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27/04/2016 08:54 EDT | Actualisé 28/04/2017 05:12 EDT

Enlèvements: le président philippin promet de «neutraliser» les islamistes d'Abou Sayyaf

Le président philippin Benigno Aquino s'est engagé mercredi à lancer un assaut militaire pour "neutraliser" les islamistes du groupe Abou Sayyaf, qui ont décapité un otage canadien et retiennent captifs une vingtaine d'étrangers.

"Il y aura des victimes. Mais ce qui revêt une importance capitale, c'est de neutraliser les activités criminelles de l'AGS" a dit M. Aquino dans un communiqué, en référence à l'acronyme fréquemment utilisé pour désigner le groupe Abou Sayyaf.

La tête de l'otage canadien John Ridsel, enlevé il y a sept mois à bord d'un yacht près de Davao, la grande ville de l'île méridionale de Mindanao, a été abandonnée lundi sur une île du sud qui est l'une des places forte d'Abou Sayyaf.

"Ce meurtre est destiné à terroriser notre population toute entière. Abou Sayyaf croit qu'il peut nous inspirer la peur. Au lieu de quoi, ils nous ont galvanisé encore plus pour que nous nous assurions que justice soit rendue", a lancé le président philippin.

"Nous avons toujours été ouverts à la discussion avec ceux qui veulent la paix, mais ceux qui commettent des atrocités peuvent s'attendre à toute la puissance de l'État".

Le chef de l'État n'a pas fourni de calendrier.

Abou Sayyaf, dont les dirigeants ont prêté allégeance à l'organisation extrémiste sunnite État islamique (EI), détient plus de 20 autres étrangers en otages.

Parmi eux, un Canadien et un Norvégien enlevés en même temps que John Ridsdel, dans une marina située à environ 699 kilomètres de l'île de Jolo, repaire traditionnel d'Abou Sayyaf.

Le groupe détiendrait aussi un ornithologue néerlandais capturé en 2012 dans le Sud de l'archipel, de même que 18 matelots indonésiens et malaisiens enlevés récemment.

D'après M. Aquino, les otages sont aux mains de Radullan Sahiron, l'un des fondateurs d'Abou Sayyaf connu pour avoir perdu un bras dans des affrontements avec l'armée.

Sahiron a consolidé ses forces sur Sulu, un petit archipel à majorité musulmane situé à un millier de kilomètres de Manille et dont Jolo est la plus grande île, a ajouté le président.

"C'est à la fois un problème et une opportunité. C'est un problème à cause des forces non négligeables qui encerclent Sahiron et les captifs, mais c'est aussi une opportunité parce qu’écraser ces forces est à notre portée".

Abou Sayyaf est une ramification extrémiste de l'insurrection séparatiste musulmane qui a fait plus de 100 000 morts depuis les années 1970 dans le sud de ce pays composé à très grande majorité de catholiques fervents.

Le groupe ne compterait que quelques centaines de combattants, mais il a survécu à plusieurs offensives militaires soutenues par les États-Unis.

Il s'est fait depuis plus de 20 ans une spécialité lucrative des enlèvements contre rançon et les analystes estiment qu'Abou Sayyaf est davantage un groupe crapuleux qu'un mouvement idéologique.

M. Aquino a également évoqué des projets supposés d'enlèvement de la star philippine de la boxe Manny Pacquiao et de la plus jeune sœur du président, Kris, une personnalité populaire de la télévision.

D'après lui, Isnilon Hapilon, reconnu par l'EI comme un leader philippin du groupe, est à l'origine de ces projets. Avec d'autres cadres, Hapilon voulait commettre des attentats à la bombe à Manille et procéder à des enlèvements pour obtenir des financements de l'EI.

Le président a toutefois assuré que les principaux instigateurs de ces projets avaient été arrêtés.