DIVERTISSEMENT
01/05/2016 11:05 EDT | Actualisé 02/05/2016 05:13 EDT

«Tout le monde en parle» : quelques moments croustillants

La touchante entrevue de Julie Snyder, le troublant récit des survivants du séisme en Équateur, la franchise de Mariana Mazza… Voici quelques moments croustillants qui ont retenu notre attention à Tout le monde en parle, cette semaine, en cette dernière édition de la saison. Tout le monde en parle sera de retour pour une treizième année l'automne prochain.

Julie Snyder authentique

Il aura fallu attendre 12 ans pour le vivre, mais le passage de Julie Snyder à Tout le monde en parle demeurera gravé dans les mémoires, tant l’animatrice et productrice s’y est montrée sincère et authentique, en abordant notamment avec aplomb des sujets difficiles comme sa rupture avec Pierre Karl Péladeau et l’abandon de sa compagnie de production. Lisez notre compte-rendu de son entrevue ici.

Protéger les hôpitaux

«Ça suffit, il faut arrêter de bombarder des hôpitaux, de bombarder des patients, de bombarder des médecins (…) Il n’y a aucune justification pour attaquer un hôpital qui fonctionne, un médecin qui essaie de traiter un patient, et un patient qui est en train de se battre pour sa vie dans les soins intensifs»: voilà les messages de Joanne Liu, présidente internationale de Médecins Sans Frontières, qui dénonce le fait que des établissements de santé soient victimes de bombardements en zones de conflits armés. La femme se rendra, mardi, à la rencontre du Conseil de sécurité de l’ONU, pour demander qu’une résolution prévienne de futures attaques, ce qu’elle ne juge toutefois pas acquis d’avance.

Celle qui soutient que «l’être humain s’habitue à tout», même aux bombardements, ne s’étonne pas que les ampleurs que prennent les guerres soient aujourd’hui telles que mêmes les lieux qui devraient être les plus sécuritaires, comme les hôpitaux, soient cibles d’assauts. «Je crois que c’est vraiment le reflet de la brutalité des guerres d’aujourd’hui. Des guerres qui sont pilotées de loin, où on ne met plus de soldats sur le terrain. Je crois qu’il y a une déshumanisation de la guerre, aujourd’hui», a soufflé Joanne Liu. Celle-ci nous a appris que Médecins Sans Frontières n’œuvre plus en Somalie depuis 2013 et doit également éviter certains endroits en Syrie, qui sont sous le contrôle de l’État islamique, pour des raisons de sécurité.

Ode au vagin

D’où vient ce besoin intarissable de parler chez Mariana Mazza, de son propre aveu bavarde comme une pie? «C’est plus fort que moi. Souvent les gens pensent que j’ai besoin d’attention, et c’est un petit peu ça, mais c’est surtout que j’aime vraiment ça parler», a lancé Mariana Mazza, en badinant que Guy A.Lepage était «l’homme de sa vie» parce qu’il avait en main des cartons et lisait des informations sur sa vie.

Avec son premier one woman show, Femme ta gueule, Mazza souhaite aborder des sujets francs, rarement soulevés de manière humoristique, avec la couleur qui lui est propre. «Je fourre constamment!», a craché Mariana, après que Julie Snyder lui eut demandé comment elle s’était «déniaisée» après avoir grandi dans Montréal Nord.

Mariana Mazza a souvent blagué, en entrevue, et encore récemment sur le tapis rouge du Gala Artis, que sa gérante lui demande souvent d’arrêter de dire ouvertement et publiquement le mot «vagin». Or, la jeune femme ne l’entend pas ainsi, et ce n’est pas uniquement pour choquer et provoquer qu’elle aimer jaser du sexe féminin.

«C’est magnifique, c’est tellement poétique, et c’est ce que beaucoup de femmes ont ici (…) Je savais, en écrivant ce numéro-là [du «sable dans le vagin», en nomination au prochain Gala les Olivier], que ça allait brasser beaucoup de gens, parce que le mot vagin a souvent été… C’est une partie anatomique de la femme, c’est avec ça qu’on expulse un enfant, c’est tellement beau, c’est ce qui vous fait plaisir, messieurs, je trouve ça magnifique et je trouve ça tellement plate qu’on en soit rendus, des fois, sur certains plateaux, à certains égards, que certaines oreilles chastes disent : «C’est vulgaire, dire le mot vagin». Non, ce n’est pas vulgaire, c’est beau, ça donne vie, et je trouve ça fucking drôle d’en faire des blagues là-dessus!»

Mariana a aussi parlé d’un numéro sur la fellation qui lui a demandé deux ans d’écriture. «J’essaie de désexualiser des thèmes qui ont l’air sexuels, parce que je pense que c’est important, en tant que femme qui a un micro, qui a la parole, de pouvoir parler de choses qui vont toucher et les hommes, et les femmes, et c’est ce qui nous touche le plus, le sexe, l’amour, le couple, la relation mère-fille, père-fille, et je veux l’amener de façon où ça peut contribuer à l’éducation de beaucoup de jeunes, et il y a beaucoup de personnes âgées, pour ne pas dire des vieux, qui viennent me voir et qui me disent : «Mon Dieu, moi dans mon temps je ne pouvais pas parler du fait que je faisais des fellations, et maintenant, vous me donnez juste le goût d’en faire!» Tant mieux!»

Le texte se poursuit après la galerie-photos.

Galerie photo «Tout le monde en parle», 1er mai 2016 Voyez les images

Vivre l’horreur

Le séisme du 16 avril dernier en Équateur aurait pu coûter la vie à Pascal Laflamme et sa fille, Laurie-Ann. La conjointe de Pascal et maman de Laurie-Ann, Jennifer Mawn, et le plus jeune enfant de leur famille, Arthur, ont été emportés dans la tragédie, que Pascal et Laurie-Ann ont relatée avec grand courage, dimanche. Leur histoire n’a absolument rien de léger et de rigolo.

Le clan Laflamme-Mawn vivait en Équateur depuis septembre dernier pour des raisons qu’une ordonnance judiciaire empêchait l’équipe de Tout le monde en parle de révéler, mais on a su que Pascal Laflamme et les siens avaient beaucoup voyagé. Le père et la fille aspirent à retourner vivre en Équateur malgré les terribles événements.

«C’est un projet de famille, un projet à quatre. Abandonner, c’est quelque chose que Jennifer et Arthur n’accepteraient pas. On est une famille de battants, on a voyagé partout dans le monde. On a vécu des choses absolument incroyables. On est impliqués dans un projet immobilier là-bas, et c’est rendu chez nous. Le peuple équatorien, ce sont des gens fantastiques. La solidarité qu’il y a en ce moment (…) Des gens, là-bas, ont énormément de besoins, en termes de médicaments, en termes d’eau. Nous, on essaie, de façon solidaire, d’aider les autres. Moi, je trouve que les gens sont fantastiques. Les gens qui ont vraiment les moyens, en Équateur, vont à l’épicerie acheter de l’eau, se promènent sur le bord de la rue, et vont remplir les petites bouteilles. Les gens sur le bord de la rue ne veulent qu’une petite bouteille d’eau», a plaidé Pascal Laflamme avec conviction.

Laurie-Ann, 14 ans, célébrait son anniversaire jeudi dernier, jour d’enregistrement de Tout le monde en parle. «Sois fière de toi, d’être capable de surmonter ça», l’a félicitée Mariana Mazza pour son courage. L’adolescente a dit accepter sereinement de devoir faire le deuil de sa maman et de son petit frère. «On n’était pas en chicane, quand c’est arrivé, on s’est dit qu’on s’aimait (…) c’est plus facile que de se dire ce qu’on a fait ou pas fait.»

Jennifer Mawn était la nièce de Nancy Mawn, qui en avait bouleversé plusieurs lors de son passage à Tout le monde en parle, le 2 mai 2010. Atteinte d’un cancer, la dame savait qu’elle allait mourir mais préparait doucement son entourage à son départ. Son courage avait ébloui le Québec tout entier. «Jennifer adorait sa tantine, a laissé savoir Pascal Laflamme. Quand Nancy est décédée, on était au Québec. Elle nous a laissé des souvenirs incroyables et elle nous a permis de voir la mort avec un angle différent de celui qu’on connaît, et je pense que ça nous aide.»

Conserver nos fleurons québécois

Mariana Mazza a pris les devants dans l’entrevue avec Dominique Anglade, ministre de l’Économie au gouvernement de Philippe Couillard, lorsque celle-ci a évoqué l’importance de former une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs. «Est-ce qu’on va faire confiance à la nouvelle génération?», a confronté la jeune humoriste. «Ce qu’on constate souvent, c’est que parfois, les leaders qui ont 60 ou 65 ans, se disent qu’ils ont du temps devant eux pour prendre leur décision, a répondu Dominique Anglade. Mais la réalité, c’est qu’à 65 ou 70 ans, il faut que tu cèdes les rênes. Il y a aussi une discussion collective qu’on a besoin d’avoir par rapport à ça, parce que plusieurs ont cet âge-là présentement.»

Bombardier, St-Hubert, Rona, commerce en ligne : les ventes d’entreprises québécoises à l’étranger et les bons et moins bons coups de nos fleurons québécois ont tous été commentés pendant la visite de Dominique Anglade, qui a également fait le point sur son départ de la CAQ et ses relations avec François Legault. «Quand j’ai quitté la Coalition Avenir Québec, ce n’était pas pour partir pour un autre parti politique, c’était pour aller chez Montréal International (dont elle a été nommée PDG, en septembre 2013), et j’ai toujours eu un malaise avec la manière d’aborder les questions sur l’immigration, a résumé la politicienne. Je suis fille d’immigrants moi-même (…) Pour moi, ce processus d’immigration-là, c’est complexe. C’est complexe, arriver ici. Les gens qui arrivent ici sont souvent déchirés. Ils sont parfois contents, parfois ce sont des réfugiés, parfois ils sont contents d’arriver dans un autre pays, mais il reste que la déchirure est très profonde quand même. Et je pense qu’il faut comprendre cette transition-là, pour tout le monde. On est un pays d’accueil, on accueille nos immigrants, et ils ont un effort d’intégration à faire, mais il y a une manière d’aborder la question et de faire les choses.»

Comme un athlète

Chaque arrêt à Cannes constitue un événement unique pour Xavier Dolan, qui ne «s’habitue» jamais au festival, lui qui y retournera prochainement présenter un de ses films, pour une cinquième fois, et qui faisait partie du jury l’an dernier. Le jeune homme est maintenant gêné lorsqu’on lui demande s’il espère remporter la Palme d’or, craignant que ses propos soient mal récupérés et interprétés. Sous l’insistance de Julie Snyder, Dolan a cédé : «Les 22 cinéastes, hommes et femmes, qui vont à Cannes, ne vont pas là pour remporter une coupe de champagne et une boîte de savons en bulles. C’est une compétition. Il n’y a pas un athlète qui se prépare pour une course et qui se dit : «C’est rien, mais au moins je vais être là!» (…) Ici, on a un regard dur, là-dessus, sur l’ambition, le succès, la richesse. Ces notions sont un peu anti-chrétiennes…»

Julie Snyder a relancé le cinéaste en lui demandant s’il avait déjà composé son discours de remerciements, advenant une victoire à Cannes. «Too Soon», a répliqué le principal intéressé. «J’imagine que je vais penser à quelque chose. Je n’improviserai pas!», a-t-il ajouté.

Xavier Dolan a dit ne pas savoir si la chanteuse Adele effectuera ses débuts au cinéma en jouant dans son prochain film, comme l’indiquent des rumeurs persistantes. «On est en train d’y réfléchir», a-t-il affirmé, en précisant que la tournée d’Adele, dont il a réalisé le vidéoclip Hello, complique un peu les négociations.

Dany Turcotte y est allé d’une bonne blague en début d’entrevue avec Xavier Dolan, lorsque Guy A. Lepage a énuméré la distribution de Juste la fin du monde, le long-métrage que Dolan présentera sous peu à Cannes, et qui comprend, entre autres, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Nathalie Baye et Gaspard Ulliel. «J’en ai plein mon tabarnac de cul de voir juste des A dans tes films», a (faussement) vociféré Turcotte, en référence à la virulente sortie de Pierre Lapointe de la semaine dernière.

Xavier Dolan a aussi reçu, dimanche, des mains de Marie Côté, présidente du Conseil des arts et des lettres du Québec, l’insigne de Compagnon de l’ordre des arts et des lettres, titre qui lui a été décerné au printemps 2015. Il a accueilli la distinction avec beaucoup d’émotion.