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27/04/2016 08:30 EDT | Actualisé 28/04/2017 01:12 EDT

Venezuela : l'opposition rassemble des signatures contre Maduro

L'opposition au Venezuela a commencé mercredi à recueillir des signatures afin d'organiser d'ici fin 2016 un référendum révocatoire à l'encontre du président socialiste Nicolas Maduro, sous pression dans un climat de grave crise économique.

Sur Twitter, des photos montraient de larges files d'habitants aux différents points de collecte mis en place dans le pays.

Vers 10H (14H30 GMT), la coalition d'opposition de la Table pour l'unité démocratique (MUD) faisait état, image à l'appui, d'"une queue longue d'un kilomètre à Chacaito", un quartier de Caracas.

"Si le pays se mobilise pour choisir la voie démocratique et obliger le gouvernement à accepter le référendum révocatoire comme mécanisme constitutionnel, alors ce référendum pourrait avoir lieu fin novembre ou début décembre", a estimé l'un des chefs de l'opposition, Henrique Capriles, candidat malheureux à l'élection présidentielle de 2014.

L'opposition a 30 jours pour recueillir 195.721 signatures (soit 1% de l'électorat), qui devront être validées par le Conseil national électoral (CNE) pour passer à la deuxième phase : réunir quatre millions de signatures pour organiser le référendum.

Dans ce dernier, il faudra dépasser le nombre de votes obtenus en 2014 par Nicolas Maduro (7.587.532) pour obtenir son départ.

- Risque d'explosion sociale -

Si le référendum a lieu avant le 9 janvier 2017 et est couronné de succès, de nouvelles élections seront organisées, sinon son vice-président le remplacera, ce qui pourrait pousser le CNE, réputé proche du gouvernement, à "traîner des pieds", estime Risa Grais-Targow, directrice pour l'Amérique latine du cabinet d'études Eurasia.

"Le contrôle opéré par le gouvernement sur le CNE et la Cour suprême signifie qu'il peut facilement allonger la procédure jusqu'à l'an prochain, ce qui éliminerait la nécessité de nouvelles élections et permettrait au chavismo (du nom de l'ex-président, le défunt Hugo Chavez, 1999-2013, ndlr) d'orchestrer un changement depuis l'intérieur", ajoute-t-elle.

Selon Henrique Capriles, ce référendum est "un mécanisme pour éviter l'explosion sociale" alors que le mécontentement monte face à la crise, dans ce pays considéré comme l'un des plus violents au monde.

"Nous ne voulons ni l'explosion sociale ni un coup d'Etat", a-t-il assuré sur la radio Exitos FM, mais "l'opposition n'a pas la capacité d'arrêter un débordement social", alors que des habitants en colère ont attaqué ces derniers jours des petits commerces à Maracaibo, deuxième ville du pays.

La pression est désormais maximale pour Nicolas Maduro, au pouvoir depuis 2013 et confronté à une triple crise : politique, économique et énergétique.

Sur le front politique, il doit composer, depuis janvier, avec un Parlement contrôlé par l'opposition, qui souhaite plus que jamais le faire partir.

Autrefois riche producteur pétrolier, le pays sud-américain est par ailleurs plongé en plein marasme économique, avec la chute des cours du brut, souffrant au quotidien de pénuries qui accentuent l'exaspération populaire.

- 'Situation dramatique et désespérée' -

Enfin, le Venezuela pâtit de sévères coupures d'électricité, en raison selon le gouvernement de la sécheresse due au phénomène météorologique El Nino, l'opposition dénonçant elle le manque d'investissements dans le réseau.

La gravité de la situation a poussé l'exécutif à annoncer des mesures spectaculaires afin d'économiser l'énergie : ainsi, les fonctionnaires ne travailleront désormais plus que deux jours par semaine, a décidé mardi le gouvernement.

"Mercredi, jeudi et vendredi seront chômés dans le secteur public, à l'exception des tâches fondamentales et nécessaires", a déclaré le vice-président Aristobulo Isturiz. Les classes seront suspendues le vendredi pour les écoliers, de la maternelle au lycée.

"Je demande la plus grande compréhension, le soutien, la solidarité" de la population, a plaidé mardi soir à la télévision Nicolas Maduro.

"La situation électrique doit être dramatique et désespérée pour continuer à réduire la semaine de travail dans un pays en crise", a commenté sur Twitter l'économiste Luis Vicente Leon, président de la société d'études Datanalisis.

Avant cette mesure, applicable pour "au moins" deux semaines selon M. Maduro, le gouvernement avait déjà annoncé que l'électricité serait coupée quatre heures par jour pendant 40 jours dans les dix Etats les plus peuplés, à l'exception de Caracas, décrété un prochain changement de fuseau horaire de 30 minutes et créé de nouveaux jours fériés.

bur-ka/rap