NOUVELLES
19/04/2016 02:45 EDT | Actualisé 20/04/2017 01:12 EDT

Colombie: la paix avec la guérilla une "opportunité en or" dans la lutte contre la drogue (Santos)

Le président colombien Juan Manuel Santos voit dans la paix qu'il espère signer avec la guérilla "une opportunité en or" pour la lutte antidrogue, et appelle à plus de prévention dans un plan qu'il doit présenter cette semaine à l'ONU, dans un entretien à l'AFP.

"Nous ne proposons pas la légalisation (de la drogue). La légalisation ne pourra se faire que lorsque nous aurons un consensus international", explique-t-il.

Pour lui, la Colombie "est le pays qui a payé le plus lourd tribu" dans la lutte contre le trafic de drogue. "C'est la raison pour laquelle nous avons l'autorité morale pour demander une remise à plat et c'est ce que nous faisons cette semaine aux Nations unies".

"Je propose que nous changions de priorités. Parce qu'après 40 ans de lutte contre la drogue, nous n'avons pas gagné cette guerre. Nous avons réussi à vaincre les cartels les plus puissants du monde mais nous continuons à être le premier pays exportateur de coca".

- Plus de prévention -

Pour lui, il faut donc faire plus de prévention. "C'est plus rentable, plus efficace. Parce que la politique de prohibition n'a pas fonctionné". Et "un drogué ne peut être traité comme un délinquant".

"Il y a des études qui montrent qu'un million de dollars en prévention est bien plus rentable qu'un million de dollars pour s'attaquer à la production de drogue", dit-il.

"Nous n'aurons jamais un monde sans drogue, sans alcool, sans cigarettes. Mais nous pouvons avoir un monde avec une consommation beaucoup moins agressive, plus régulée.

Dans son plan, le président colombie insiste sur la nécessité de promouvoir des cultures de substitution à la production du coca.

"Le grand paradoxe c'est qu'il existe bien des cultures beaucoup plus rentables pour les agriculteurs, parce que ceux qui profitent (de la coca) sont les intermédiaires". Mais comme les zones de production de coca sont des zones de conflit avec les guérillas, "l'Etat a rencontré beaucoup de difficultés à faire des cultures de substitution".

"Quand nous parviendrons à signer la paix avec (la guérilla) des Farc, nous aurons une opportunité en or d'atteindre ces zones et nous seront beaucoup plus efficaces pour promouvoir des cultures de substitution", assure-t-il.

Le gouvernement colombien a ouvert des discussions de paix fin 2012 avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et les deux parties ont déjà signé plusieurs accords intermédiaires, notamment sur la lutte contre le trafic de drogue et les réparations à accorder aux victimes.

Mais elles ne se sont pas entendues sur les modalités d'un cessez-le-feu bilatéral et le désarmement des rebelles, provoquant un report sine die de la signature d'un accord de paix final initialement annoncée pour mars dernier. Parallèlement, le Bogota a également ouvert des négociations officielles avec un autre groupe, l'ELN.

Pour le président Santos, la paix devrait permettre de mieux lutter contre les trafiquants de drogue.

"Avec la paix, nous pouvoir concentrer nos forces contre ces bandes criminelles qui vont vouloir remplacer les Farc dans le trafic de drogue", assure-t-il. Il rappelle que le pays est venu à bout des cartels de Cali et de Medellin "considérés comme invincibles".

Et concernant le clan de trafiquants Usuga, "nous avons déjà arrêté près de 800 personnes depuis le début de l'année", dit-il, se disant persuadé que le chef du clan "allait tomber bientôt".

Il se déclare également favorable aux bombardements des positions de cartels de la drogue. "Si la législation le permet, bien sûr. C'est une discussion juridique au niveau international: de quelles marges disposent les pays face à ces bandes qui ont un armement très puissant ?".

Et s'il s'avoue parfois "frustré" face à ceux qui, comme l'ex-président Alvaro Uribe, sont opposés au processus de paix en Colombie, il affirme ne jamais être "abattu" et penser à cette phrase de l'ex-président sud-africain Nelson Mandela: "+Le jour où vous voudrez faire la paix, pensez à deux mots: persévérance et patience+".

ad/aoc/ib/jh