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18/04/2016 00:30 EDT | Actualisé 18/04/2017 01:12 EDT

Un association allemande promeut l'amitié pour intégrer les migrants

Après l'accueil d'urgence de centaines de milliers de migrants, l'Allemagne cherche aujourd'hui à accélérer leur intégration, une mission qui offre du grain à moudre à des associations comme "Start with a friend", qui s'efforce de forger des liens entre Allemands et réfugiés.

"A notre première réunion, il y avait dix personnes et puis quand de plus en plus de gens sont arrivés en Allemagne, en août et septembre de l'année dernière, nous avons été littéralement submergés de demandes et depuis cela n'a plus cessé", explique Franziska Birnbach, fondatrice de l'association "Start with a friend" ("Un ami pour commencer").

Le concept de l'association est simple: il s'inspire de celui du tandem linguistique, dans lequel un local rencontre un étranger pour que chacun apprenne la langue de l'autre. Sauf qu'ici, le tandem réunit un migrant et un Allemand et qu'il n'est pas seulement question de langue.

Trouver un stage, du travail, peut-être un appartement, avancer dans sa procédure de demande d'asile, apprendre à mieux connaître l'Allemagne pour y vivre mieux, échanger d'égal à égal, voici ce qui constitue la substance de ces tandems. Et l'idée est que la relation s'installe dans le long-terme.

En 2015, "Start with a friend" a déjà permis la création de 200 tandems et envisage de dépasser le millier l'année prochaine.

Franziska Birnbach, 27 ans, et son associée Sarah Rosenthal, 31 ans, ont désormais quitté leur travail pour se consacrer pleinement au projet. Au total, ils sont sept à animer le réseau de cette structure qui a désormais des antennes à Berlin, Cologne et Fribourg et devrait en ouvrir bientôt à Hambourg, Munich ou Dresde.

"Quand j'ai rencontré Nina, je lui ai demandé: pourquoi fais-tu ça avec moi ?", raconte dans un allemand hésitant, Ehab Masood, Syrien de 26 ans arrivé à Berlin il y a plus d'un an. Elle m'a répondu: j'ai tout en Allemagne".

"Ici, on grandit dans un contexte si privilégié. Et parallèlement, des gens arrivent qui n'ont rien et essaient de construire une nouvelle vie", complète Nina Winzen, 27 ans, qui estime logique de s'engager.

- 'On peut y arriver mais...' -

"Cet échange est un réel enrichissement, pas seulement du fait de ce que j'apporte à Ehab mais aussi des choses qu'il m'apprend", dit-elle, dans son appartement du centre de Berlin où elle invite régulièrement Ehab pour discuter, cuisiner, etc.

Après la gestion d'urgence de l'arrivée des migrants, l'Allemagne doit maintenant faire avec ces centaines de milliers de personnes arrivées sur son sol. "Nous allons y arriver", a promis Angela Merkel.

La coalition gouvernementale allemande a approuvé jeudi une série de mesures encadrant l'intégration des réfugiés, leurs droits et leurs devoirs: "une première dans l'histoire de la République fédérale d'Allemagne", s'est réjoui la chancelière.

Beaucoup expriment cependant des doutes face à sa politique. "On peut y arriver", veut croire Nina, "mais ce ne sera possible qu'ensemble", "si chacun apporte sa contribution".

Mme Merkel est critiquée jusque dans son propre camp, le parti populiste AfD gagne du terrain mais, selon Sarah Rosenthal, "cette incertitude dans laquelle se trouvent de nombreuses personnes et qui en poussent certaines à voter pour des partis extrêmes est aussi beaucoup liée à une méconnaissance de ceux qui arrivent".

"En ce moment, tout porte l'étiquette réfugié, sans voir l'individu derrière", juge-t-elle, déplorant les amalgames faits dans son pays, notamment dans la foulée des agressions sexuelles commises contre des centaines de femmes à Cologne, le soir du Nouvel An.

Elle espère que des associations comme la sienne pourront aider les Allemands et plus largement les Européens "à réaliser que +oui, je n'ai pas à avoir peur+", que le migrant "est une personne tout à fait normale comme moi, qui veut s'occuper de sa famille, lui offrir un avenir".

Bref, conclut-elle, qu'on se dise voilà "mon nouveau voisin".

elr/alf/ros