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19/04/2016 11:30 EDT | Actualisé 20/04/2017 01:12 EDT

Le Canada participerait-il au programme américain de défense antimissile?

WASHINGTON — Le dernier ministre conservateur de la Défense voit plutôt d'un bon oeil la participation du Canada à un éventuel programme américain de défense antimissile balistique, un vieux dossier qui semble refaire surface.

Jason Kenney estime que le Canada devrait cette fois envisager sérieusement toute nouvelle demande de Washington, alors que le précédent gouvernement libéral de Paul Martin avait refusé il y a une dizaine d'années l'invitation de George W. Bush.

Le premier ministre Stephen Harper et son cabinet se sont bien gardés par la suite de ranimer ce dossier, d'autant plus que Washington n'a plus ouvertement demandé la participation du Canada, a rappelé M. Kenney dans une entrevue, mardi.

Mais ce dossier pourrait revenir dans l'actualité: le programme de défense antimissile balistique fait partie du vaste examen des politiques de défense entrepris par les libéraux depuis leur élection, en octobre. Le programme a aussi été étudié mardi par un comité des Communes.

Selon l'ex-ministre conservateur Kenney, le Canada a l'obligation de faire sa part pour la défense du continent, dans le cadre d'un programme qui ne prévoit même pas le déploiement en sol canadien d'armes offensives — et certainement pas d'armes nucléaires. ll s'agirait plutôt, selon lui, de déployer au Canada un système de défense afin de moderniser la plateforme du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (Norad), qui date des années 1950.

Selon le Conseil (américain) des relations internationales, les États-Unis ont consacré plus de 100 milliards $ US au programme de défense antimissile balistique depuis 2002, et prévoient dépenser encore 8 milliards $ par année — soit environ deux pour cent de tout le budget militaire.

Ce programme prévoit le déploiement dans l'espace d'engins qui pourraient abattre des missiles tirés vers l'Amérique du Nord — comme rabattre une balle de fusil par une autre balle. Les tests ont échoué jusqu'ici mais ses promoteurs espèrent des succès prochains.

Le système ne pourrait toutefois pas se défendre contre un tir de barrage de missiles, à l'instar du projet de «guerre des étoiles» de Ronald Reagan, dans les années 1980, aux dernières années de la guerre froide. Les partisans du programme plaident que le système permettrait par contre d'abattre un missile lancé par accident ou par un État voyou — on cite souvent la Corée du Nord.

Le Canada n'aurait jamais été invité à déployer chez lui des missiles montés sur des véhicules dits «d’interception exoatmosphérique» — pour abattre des missiles pendant leur passage dans l'espace. La contribution canadienne se limiterait plutôt à déployer davantage de radars au sein de son réseau vieillissant dans l'Arctique — ce que le gouvernement Harper avait déjà commencé à examiner, selon M. Kenney.

L'ex-ministre soutient qu'en s'impliquant davantage, le Canada aurait son mot à dire si on devait un jour décider du territoire au-dessus duquel on abattrait un missile ennemi.

Des notes préparées pour effectuer la transition à la Défense nationale, obtenues par La Presse Canadienne grâce à la Loi sur l'accès à l'information, laissent croire que l'état-major est plutôt favorable à une participation accrue du Canada dans le programme américain de défense antimissile balistique.

Le lieutenant-général Pierre St-Amand, commandant adjoint du Norad, a soutenu mardi devant le comité des Communes que la participation du Canada au programme simplifierait la structure de commandement au Norad. Il a lui aussi rappelé l'argument selon lequel les Américains, actuellement, décideraient seuls de l'endroit au-dessus duquel ils abattraient un missile ennemi.

Deux autres anciens ministres de la Défense, libéraux ceux-là, ont aussi estimé que le Canada devrait revoir sa position. L'un d'eux, Bill Graham, est membre d'un comité consultatif mis sur pied par les libéraux pour procéder à l'examen des politiques de défense du Canada.