POLITIQUE
22/04/2016 06:09 EDT | Actualisé 25/04/2016 12:21 EDT

Bientôt la fin pour ADR.tv : les alertes Amber feront l'affaire, dit le CRTC

OTTAWA – La mort imminente de la chaîne Avis de recherche (ADR) n’inquiète pas le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), qui considère qu’il existe déjà des moyens pour retrouver les personnes disparues.

« Il y a plusieurs outils technologiques maintenant qui existent pour informer et avertir les Canadiens des situations d’urgence, comme les alertes Amber, par exemple », indique la porte-parole du CRTC, Céline Legault.

Le CRTC a averti ADR en août 2013 que la chaîne ne ferait plus partie du service de base des câblodistributeurs. Depuis, ADR a mené des campagnes de sensibilisation afin de démontrer l’importance de ses services pour les familles des personnes disparues et les victimes d’actes criminels, entre autres.

Le président d’ADR, Vincent Géracitano, pense que la décision du CRTC de retirer sa chaîne du service de base est « incompréhensible ».

« La chaîne va au-delà de simplement diffuser des images de suspects de personnes disparues. C’est une chaîne utilisée par tous les organismes qui oeuvrent dans la sécurité civile », explique-t-il dans une entrevue à l’émission de Paul Arcand au 98,5 FM, en janvier dernier.

Vincent Géracitano raconte avoir créé ADR en 1999, après avoir été victime d’un crime qui n’allait pas « faire les manchettes ». Depuis, la chaîne diffuse en continu des émissions sur « tout ce qui touche la sécurité du public », comme la violence conjugale, l’abus des aînés ou la sécurité routière.

S’adapter aux nouvelles technologies

Céline Legault reconnaît que la barre est haute pour le CRTC. « Une distribution obligatoire, c’est quand même un important privilège, dit la porte-parole. Il faut que ces stations-là puissent nous démontrer qu’ils ont une contribution exceptionnelle à atteindre la Loi sur la radiodiffusion. »

Ladite loi mentionne que le système canadien de radiodiffusion doit démontrer qu’il est un « service public essentiel », mais doit aussi « refléter le caractère multiculturel du Canada et rendre compte de sa diversité régionale ».

« Quand la décision est tombée [en 2013], on a quand même donné deux ans à Avis de recherche pour ajuster leur modèle d’affaires et négocier l’entente de distribution avec les diffuseurs », mentionne Céline Legault.

Vidétron confirme que l’entreprise a eu plusieurs discussions avec les responsables d’ADR, mais confirme que la chaîne sera retirée des ondes dès le 30 avril.

« Le retrait de cette chaîne ne signifie pas que Vidéotron ne souhaite pas participer aux efforts collectifs mis en place dans le type de situations où Avis de recherche considère être utile », précise l'entreprise par courriel.

Toutes les entreprises de distribution par câble ou par satellite, les stations de radio, les stations de télévision et les services de vidéo sur demande ont l’obligation, depuis le 31 mars 2015, de transmettre les messages d’urgence de sources officielles.

C’est le cas des alertes Amber qui sont déclenchées afin de retrouver un enfant enlevé qui risque de souffrir de lésions corporelles graves ou en danger de mort dans les plus brefs délais, tant par le biais des médias que des alertes sur les téléphones intelligents.

« Les Canadiens ont maintenant accès à toute une série de nouvelles technologies, qui n’existaient pas en 2007, au moment où Avis de recherche s’est fait accorder la distribution obligatoire. Ces nouvelles technologies permettent aux citoyens d’aider les organismes chargés d’appliquer la loi à résoudre différents types de crimes, dont les meurtres et les disparitions, de façon plus efficace et plus efficiente que par l’entremise d’une chaîne de télévision linéaire », souligne Vidétron.

Bell Média n’a pas répondu à la demande d’entrevue du Huffington Post Québec.

La ministre Joly interpellée

Avis de recherche ne se limite pas à diffuser les cas récents d’enfants disparus. Certains parents s’accrochent toujours à l’espoir de retrouver le leur, des années plus tard, par le biais de cette chaîne.

Ces mêmes parents ont interpellé la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, pour empêcher la fermeture définitive d’ADR. Le grand-père de Cédrika Provencher, entre autres, dit que la chaîne Avis de recherche est un « atout pour une société ».

« En fermant cet outil, Madame la ministre, vous m’enlevez tout espoir de retrouver mon fils Sébastien Métivier », déclare pour sa part Christiane Sirois, dans une vidéo de sensibilisation.

La députée du NPD de St-Hyacinthe-Bagot, Brigitte Sansoucy, est revenue à la charge lors de la période de questions de vendredi, 22 avril, pour que le gouvernement sauve ADR.

« Si rien n’est fait, la chaîne devra fermer la semaine prochaine en raison d’une décision du CRTC. En vertu de la loi, la ministre peut intervenir. Qu’attend-elle pour le faire? »

« Je suis très sensible aux demandes exprimées par la chaîne ADR et par sa mission, exprimer de l’information pertinente. Je comprends qu’ADR a toujours sa licence et peut, par conséquent, développer tout le potentiel de sa licence », a répondu la ministre Joly.

Elle soutient que les décisions dans ce dossier relèvent du CRTC, qui a « l’autorité exclusive d’ordonner la distribution obligatoire ».

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