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19/04/2016 14:56 EDT | Actualisé 20/04/2017 01:12 EDT

Venezuela: un président Maduro offensif, une opposition mobilisée

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a montré mardi un visage offensif vis-à-vis de l'opposition, mobilisée pour demander son départ au moment où il arrive à mi-mandat, après trois ans au pouvoir.

Au cours "des trois prochaines années, nous allons sur un chemin d'offensive, d'expansion et de défaite définitive pour cette oligarchie traîtresse", a lancé le dirigeant socialiste devant des milliers de ses partisans réunis face au palais présidentiel de Miraflores, dans le centre de Caracas.

Sous une forte pluie en ce jour férié de commémoration de la lutte pour l'indépendance, Nicolas Maduro a ciblé la majorité de ses attaques contre le Parlement, désormais contrôlé par l'opposition.

C'est "le fer de lance d'un coup d'Etat qui veut une fois de plus promouvoir l'impérialisme nord-américain contre la révolution", a-t-il affirmé.

"Prépare-toi, ton heure va venir!" s'est-il exclamé à l'adresse du président du Parlement, Henry Ramos Allup.

En face, l'opposition a célébré, à sa façon, le mi-mandat de Nicolas Maduro: en mobilisant des milliers de partisans lors d'un forum public organisé à Caracas et divers autres actes à travers le pays, sous le slogan "Personne n'arrêtera le changement".

Son objectif? Faire pression sur le Conseil national électoral (CNE) pour qu'il active la procédure du référendum révocatoire à l'encontre du président, désormais possible maintenant que ce dernier entame la seconde moitié de son mandat.

Pour organiser ce référendum, il faudra aussi rassembler quatre millions de signatures.

Souhaitant plus que tout le départ du président socialiste, la coalition d'opposition de la Table pour l'unité démocratique (MUD), majoritaire au Parlement pour la première fois en 17 ans, présentera aussi cette semaine un amendement constitutionnel pour réduire son mandat, actuellement de six ans.

"Nous voulons un changement, nous voulons le faire avec les votes du peuple, en paix et pour la paix", a assuré le secrétaire exécutif de la MUD, Jesus Torrealba.

- 'Le pays est une bombe' -

Plus direct, le gouverneur Henrique Capriles, candidat malheureux à l'élection présidentielle de 2013, a estimé que "le pays est une bombe et cette bombe peut exploser".

Trois ans après le décès de l'ex-président, l'emblématique Hugo Chavez, en mars 2013, le Venezuela est plongé dans une profonde crise institutionnelle, pris en étau entre un gouvernement chaviste et un parlement d'opposition, aucun des deux camps ne paraissant disposé à faire de concessions.

Cette situation de blocage se double d'un marasme économique, le pays, autrefois riche producteur pétrolier, ayant été peu à peu asphyxié par la chute des cours du brut, entraînant de grave pénuries et une inflation vertigineuse (180% par an en 2015).

Nicolas Maduro accuse la droite de mener une "guerre économique" et d'organiser les pénuries pour déstabiliser le pouvoir, mais les économistes critiquent surtout son incapacité à gérer les difficultés.

"Le gouvernement n'a pas su affronter cette crise. (Qu'il se justifie par) la guerre économique, l'impérialisme, les martiens, au final le résultat est le même", a affirmé à la presse l'économiste Luis Vicente Leon, président de la société de sondages Datanalisis.

"Cela fait trois ans qu'il est incapable de régler le problème, la situation ne fait qu'empirer", a-t-il ajouté.

L'opposition, elle, s'impatiente. "Nous voulons un changement de modèle pour surmonter cette crise, nous exigeons au CNE qu'il nous fournisse les formulaires pour organiser la collecte de signatures" en faveur du référendum révocatoire, a déclaré le député d'opposition Miguel Pizarro.

Mais les spécialistes du droit mettent en garde contre tous les obstacles juridiques que le gouvernement socialiste mettra sur le chemin de l'opposition.

Ces derniers mois, le Tribunal suprême de justice (TSJ ou Cour suprême), réputé proche de l'exécutif, a notamment retoqué la loi emblématique de la MUD, qui voulait amnistier les prisonniers politiques.

Il a aussi validé le décret instituant l'état d'urgence économique, qui confère des pouvoirs étendus à M. Maduro, faisant fi des protestations du parlement.

Pour l'expert en droit constitutionnel José Ignacio Hernandez, "s'il n'y a pas de solution pacifique et institutionnelle, nous allons avoir un conflit politique, ainsi qu'un conflit social, plaçant le pays dans un scénario assez compliqué".

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