du texte.

A l'heure actuelle, "il manque près de 40 voix pour obtenir une majorité et voter la loi", a estimé le rapporteur du projet de loi, le député Christophe Sirugue, dans un entretien lundi au quotidien Le Parisien/Aujourd'hui en France.

Pour rallier des soutiens, le texte - déjà amendé en commission - devrait être modifié lors des dix jours d'examen en séance plénière, avant un vote solennel des députés le 17 mai.

Quelque 5.000 amendements doivent être discutés d'ici là. Il est "encore temps" de trouver "une voie nouvelle", ont écrit dans une tribune des députés critiques, qui demandent des inflexions fortes.

Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a estimé lundi que ces échanges allaient "déboucher sur un équilibre".

En dernier recours, le gouvernement pourrait recourir à une arme constitutionnelle, dont il a déjà fait usage pour obtenir le passage d'une autre réforme économique contestée en 2015.

L'article 49-3 de la loi fondamentale lui permet en effet d'engager sa responsabilité pour éviter un vote sur un projet de loi. Si aucune motion de censure n'est déposée dans les 24 heures, le texte est adopté sans plus de formalités.

Toutefois, la ministre du Travail, Myriam El Khomri, "refuse de faire planer la menace" d'un recours à l'article 49-3. "Je ne suis pas dans cette perspective", déclare-t-elle dans une interview au quotidien Le Parisien/Aujourd'hui en France à paraître mardi.

Recourir au 49-3 risquerait de froisser encore plus une partie des électeurs de gauche, qui selon les sondages sont largement insatisfaits du bilan du président Hollande.

Malgré une impopularité record (environ 15% d'opinions favorables seulement), le chef de l'Etat, qui n'a pas officiellement déclaré ses intentions pour le scrutin de 2017, semble se préparer à une nouvelle candidature et soigne son électorat. Après une revalorisation des salaires des fonctionnaires, son gouvernement doit annoncer mardi une prime pour les instituteurs.

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