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19/04/2016 10:13 EDT | Actualisé 20/04/2017 01:12 EDT

Venezuela : à mi-mandat du président Maduro, l'opposition se mobilise

Après trois ans au pouvoir, le président vénézuélien Nicolas Maduro est arrivé mardi à mi-mandat, une échéance qui permet à l'opposition, majoritaire au Parlement, d'organiser un référendum révocatoire à son encontre.

Avec le slogan "Personne n'arrêtera le changement", l'opposition célébrait cette date-clé à travers un forum public organisé à Caracas et la mise en place de 1.500 points d'information dans tout le pays pour réclamer au Conseil national électoral (CNE) d'activer cette procédure.

Le référendum révocatoire ne peut être organisé qu'à partir du moment où un dirigeant a exercé la moitié de son mandat, mais il faut aussi rassembler quatre millions de signatures. Pour étudier cette option, le CNE demande d'abord une première pétition de 200.000 citoyens.

Souhaitant plus que tout le départ du président socialiste, la coalition d'opposition de la Table pour l'unité démocratique (MUD), majoritaire au Parlement pour la première fois en 17 ans, présentera aussi cette semaine un amendement constitutionnel pour réduire son mandat, actuellement de six ans.

"Nous voulons un changement, nous voulons le faire avec les votes du peuple, en paix et pour la paix", a assuré le secrétaire exécutif de la MUD, Jesus Torrealba.

Nicolas Maduro a lui aussi prévu de célébrer, à sa manière, ce troisième anniversaire au pouvoir. Il devait prendre la tête, à la mi-journée, d'une marche en commémoration du début en 1810 de la lutte pour l'indépendance face au colonisateur espagnol.

"La patrie ne se rend pas" est le mot d'ordre de cette marche.

"Aujourd'hui nous disons à nouveau non à l'impérialisme (...) et le Peuple dans la rue réaffirmera sa force révolutionnaire", a affirmé le président sur son compte Twitter.

Trois ans après le décès de l'ex-président, l'emblématique Hugo Chavez, en mars 2013, le Venezuela est plongé dans une profonde crise institutionnelle, pris en étau entre un gouvernement chaviste et un Parlement d'opposition, aucun des deux camps ne paraissant disposé à faire de concessions.

Cette situation de blocage se double d'un marasme économique, le pays, autrefois riche producteur pétrolier, ayant été peu à peu asphyxié par la chute des cours du brut, entraînant de grave pénuries et une inflation vertigineuse (180% par an en 2015).

- Crise économique et institutionnelle -

Le gouvernement accuse la droite de mener une "guerre économique" et d'organiser les pénuries pour déstabiliser le pouvoir.

Les économistes critiquent quant à eux l'incapacité de Nicolas Maduro à gérer les difficultés.

"Le gouvernement n'a pas su affronter cette crise. (Qu'il se justifie par) la guerre économique, l'impérialisme, les martiens, au final le résultat est le même", a affirmé à la presse l'économiste Luis Vicente Leon, président de la société de sondages Datanalisis.

"Cela fait trois ans qu'il est incapable de régler le problème, la situation ne fait qu'empirer", a-t-il ajouté.

L'opposition, elle, s'impatiente. "Nous voulons un changement de modèle pour surmonter cette crise, nous exigeons au CNE qu'il nous fournisse les formulaires pour organiser la collecte de signatures" en faveur du référendum révocatoire, a déclaré lors du forum public organisé à Caracas le député d'opposition Miguel Pizarro.

Mais les spécialistes du droit mettent en garde contre tous les obstacles juridiques que le gouvernement socialiste mettra sur le chemin de l'opposition.

Ces derniers mois, le Tribunal suprême de justice (TSJ ou Cour suprême), réputé proche de l'exécutif, a notamment retoqué la loi emblématique de la MUD, qui voulait amnistier les prisonniers politiques.

Il a aussi validé le décret instituant l'état d'urgence économique, qui confère des pouvoirs étendus à M. Maduro, faisant fi des protestations du Parlement.

"Il y a deux chemins : ou on arrive à un accord pour ouvrir les voies institutionnelles" réclamées par l'opposition, ou le gouvernement peut "continuer à annihiler l'Assemblée", explique le constitutionnaliste José Ignacio Hernandez.

Et, selon lui, "s'il n'y a pas de solution pacifique et institutionnelle, nous allons avoir un conflit politique, ainsi qu'un conflit social, plaçant le pays dans un scénario assez compliqué".

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