DIVERTISSEMENT
28/04/2016 04:54 EDT

«Trainspotting» au Théâtre Prospero: Hallucinant

Pierre-Marc Laliberté

Transposer sur scène un succès aussi retentissant que Trainspotting, un défi trop grand? L'expérience a prouvé que non, puisque la pièce est de retour au Théâtre Prospero cette fois, du 26 avril au 14 mai à Montréal. Grâce à une traduction efficace de Wajdi Mouawad, qui s'est lui-même inspiré de l'adaptation d'Harry Gibson datant de 1994 pour le théâtre, Trainspotting à la sauce québécoise a de la gueule. Retour.

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On connaît bien l'histoire tirée du livre d'Irvine Welsh: Mark Renton, un jeune chômeur, flâne ses jours entre shoots d'héroïne et moments frénétiques. C'est la fête, tout le temps, n'importe comment. Surtout n'importe comment. Pour oublier que rien ne se passe vraiment. Ou plutôt, que rien d'intéressant n'arrive jamais pour eux. Avec son groupe d'amis, il tente de trouver un sens à la vie. N'y arrive pas. Reprend une dose. Un rôle qui a littéralement lancé la carrière d'Ewan McGregor, dans le film de Danny Boyle sorti en 1996.

«J’ai honte d’être Écossais, on est des criss de ratés dans un pays de ratés. J’reproche pas aux Anglais de nous avoir colonisés. J’haïs pas les Anglais. C’est des mange-marde. On a été colonisés par des mange-marde. […] On est gouvernés par des trous du cul pourris du câlisse. Pis tu sais-tu qu’est-ce que ça fait de nous ça ? Ça fait de nous des minables ! Les plus minables des minables. […] J’haïs pas les Anglais. Ils font c’qu’ils peuvent avec ce qu’y’ont. C’est les Écossais que j’haïs. C’est nous que j’haïs.»

Sur la scène principale du Théâtre Prospero, c'est Lucien Ratio qui se glisse dans la peau du jeune homme tourmenté. Avec une énergie brute, il plonge totalement dans ce rôle qui commence à prendre des airs de légende. Sans surprise, il y a parfois des décalages, surtout par rapport à l'utilisation du joual pour bien représenter l'argot écossais. À coups de «crisse» et de «tabarnak», on a souvent plus l'impression de se retrouver dans un vieux bar de Sainte-Thérèse ou dans le logement anonyme d'un drogué de Montréal, qu'à l'endroit où se déroule réellement l'histoire: l'Écosse en pleine crise économique. Aurait-il été plus pertinent de changer tout simplement changer les noms des lieux: Montréal pour Edimbourg, Québec pour Londres, par exemple? La question se pose.

Si on met de côté ce petit détail qui titille, on ne peut qu'admirer la mise en scène très fine de Marie-Hélène Gendreau, qui prend toute son indépendance tout en réussissant à faire de jolis clins d'oeil à l'esthétique du film. C'est coloré, c'est intense, c'est parfois tout à fait crade et joliment déprimant. La distribution solide, soutenue par Jean-Pierre Cloutier, Claude Breton-Potvin, Charles-Étienne Beaulne et Martin Boily, prend totalement ses aises dans le décor salement (le mot est juste) bien réussi de Jean-François Labbé.

Quand le noir tombe dans la salle, l'émotion est palpable. C'est que le public vient d'assister à tout un pan de vie: le désespoir, l'envie, le besoin, l'amour, la haine,la tristesse, la maladie, l'euphorie, la violence, le désarroi comme des lumières qui clignotent, comme la vie qui passe trop vite. Beaucoup trop vite. À la porte du Théâtre Prospero, les discussions ne tarissaient pas. Tout de suite, c'est clair: le but est atteint. Trainspotting fera jaser, comme toujours.

Trainspotting, du 26 avril au 14 mai 2016 au Théâtre Prospero. Pour tous les détails, c'est ici.