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28/04/2016 07:37 EDT | Actualisé 29/04/2017 01:12 EDT

Ballon d'oxygène pour Bombardier avec la commande de Delta

Pour le constructeur aéronautique canadien Bombardier, la commande ferme de 75 avions CS100 de la compagnie américaine Delta Air Lines apparaît comme une lueur au bout du tunnel des difficultés financières et redonne l'espoir à des milliers d'employés.

Jeudi, les mauvais résultats comptables du premier trimestre ont été gommés par la commande passée par Delta, assortie d'une option pour 50 appareils supplémentaires, d'une valeur de 5,6 milliards de dollars au prix catalogue.

Pour le constructeur canadien, c'est la commande plus importante de son histoire et, a fortiori, pour ce nouvel avion dont le premier vol commercial est prévu le 15 juillet prochain sous les couleurs de Swiss, la filiale de la compagnie allemande Lufthansa.

Cette commande d'une des principales compagnies aériennes mondiales permet aussi d'envisager que le programme CSeries de Bombardier, avec le CS100 et CS300, deux modules offrant de 130 à 160 places, soit au final rentable dans quelques années.

"Cette commande change la donne" pour Bombardier et lui donne "un nouvel élan", a déclaré Alain Bellemare, PDG du constructeur canadien tout en se félicitant du début d'"un nouveau chapitre dans le partenariat" entre Bombardier et la compagnie américaine qui est déjà cliente d'avions régionaux.

"Le CSeries marque vraiment une avancée technologique exceptionnelle et s'inscrit parfaitement dans la stratégie du renouvellement de la flotte" de la compagnie décidée en 2012, a souligné Ed Bastian, PDG de Delta Air Lines lors d'une conférence de presse à Mirabel, à 40 km au nord de Montréal, là où l'avion est assemblé dans les usines Bombardier.

- Plus de 300 commandes -

Avec l'ajout de 75 CS100, le carnet de commandes pour les appareils CSeries dépasse les 300 commandes fermes et un potentiel de 800 avec les options. Alain Bellemare a aussi mentionné qu'Air Canada, pour 45 commandes fermes, "devrait conclure l'entente finale" prochainement.

Mais avec Delta, "c'est le saut qui vient valider que le programme (CSeries) est là pour rester", a assuré le patron de Bombardier avec un large sourire, témoin du succès arraché de haute lutte face à une concurrence sévère.

La négociation a été difficile car tous les "joueurs étaient à la table", a signalé M. Bellemare en référence aux deux principaux constructeurs, Airbus et Boeing.

Pour Fadi Chamoun, analyste de BMO Capital Markets, "c'est la première commande importante qui a été emportée sur le duopole Boeing-Airbus". Chacun s'accorde que Delta a obtenu un rabais notable de Bombardier qui avait besoin d'une grande compagnie pour donner de la crédibilité à son tout nouvel avion. Mais pour cet analyste aéronautique, le contrat a été accordé au Canadien "pas uniquement sur le prix mais aussi sur les mérites de l'avion".

Si Bombardier a obtenu un répit, sa situation financière reste néanmoins inquiétante avec des besoins de liquidités.

Au premier trimestre, Bombardier a essuyé une perte de 34 millions de dollars américains, à comparer à un bénéfice de 170 millions pour la même période l'an dernier, et continue de puiser dans la trésorerie. Le seul programme CSeries va nécessiter un milliard de dollars de liquidités cette année, a estimé Richard Phelan, analyste de la Deutsche Bank.

Si à l'automne le gouvernement de la province du Québec a injecté un milliard de dollars pour 49,5% de la société pilotant le programme CSeries, l'aide financière du gouvernement fédéral est toujours attendue.

"Nous sommes toujours en discussion avec le fédéral pour le programme CSeries pour nous donner plus de flexibilité financière", a déclaré jeudi Alain Bellemare.

Une aide fédérale dont la nature doit être soigneusement étudiée afin d'éviter d'apparaître comme une aide publique directe, et qui pourrait être attaquée par les concurrents devant l'Organisation mondiale du commerce.

"Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement fédéral (n'investirait) pas dans le secteur aéronautique, le plus innovant de l'économie canadienne", quand il a englouti "des milliards de dollars dans l'automobile" au début de la décennie, a rappelé le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard qui a pressé Ottawa d'accélérer le plan de sauvetage.

A la Bourse de Toronto, après cette commande de Delta, l'action Bombardier progressait vers 15H00 GMT de 3,50% à 2,08 dollars, retrouvant un niveau qu'elle n'avait plus atteint depuis le début de l'été dernier.

mbr/jld/sha

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