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18/04/2016 20:45 EDT | Actualisé 19/04/2017 01:12 EDT

Retrouver la croissance économique, casse-tête pour le probable succeseur de Rousseff

Au Brésil, entrepreneurs et opposition estiment que la destitution de la présidente permettra de redresser le pays, mais le successeur de Dilma Rousseff devra prendre des mesures impopulaires au risque de se mettre le pays à dos, estiment les analystes.

L'an dernier, la première économie d'Amérique latine a reculé de 3,8% et le FMI prévoit une contraction du même ordre cette année tandis qu'en 2017, la croissance devrait être nulle.

Ce panorama économique désolant, aggravé par la paralysie politique, est dû à un cocktail qui mêle récession, chômage (près de 7%) et hausse de l'inflation (10,67% en 2015, la plus forte des 13 dernières années).

Si la Bourse se félicite devant la perspective du départ de Dilma Rousseff, tous les voyants semblent passer au rouge: l'inflation, qui devrait être de 7,08% cette année, commence à céder -en raison de la chute de la demande-, et la balance commerciale enregistre un excédent parce que la récession a également limité les importations.

Fort de ce constat, le vice-président du Brésil Michel Temer, qui succédera à Mme Rousseff si le Sénat poursuit la procédure de destitution, a souligné la nécessité de faire des "sacrifices".

La dette publique a atteint en effet 66,2% du PIB l'an dernier, soit près de dix points de plus qu'en 2014, et le déficit budgétaire est passé de 0,57% du PIB en 2014 à 1,88% en 2015.

Cette situation a conduit le gouvernement à réduire son objectif budgétaire cinq fois de suite en 2015 alors que les trois principales agences de notation ont relégué le Brésil à la catégorie spéculative.

"M. Temer va probablement se lancer dans une ambitieuse réforme économique qui mettra le système des retraites et le redressement budgétaire sur la table" des négociations, a indiqué lundi le cabinet d'analyse Eurasia.

"Nous sommes sceptiques sur sa capacité à approuver des mesures d'impact à court terme sur les dépenses, mais il est clair pour son équipe que faire des réformes structurelles est le seul moyen de créer des attentes positives", a-t-il ajouté.

- 2018 en vue -

Sur le plan de l'économie réelle, la production industrielle brésilienne a chuté de 8,3% en 2015.

Les puissantes Confédération de l'Agriculture (CNA, patronale) et Fédération des industries de Sao Paulo (Fiesp) ont milité publiquement pour le départ de la chef de l'Etat à qui ils attribuent la mauvaise santé de l'économie.

Ces lobbies économiques soutiennent M. Temer qui aura, en outre, un Congrès plus disposé que celui de Mme Rousseff. Mais les grandes réformes structurelles, comme celles pour réduire les dépenses publiques, demandent une majorité qualifiée et la gauche, une fois dans l'opposition, ne fera rien pour lui faciliter la tâche, soulignent les experts.

Selon le cabinet Eurasia, si M. Temer arrive au pouvoir il mettra en place une équipe économique qui aura les faveurs des marchés, puisque ses partisans ont "décidé que se positionner comme la solution à la crise économique est la meilleure voie vers leur survie politique".

M. Temer, du parti centriste PMDB, ancien allié du gouvernement, pourrait occuper le fauteuil de la présidente jusqu'à fin 2018. Mais des réformes trop impopulaires pourraient compromettre son ambition de prolonger l'expérience au-delà des prochaines élections.

En 2015, le gouvernement de Dilma Rousseff avait essayé sans succès de faire approuver au Congrès un ajustement qui comprenait des coupes sociales et de nouveaux impôts.

De leur côté, les grandes centrales syndicales et groupes de gauche, appuis traditionnels du Parti des travailleurs (PT, au pouvoir) de la présidente, et de son prédécesseur Luiz Inacio Lula da Silva, étaient descendus dans la rue pour protester contre ces initiatives.

"On s'attend à un réajustement par une voie néolibérale. C'est-à-dire par la diminution de la participation de l'Etat et par l'assouplissement des lois du travail", explique à l'AFP l'économiste indépendant Felipe Queiroz.

"Et ces mesures, prévient-il, entraîneront plus de récession et une perte de popularité."

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