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27/04/2016 11:40 EDT | Actualisé 28/04/2017 01:12 EDT

Explosions et disjoncteurs problématiques : une situation connue depuis 2003

À la suite de plusieurs explosions récentes, Hydro-Québec doit dépenser de façon urgente plus d'un demi-milliard de dollars pour remplacer tous les disjoncteurs PK de 735 000 volts sur son réseau. Certains de ces disjoncteurs ont littéralement explosé dans les dernières années, projetant des pièces dangereuses à des dizaines de mètres. Pourtant, un rapport produit il y a 13 ans fait état de la nécessité remise à neuf et du remplacement de ces disjoncteurs. 

Un texte de Mathieu Dion

Le rapport, réalisé par l'ingénieur Stéphane Proulx en 2003, démontrait l'importance d'agir sur ces disjoncteurs qui se trouvent au sein des quelque 500 postes d'Hydro-Québec. Il proposait entre autres la remise à neuf de certains disjoncteurs et le remplacement progressif d'une partie du parc des PK par des SF6. L'ingénieur expliquait que le remplacement devrait être priorisé sur une base annuelle.

La porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ) en matière d'énergie, Chantal Soucy, a brandi ce rapport lors de la période des questions à l'Assemblée nationale mercredi.

Le ministre de l'Énergie, Pierre Arcand, a répondu que chaque année Hydro-Québec fait des travaux de réfection sur son réseau. « Les disjoncteurs en question ont été posés et fabriqués dans les années 70. La décision d'Hydro-Québec est très réaliste. Ils seront remplacés ». a-t-il dit. Le ministre Arcand s'en remet à la Régie de l'énergie qui devra analyser les demandes faites par la société d'État et approuver la dépense. Au total, 322 disjoncteurs PK ont été ou seront remplacés au coût de 1,9 million de dollars chacun. Il en reste encore 290 à changer.

Le remplacement des disjoncteurs PK est en cours depuis 10 ans, ajoute le porte-parole d'Hydro-Québec, Serge Abergel. « Ce qu'on fait ici, c'est qu'on accélère le calendrier. Deux incidents motivent notre décision de devancer le calendrier, car ils créent une préoccupation pour la sécurité des employés et la fiabilité du réseau. La régie doit se pencher sur le calendrier qu'on lui propose. »

Des disjoncteurs vieillissants et dangereux

Dans les dernières années, par temps froid, plusieurs disjoncteurs PK ont explosé soudainement. Des débris métalliques et de porcelaine ont été catapultés sur des dizaines de mètres.

Le directeur à la planification des réseaux de transport de TransÉnergie a indiqué à Radio-Canada que les disjoncteurs PK arrivent à un moment de leur vie où le taux de défaillance commence à augmenter : « Notre réaction est d'analyser les bris et nous commençons justement à remplacer ces équipements. » Leur défaillance ne poserait pas de risque à la fiabilité du réseau, car il serait conçu pour y faire face.

La situation inquiète toutefois le Syndicat des technologues d'Hydro-Québec qui a souvent fait appel dans ce dossier à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Le syndicat craint qu'un incident grave blesse des travailleurs avec l'augmentation du nombre d'explosions.

Pour assurer la sécurité des travailleurs dans les postes à risque, des zones de sécurité sont établie. Dans certains cas, un véhicule blindé est utilisé pour circuler. « Il y a évidemment beaucoup de problématiques en santé et sécurité au travail, fait savoir Pierre Turgeon de la CNESST. On parle en plus d'électricité. Hydro-Québec a une expertise et collabore avec nous, même chose pour le syndicat. Ce qui nous réjouit, c'est quand le milieu prend en charge ces questions et c'est présentement le cas. »

Dividendes à tout prix?

De son côté, l'ancien responsable de la santé et sécurité au travail au Syndicat des technologues, Pierre Lemieux, affirme que les travailleurs doivent se battre face à leur employeur afin de faire avancer les dossiers en matière de santé et sécurité. Il a l'impression que les dividendes remis à l'État passent avant tout.

Pourtant, alors que les installations vieillissent, les explosions se comptent par dizaines sur de nombreux appareils électriques du réseau.

« Le réseau est géré dans une optique de saine gestion, de fiabilité et de sécurité avec un regard sur les coûts, insiste Serge Abergel d'Hydro-Québec, parce que tout investissement sur le réseau peut se refléter sur les tarifs que les Québécois paient. »

Hydro-Québec doit dépenser près d'un milliard de dollars en 2016 pour améliorer l'ensemble de ses installations, ce qui pourrait entraîner des augmentations tarifaires.