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18/04/2016 10:03 EDT | Actualisé 19/04/2017 01:12 EDT

Yémen: les pourparlers de paix reportés en l'absence des rebelles

L'ONU a annoncé le report sine die des négociations de paix sur le Yémen prévues lundi à Koweït, en appelant les rebelles qui n'ont envoyé aucune délégation à se joindre aux pourparlers pour sauver leur pays.

Ces négociations sont appelées à trouver une solution au conflit au Yémen entre le pouvoir du président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu par une coalition militaire arabe conduite par l'Arabie saoudite, et les rebelles chiites soutenus par l'Iran, alors qu'un cessez-le-feu, décrété il y a une semaine, a été violé maintes fois.

Les rebelles Houthis ainsi que leurs alliés n'ont pas envoyé de délégation en se plaignant de "violations saoudiennes" de la trêve instaurée le 11 avril au Yémen.

"Notre présence à Koweït nécessite l'arrêt total de l'agression" saoudienne, a souligné le président du "haut comité révolutionnaire" des rebelles, Mohamed Ali al-Houthi, exigeant sur le site sabanews.net de la rébellion "une garantie que les avions (de la coalition) ne violent plus la souveraineté du Yémen".

Le gouvernement de M. Hadi a dépêché une délégation à Koweït, après avoir lui aussi accusé les rebelles de violations du cessez-le-feu. Cette délégation a dénoncé "le comportement irresponsable" des rebelles et appelé la communauté internationale à "la fermeté face au mépris des efforts de paix".

"En raison de développements ces dernières heures, les négociations de paix ont été retardées", a indiqué le médiateur de l'ONU Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, sans annoncer de nouvelle date pour le lancement des pourparlers.

"Nous travaillons pour surmonter les derniers défis et demandons aux délégations de montrer de la bonne foi et de participer aux négociations afin de parvenir à un règlement pacifique", a-t-il ajouté.

- 3 morts dans une attaque rebelle -

Le diplomate mauritanien a espéré voir les rebelles et leurs alliés, les forces restées fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh, "ne pas manquer l'occasion d'épargner au Yémen plus de pertes humaines et de mettre fin au cycle des violences".

Les médias contrôlés par les rebelles affirment que les raids de l'aviation de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite n'ont pas cessé en dépit du cessez-le-feu, citant un raid aérien lundi à Sarwah, dans la province de Marib, à l'est de Sanaa.

Des sources militaires ont fait pour leur part état d'une attaque rebelle à Marib qui a tué un colonel et deux soldats, ainsi que d'affrontements sporadiques au nord-est de Sanaa.

Toutes les précédentes tentatives de trêve et de pourparlers -le dernier round de discussions en décembre en Suisse- ont échoué.

Le conflit oppose le pouvoir aux Houthis qui l'ont chassé de la capitale Sanaa en septembre 2014 avec l'aide d'unités de l'armée restées fidèles à M. Saleh.

La guerre a pris une dimension régionale lorsqu'en mars 2015, l'Arabie saoudite a pris la tête d'une coalition arabo-sunnite pour enrayer l'avancée des Houthis, perçus comme des "agents de l'Iran" chiite.

- Manifestation dans le Sud -

Les forces progouvernementales aidées par la coalition ont reconquis des territoires, principalement dans le sud, mais le conflit s'est enlisé et la population civile apparaît comme la principale victime.

Depuis mars 2015, la guerre a fait 6.400 morts, pour moitié des civils, et plus de 30.500 blessés, tandis que 2,8 millions de personnes ont été déplacées et 80% de la population a besoin d'une assistance humanitaire, selon l'ONU.

L'une des principales divergences porte sur la mise en oeuvre de la résolution 2216 de l'ONU, qui prévoit le retrait des rebelles de toutes les zones qu'ils occupent, y compris Sanaa, la restitution des armes lourdes à l'Etat et la relance du processus politique.

Le conflit s'est aggravé avec l'implication croissante de groupes jihadistes, comme Al-Qaïda et l'organisation de l'Etat islamique.

Les pourparlers, selon l'ONU, sont censés porter sur cinq grands sujets: "le retrait des milices et des groupes armés, la restitution des armes lourdes à l'Etat, des arrangements intérimaires de sécurité, le rétablissement des institutions de l'Etat et la reprise d'un dialogue politique inclusif, en plus de la création d'une commission spéciale pour les prisonniers et les détenus".

Dans le sud du pays, des milliers de partisans du Mouvement sudiste ont manifesté à Aden pour réclamer une sécession des provinces méridionales, en arborant le drapeau de l'ex-Yémen du Sud, un Etat indépendant jusqu'en 1990, selon des témoins.

Un règlement du conflit yéménite "qui ignore le droit légitime du peuple du Sud à l'indépendance ne fera qu'attiser la tension", ont prévenu les organisateurs.

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