POLITIQUE
20/04/2016 04:37 EDT | Actualisé 20/04/2016 04:39 EDT

Transparence du gouvernement Couillard: Des ministres négligent leurs agendas publics (VIDÉO)

QUÉBEC – Depuis sa nomination, la ministre Dominique Anglade n’a rencontré personne ni pris part à aucune activité. Du moins, c’est ce qu’on pourrait croire en consultant son agenda public que tous les ministres doivent tenir à jour.

La nouvelle ministre de l’Économie n’est pas la seule à négliger cette mesure phare de la transparence promise par le premier ministre Philippe Couillard.

Son collègue à l’Agriculture, Pierre Paradis, inscrit un minimum d’informations à son agenda. La plupart des entrées ne contiennent que la mention «comté». La dernière activité publique mentionnée indique qu’il a prononcé une allocution dans le cadre de l'Assemblée générale annuelle des Producteurs de lait du Québec le 14 avril dernier.

Toutefois, aucune rencontre avec des acteurs non gouvernementaux ne figure à l’agenda de Pierre Paradis, contrairement à la directive donnée par le premier ministre l’an dernier.

D’autres ministres inscrivent quelques activités publiques (comme une présence au défilé de la Saint-Patrick), mais rencontrent peu ou pas de lobbyistes ou de représentants d’organismes, à en croire leurs agendas.

Ces lacunes ont été soulignées mercredi par la députée péquiste Agnès Maltais lors de l’étude des crédits de la Commission d’accès à l’information.

agnes maltais

Certains sont toutefois plus assidus. Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, révèle notamment avoir rencontré le 15 avril dernier le directeur général d’Uber au Québec, Jean-Nicolas Guillemette, pour discuter de «la réglementation du transport rémunéré de personnes».

Jean-Marc Fournier, qui avait lui-même dévoilé les mesures de transparence de son gouvernement, a également rencontré, le 7 mars dernier, Louis Bergeron, vice-président Québec et Nouveau-Brunswick, pour l’oléoduc Énergie Est de TransCanada.

Promesse importante

Pourtant, le gouvernement Couillard avait présenté la mesure à l’automne 2014 comme un moyen de redorer le blason de la classe politique après des années marquées par les audiences de la commission Charbonneau.

«Ça doit être vu avec l’ensemble des outils qui existent au Québec pour se donner ou essayer de redonner un certain niveau de confiance à l’égard de la démocratie, de nos élus, avait dit le ministre responsable de l’Accès à l’information de l’époque, Jean-Marc Fournier. L’objectif est de donner le plus d’information possible pour que les citoyens soient mieux à même de savoir ce qui se passe et de se faire une opinion eux-mêmes de ce qui se passe.»

Depuis le 15 janvier 2015, les ministres doivent donc inscrire en ligne les événements auxquels ils prendront part le lendemain. Ils doivent également indiquer, depuis avril 2015, leurs rencontres dans un délai maximal de 90 jours après l’événement. Les renseignements doivent inclure la date, le lieu, l’objet de la rencontre et le nom de l’entreprise ou de l’organisme représenté.

L’actuelle ministre responsable de l’Accès à l’information, Rita De Santis, a défendu mercredi les avancées de son gouvernement en matière de transparence. «Ce n’est pas parfait, c’est ma tâche maintenant d’améliorer le ‘raportage’ des agendas par les ministres. Je prends ça au sérieux. Le premier ministre prend ça au sérieux et on a déjà accompli un bon bout», a-t-elle répondu à Agnès Maltais.

rita de santis

Rita de Santis estime qu'il faudra du temps pour changer les habitudes des ministres. «Il y a tout un changement de culture qu’il faut faire et nous travaillons dans cette direction-là, assure-t-elle. Je peux vous dire qu’on va faire beaucoup mieux qu’on le fait actuellement, mais je suis contente d’être où on est.»

Son cabinet a tenu deux séances d’information pour le personnel politique au cours des dernières semaines, précise la ministre. Son cabinet surveille également la mise en ligne des agendas mensuellement.

Une mesure prise au sérieux?

Quant au ministre de l’Agriculture, Rita De Santis a affirmé qu’il corrigera bientôt la situation. «J’ai déjà parlé avec lui, et son responsable d’agenda va adhérer aux demandes qui ont été faites», a assuré la ministre.

Pourtant, quelques minutes plus tard, Pierre Paradis a préféré badiner avec le sujet. «Vous me voyez à tous les jours», a-t-il lancé aux journalistes qui lui demandaient s’il entendait se conformer à la directive.

«En agriculture, on n’a pas beaucoup d’intervenants comme tels», a-t-il ajouté pour justifier l’absence d’inscriptions à son agenda. Pourtant, la semaine dernière, le ministre admet avoir rencontré Agropur, l’UPA et des producteurs laitiers. Au cours des semaines précédentes, ce sont les producteurs de sirop d’érable qui ont souhaité obtenir l’oreille du ministre.

«Mais je n’ai pas rencontré personne que je ne mettrais pas sur [l’agenda] public», dit Pierre Paradis.

Quant à Dominique Anglade, Rita de Santis a expliqué en commission parlementaire que la nouvelle ministre de l’Économie n’a pas encore de responsable de l'agenda. «On est en contact avec son cabinet pour s’assurer qu’elle ait un responsable d’agenda pour qu’elle puisse respecter les exigences de mettre son agenda en ligne», a promis Rita de Santis.

Avec La Presse Canadienne

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