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19/04/2016 10:35 EDT | Actualisé 20/04/2017 01:12 EDT

Chili : décès de Patricio Aylwin, le président de l'après-Pinochet

Reconstruire une démocratie au Chili : c'est le défi qu'avait relevé le démocrate-chrétien Patricio Aylwin, premier président élu au Chili après la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990) et décédé mardi à 97 ans.

Célèbre pour sa demande historique de pardon aux plus de 3.200 victimes de cette longue dictature, au cours de laquelle 38.000 personnes avaient également été torturées, Patricio Aylwyn est mort de "causes naturelles", a déclaré son fils Miguel Aylwin à la presse devant la maison où est décédé l'ex-chef d'Etat, entouré de sa famille.

"Le Chili a perdu un grand démocrate", a souligné la présidente chilienne Michelle Bachelet à propos de cet homme devenu ces dernières décennies une référence morale de la démocratie dans le pays sud-américain.

Le gouvernement a décrété trois jours de deuil pour rendre hommage à l'ancien chef de l'Etat qui avait dirigé le pays durant les premières années de la transition démocratique au Chili. Des funérailles nationales seront organisée vendredi.

Le régime d'Augusto Pinochet était tombé après le référendum de 1988, le dictateur, qui avait pris le pouvoir par un coup d'Etat le 13 septembre 1973, ayant été rejeté par les électeurs.

Après cette défaite, en mars 1990, Pinochet avait remis le pouvoir à Patricio Aylwin, avocat de formation et acteur-clé de l'opposition.

M. Aylwin avait ensuite été élu président fin 1989 face à l'ex-ministre du Budget de Pinochet, Hernan Buchi, sous la bannière de la "Concertation de partis pour la démocratie", une coalition de partis de gauche.

- 'L'homme du consensus' -

Avec son éternel sourire aux lèvres, Patricio Aylwin était considéré comme "l'homme du consensus", une qualité nécessaire alors qu'il a dû cohabiter encore de longues années avec la présence encombrante de l'ex-dictateur, commandant en chef de l'armée jusqu'en mars 1998.

Ce dernier est décédé le 10 décembre 2006 sans avoir jamais été condamné.

Sous le mandat de quatre ans de M. Aylwin, le Chili avait connu une solide croissance économique, d'environ 8% par an, ce qui avait permis de réduire le taux de pauvreté, de 40 à 30% de la population.

Mais son acte le plus célèbre aura été, un an après son arrivée au pouvoir, de demander pardon, au nom de l'Etat chilien, aux victimes de la dictature, dans la continuité des travaux de la Commission de la vérité et de la réconciliation.

"J'ose, en tant que président de la République, assumer la représentation de la Nation entière pour, en son nom, demander pardon aux proches des victimes", avait déclaré, d'une voix entrecoupée par l'émotion, Patricio Aylwin, lors d'une cérémonie solennelle.

Il avait également rendu hommage au socialiste Salvador Allende, tué en 1973 lors du coup d'Etat du général Augusto Pinochet : quelques mois après son élection, il lui organisa des funérailles d'Etat alors qu'il avait été l'un de ses opposants politiques les plus résolus.

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