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28/04/2016 11:56 EDT | Actualisé 29/04/2017 01:12 EDT

Syrie: indignation après le bombardement d'un hôpital à Alep où la guerre fait rage

La ville d'Alep au nord de la Syrie a connu jeudi sa journée la plus meurtrière en une semaine avec 53 civils tués dans des bombardements, l'ONU jugeant "inexcusable" l'attaque par le régime d'un hôpital en zone rebelle la veille.

"Il faut que justice soit faite pour ces crimes", a déclaré jeudi le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon dans un communiqué.

"Les attaques qui ciblent les civils sont des violations inacceptables des lois humanitaires", a-t-il ajouté.

M. Ban a condamné les "récents bombardements aveugles par les forces gouvernementales et les groupes d'opposition, et des tactiques terroristes employées par des extrémistes", appelant tous les belligérants à "s'engager de nouveau immédiatement à cesser les hostilités".

Les Etats-Unis se sont dits jeudi soir "scandalisés par les raids aériens sur l'hôpital Al-Quds, dans un quartier rebelle d'Alep, qui ont tué des dizaines de personnes, dont des enfants, des patients et du personnel médical".

- 'Révoltant' -

Médecins sans frontières, qui soutenait l'hôpital, a condamné cet acte "révoltant ayant encore visé un centre de santé en Syrie". Cet établissement était "le principal centre pédiatrique de la région", a précisé l'ONG.

"La Russie a une responsabilité urgente pour faire pression sur le régime pour (...) qu'il arrête de s'en prendre aux civils, aux bâtiments médicaux et aux secouristes, et qu'il respecte pleinement le cessez-le-feu", a demandé le secrétaire d'Etat américain John Kerry.

L'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, s'est dit très préoccupé par la situation à Alep où les bombardements ont fait plus de 200 morts et des centaines de blessés en une semaine, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Pour la seule journée de jeudi, 53 civils ont péri. Trente-et-un d'entre eux, dont trois enfants, ont été tués par des frappes aériennes du régime et 22 personnes, dont deux enfants, ont péri dans des bombardements rebelles, a précisé l'OSDH.

"C'est la pire journée à Alep depuis cinq ans. Le régime n'a pas épargné un seul quartier", a affirmé à l'AFP un résident de la zone rebelle de Boustane al-Qasr.

Alep, deuxième ville de Syrie, est divisée depuis 2012 entre des quartiers ouest tenus par le régime et des quartiers est sous contrôle des rebelles.

Face au carnage, M. de Mistura a appelé la Russie et les Etats-Unis, parrains d'une trêve entrée en vigueur le 27 février mais bien mal en point aujourd'hui, à prendre une "initiative urgente" pour la remettre en selle.

- 'souffrances massives' -

Pour le Comité international de la Croix Rouge, Alep est désormais "aux portes d'un désastre humanitaire". "Où que vous alliez, vous entendez les explosions de mortiers, les bombardements et le vol des avions", selon Valter Gros, le représentant du CICR dans la ville. "Les habitants vivent sur le fil du rasoir. Tous craignent pour leur vie".

Mais le régime a au contraire laissé entendre qu'il se préparait à lancer une offensive contre cette ville et la province du même nom.

"Il est temps de lancer la bataille pour la libération complète d'Alep", a annoncé jeudi à Damas al-Watan, un quotidien bien informé et proche du pouvoir.

"Ce n'est pas un secret que l'armée syrienne et ses alliés ont préparé cette bataille décisive pour purifier Alep des terroristes", assure le journal. Le régime désigne par "terroristes" tous ses opposants armés.

Un porte-parole du Haut comité des négociations (HCN), qui regroupe les principaux représentants de l'opposition et de la rébellion syriennes, Salem al-Meslet a estimé que le régime d'Assad "refuse de mettre fin aux souffrances du peuple syrien".

Dans ce conflit très complexe, 53 rebelles et 11 combattants des Forces démocratiques syriennes (alliance arabo-kurde) ont par ailleurs été tués dans la zone de Tal Rifaat, une ville contrôlée par les Kurdes (nord).

L'ONU a averti jeudi que des centaines de milliers de Syriens risquaient de ne plus pouvoir recevoir d'aide d'urgence si les combats se poursuivaient.

"Les enjeux sont incroyablement élevés pour les prochaines heures et prochains jours (...) car il y a tant de vies humaines dans la balance", a dit Jan Egeland, qui dirige le Groupe de travail humanitaire.

Selon lui, des convois d'aide ont pu être acheminés dans plus de 52% des zones assiégées, ce qui a permis d'accéder à 255.000 personnes.

Mais 905.000 personnes ne peuvent toujours pas être visitées par les agences d'aide, a regretté M. Egeland.

Le patron des opérations humanitaires de l'ONU Stephen O'Brien a pressé jeudi la communauté internationale de sauvegarder le cessez-le-feu en Syrie afin de "mettre fin à des souffrances massives".

La guerre dans ce pays qui est entrée dans sa sixième année a fait plus de 270.000 morts et poussé la moitié de la population à quitter son foyer.

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