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18/04/2016 20:45 EDT | Actualisé 19/04/2017 01:12 EDT

GB/UE: le Brexit, entre splendeur retrouvée et puissance affaiblie

Une sortie de l'Union européenne, ou Brexit, rendra-t-elle sa splendeur au Royaume-Uni ou mettra-t-elle en péril son statut de puissance mondiale?

Si Barack Obama compte répondre à cette question en soutenant un maintien dans l'UE, lors de sa visite à Londres cette semaine, les partisans du Brexit pensent qu'il se trompe.

Plus de 100 députés europhobes ont signé une lettre appelant le président américain à ne pas intervenir dans le débat du référendum du 23 juin.

Mais la Maison Blanche a déjà annoncé qu'il souhaitait réaffirmer pourquoi "en tant qu'ami, les États-Unis pensent qu'il est bon pour le Royaume-Uni de rester dans l'Union européenne".

Cette visite a cristallisé dans chaque camp les arguments sur les conséquences qu'aurait une sortie de l'UE en terme d'influence et de pouvoir.

Libéré des contraintes européennes, le Royaume-Uni pourrait vivre ses plus beaux jours et enrayer le déclin de l'empire britannique, selon les pro-Brexit.

Le populaire maire de Londres Boris Johnson a ainsi suggéré que le pays suive l'exemple du Canada, en signant des accords de libre-échange. D'autres évoquent les exemples de la Norvège ou la Suisse, où la non-appartenance à l'UE n'a jamais freiné la prospérité.

"Si nous gardons la tête froide, si nous ne nous laissons pas intimider et votons pour la liberté et la démocratie le 23 juin, alors j'ai la conviction que ce pays prospérera et grandira comme jamais auparavant", a martelé vendredi Boris Johnson.

-"casse-tête superflu" -

Plutôt que des lendemains qui chantent, le Premier ministre britannique David Cameron fait valoir qu'une sortie serait "un saut dans l'inconnu" pour le Royaume-Uni, 5ème puissance économique mondiale, 5e budget en matière de défense, puissance nucléaire, membre de l'Otan et membre permanent du conseil de sécurité de l'ONU.

Pour Tim Oliver, spécialiste en politique étrangère britannique à la London School of Economics, un Brexit poserait un problème aux Etats-Unis et à la Chine, qui entretiennent des liens étroits avec le Royaume-Uni.

"Peu de gens réalisent que la Chine est l'un des partisans les plus anciens de l'intégration européenne", explique-t-il à l'AFP.

Pour les Etats-Unis, le Brexit serait "un casse-tête superflu", poursuit-il. "Le Royaume-Uni a une relation spéciale avec les Etats-Unis mais c'est surtout vrai dans le domaine de l'armement nucléaire, du renseignement et des forces spéciales", souligne-t-il.

"La relation au sens large s'inscrit dans le cadre beaucoup plus vaste de la relation spéciale américano-européenne", selon lui.

Quant aux accords commerciaux bilatéraux évoqués par le camp pro-Brexit, pour Paul James Cardwell, un expert en droit européen de la Sheffield University, ils dépendront de l'état des relations avec l'UE et du maintien ou non de l'accès au marché unique pour la Grande-Bretagne.

"Soit on reste au sein de l'UE avec les accords actuels (...) soit on en sort en espérant que les Etats répondent positivement au Royaume-Uni", dit-il. "Or, rien ne prouve que ce sera le cas, bien au contraire".

Les tenants du Brexit, eux, comparent l'UE à "un immeuble à la structure dangereuse" dont il faut sortir au plus vite.

- Le poids de l'histoire -

"Avec les crises des migrants et de l'euro qui s'aggravent, l'UE c'est ça - structurellement dangereux", a écrit dans le Daily Mail Daniel Hannan, député européen conservateur et eurosceptique.

L'histoire joue aussi son rôle dans les arguments en faveur d'une sortie du pays de l'UE.

Un sondage de la Commission européenne a établi l'année dernière que seulement 56% des Britanniques se considéraient citoyens de l'UE, contre 67% en moyenne dans les autres pays du bloc des 28.

Séparé du continent européen par un bras de mer de 32 km, le Royaume-Uni l'est aussi par des siècles de batailles avec les Romains, les Français et les Allemands. Il a aussi essuyé deux vétos de la France avant de pouvoir intégrer l'Europe en 1973.

Depuis, sa presse, principalement eurosceptique, a pris plaisir à ridiculiser Bruxelles. Plusieurs de ses dirigeants, Margaret Thatcher en tête, ont eu des relations glaciales avec l'institution européenne.

Et même David Cameron, qui défend aujourd'hui le maintien dans l'UE et joue son avenir politique dans ce référendum au résultat incertain, entretient depuis qu'il est au pouvoir des relations pour le moins ambivalentes avec l'Europe.

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