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27/04/2016 13:33 EDT | Actualisé 28/04/2017 01:12 EDT

École obligatoire jusqu'à 18 ans: Couillard juge que ce n'est pas la solution

QUÉBEC — Les jeunes de 16 et 17 ans vont pouvoir continuer à faire l'école buissonnière.

Il n'a pas fermé la porte à double tour, mais le premier ministre Philippe Couillard a écarté l'idée, mercredi, de rendre obligatoire la fréquentation de l'école jusqu'à 18 ans.

Cette proposition, lancée par le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, ne risque donc pas de faire partie des priorités gouvernementales dans les années à venir.

Questionné en Chambre à ce sujet, M. Couillard a dit qu'il n'existait aucune preuve permettant de tracer un lien de cause à effet entre l'obligation de fréquenter l'école jusqu'à 18 ans et l'obtention d'un diplôme.

De plus, une telle mesure aurait un coût élevé: 250 millions $, a-t-il noté.

Il s'est dit persuadé que l'intervention précoce, dès la prématernelle, pour détecter les cas problèmes d'enfants susceptibles de décrocher à l'adolescence, paraissait beaucoup plus prometteuse pour favoriser la réussite scolaire.

Depuis 1988, les jeunes peuvent quitter les bancs d'école dès qu'ils atteignent l'âge de 16 ans.

La CAQ propose que l'école soit obligatoire jusqu'à 18 ans ou jusqu'à l'obtention d'un diplôme, comme c'est le cas en Ontario, au Nouveau-Brunswick et dans 18 États américains.

Selon la logique de M. Legault, «si un jeune qui n'a pas 18 ans n'a pas le droit d'acheter du tabac, n'a pas le droit d'acheter d'alcool, n'a pas le droit de voter, je ne vois pas pourquoi il aurait le droit d'abandonner l'école sans qu'on fasse les efforts nécessaires».

«Quelle évidence avons-nous que de forcer un jeune à s'asseoir sur le banc d'école va améliorer sa persévérance, et sa réussite, et sa diplomation? On a très peu d'évidence de ça», a répliqué le premier ministre.

Le sujet pourrait cependant alimenter la réflexion lors de la prochaine consultation qui sera menée sur la réussite scolaire.

Il a reproché à M. Legault de n'apporter «aucune preuve» de la pertinence de son approche.

«Où est la preuve, le moindre commencement du début d'une preuve que cette mesure va, en elle-même, être un élément significatif de réussite pour les enfants? Moi, c'est ça qui m'importe», a dit M. Couillard.

En point de presse, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a renchéri pour dire que «la contrainte c'était loin d'être une bonne idée. C'est pas la chose à faire». Il s'est dit tout de même disposé à y «réfléchir».

Du côté de l'opposition péquiste, la proposition a été assimilée à une façon d'empêcher les jeunes de travailler.

Le porte-parole péquiste en éducation, le député Alexandre Cloutier, a dit être tombé en bas de sa chaise, en apprenant que le porte-parole de la CAQ avait proposé de «modifier les lois du travail pour que les employeurs ne puissent pas embaucher de jeunes décrocheurs».

Il a prié le ministre de l'Éducation de rejeter cette proposition «farfelue».

Malgré les critiques, le député caquiste François Bonnardel a pris la défense de son parti et a cherché à arrondir les angles, en disant que certains jeunes pourraient obtenir une dérogation à la loi, «signée par ses parents», et continuer à travailler, même s'ils n'ont pas 18 ans et ne sont pas inscrits à l'école.

«Il pourrait arriver que papa et maman tombent malades et que le jeune homme doive travailler» pour subvenir aux besoins financiers de sa famille, a-t-il fait valoir.