DIVERTISSEMENT
18/04/2016 04:39 EDT

Témoignages d'amour pour Rita Lafontaine (VIDÉO/PHOTOS)

L’exigu hall du Théâtre du Rideau Vert accueillait plusieurs artistes et proches de Rita Lafontaine, lundi, en fin d’avant-midi, pour une touchante cérémonie d’adieu, sobre et remplie d’humanité, à cette grande dame de théâtre, de cinéma, de télévision, muse de Michel Tremblay et personnalité bien-aimée du public.

Malgré l’étroitesse des lieux, tous ont pris le temps de s’exprimer leur chagrin d’avoir perdu une femme aussi aimée, et ont partagé un verre de vin à sa mémoire.

Voici quelques témoignages d’amis et collègues de Rita Lafontaine recueillis après la célébration, animée par Christian Bégin.

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Louise Turcot

«Moi, j’ai très peu joué avec Rita. On a joué seulement deux fois ensemble, entre autres dans une pièce qui a été un très grand succès, Oublier, de Marie Laberge, à la compagnie Jean Duceppe. Et on a fait une grande tournée. Rita, on l’a beaucoup dit, ce qui me touchait le plus d’elle, c’était sa recherche de la vérité dans les personnages. C’est quelque chose qu’on partageait, toutes les deux. Sur ce plan, on était sur la même longueur d’ondes. J’avais une grande admiration pour son talent, tous ces beaux personnages. Mon conjoint, Gilles (Renaud) a joué beaucoup plus que moi avec elle. C’était une belle actrice.»

Gilles Renaud

(Il a joué dans plus d’une vingtaine de pièces avec Rita Lafontaine) «Les gens pensent que Rita et moi n’avons joué que du (Michel) Tremblay ensemble, mais on a fait plein d’autres affaires : du Tchekhov au TNM, Les Sorcières de Salem chez Duceppe, on a fait du cinéma… J’ai joué plein, plein de choses avec Rita. Beaucoup de Tremblay, mais pas juste du Tremblay. Elle a joué ma fille dans À toi pour toujours, ta Marie-Lou. Elle a joué ma mère dans Bonbons assortis. Elle a joué ma sœur dans Bonjour, là, bonjour. Elle a joué ma femme dans plein d’affaires. Dans Le soleil se lève en retard, elle interprétait une femme qui venait de se séparer et qui s’inscrivait à une agence de rencontres pour connaître des hommes, et qui finissait par tomber sur son ancien chum, moi! On a été mari et femme dans Le vrai monde. Je la connaissais très, très bien et je vais garder de très beaux souvenirs. C’est probablement l’actrice avec qui j’ai joué le plus, dans ma vie. Elle va me manquer, bien sûr. C’était toujours un plaisir de recevoir un téléphone où on me proposait une pièce avec Rita. Elle et moi, on n’avait même pas besoin de parler, ça fittait. C’était toujours l’harmonie, on s’entendait très, très bien. J’ai commencé à jouer avec elle en 1968 et je n’ai jamais arrêté. La dernière fois, c’était il y a quelques années, ici même, au Théâtre du Rideau Vert.»

Raymond Bouchard

«On a joué le mari et la femme au moins 5 ou 6 fois, dont deux fois au cinéma, dans La grande séduction et Noémie : le secret, et au théâtre, aussi, au Rideau Vert, chez Duceppe, dans des téléromans… On s’appréciait beaucoup. C’était une comédienne formidable. On aurait dit qu’elle ne jouait pas. C’est ce qu’on dit aux jeunes acteurs ; Rita Lafontaine était tellement vraie! Elle était touchante.»

Jacques Girard

«J’ai joué dans le téléroman Le retour pendant cinq ans avec elle, où elle jouait ma mère. On avait des scènes déchirantes ensemble, parce que nos personnages se retrouvaient après 45 ans. Les scènes qu’on a vécues ensemble étaient tellement touchantes, mais avec elle, c’était facile. C’était une femme avec une telle vérité dans le jeu… Ça m’est arrivé de la voir commencer à jouer, et moi, je pensais qu’on était dans la vie, alors que le kodak tournait. Tout à coup, tout de suite, je revenais sur la track, parce qu’elle elle était tellement vraie. Elle nous ramenait à la vérité, immédiatement, comme si elle était tombée dedans quand elle était petite. Si tu la regardais et tu l’écoutais, tu faisais automatiquement des scènes formidables, parce qu’elle était criante de vérité. De grands acteurs comme elle, c’est rare. On les compte sur les doigts de la main, au Québec. Ça fait 40 ans que je fais du théâtre, et selon mon expérience, Rita Lafontaine était dans le top cinq.»

France Castel

«Rita et moi partagions une grande complicité de jeu, notamment à la télévision. J’ai aussi bien connu sa fille (Elsa Lessonini, décédée en 2013), un été, et son petit-fils, que j’ai été embrasser aujourd’hui. Je me souviendrai de son amour pour l’au-delà. Elle doit s’y trouver bien…»

Pascale Montpetit

«Comme a dit Janette Bertrand quand elle est montée sur scène, Rita Lafontaine, c’était un mélange de la vie et du théâtre. Il n’y avait pas de parois étanches entre les deux quand on était en sa présence. Je ne sais pas comment le dire… Moi, j’ai fait beaucoup de confidences à Rita. C’était une interlocutrice extraordinaire, avec une hypersensibilité et un respect immenses. Elle ne jugeait personne. Et ce n’est pas si courant. Le théâtre et la vie, c’était la même chose pour elle.»

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Andrée Boucher

«Je vais me rappeler de sa bienveillance, son grand talent, le fait qu’elle ne jouait pas, qu’elle incarnait. Je la comparais souvent, même si les comparaisons sont odieuses, à Marion Cotillard quand elle interprétait Piaf. C’était au-delà du jeu. C’était d’une telle vérité! Moi, j’ai raté deux occasions de jouer avec elle, et c’est mon plus grand regret. En la côtoyant, on se sentait meilleur. À moins d’être vraiment pourri, en jouant avec elle, on avait nécessairement du talent. Michel Tremblay disait qu’il voulait qu’elle se réincarne en pivoine pour pouvoir la humer et la serrer sur son cœur au moins un mois par année, mais moi, je crois beaucoup à la réincarnation, et je voudrais qu’elle se réincarne en actrice… et qu’elle vienne finir la job!»

Janine Sutto

«Je vais garder de très, très bons souvenirs. On était toujours très, très contentes de se retrouver. On n’était pas des grandes amies, mais c’était beaucoup plus qu’une camarade. On était contentes de se voir.»

Louise Latraverse

«On a joué ensemble dans Grand-Papa, c’est là qu’on s’est connues. Et après, on a joué au théâtre. La cérémonie était belle, touchante, joyeuse, pas trop triste. C’est ce qui est bien. Je suis sûre qu’elle doit être très contente de ce qui s’est passé aujourd’hui. C’était rempli d’amour et d’amitié, c’était fait avec simplicité et bon goût. C’était important. Je vais retenir son amour de la vie, du théâtre, et son grand talent. Il ne faut pas oublier ça!»

Lise Dion

«Un de mes plus beaux souvenirs de Rita Lafontaine, c’est l’émission Le plaisir croît avec l’usage, qu’animait René-Richard Cyr. Michel Tremblay, c’est mon idole, et Rita m’avait fait un extrait de La tempête dans la tête, un monologue de la pièce Le vrai monde. C’est la violence que la mère de famille ressent, dans sa tête, mais dont personne ne s’aperçoit. Quand Rita a joué l’extrait au Plaisir…, j’ai dit à René-Richard, en pleurant : «On s’en va à la pause! Je ne suis plus capable!» Mais il n’y avait pas de pause!

Et après, mes beaux souvenirs avec Rita, c’est quand elle a ouvert le théâtre à Ham-Nord. Elle avait acheté l’église et l’avait transformée en théâtre. C’est moi qui y a joué les trois premiers soirs. C’était plein à craquer ; elle était tellement contente! Je suis arrivée dans l’après-midi, pour les tests de son, et les chaises arrivaient dans le théâtre, elles étaient flambant neuves, toutes empaquetées dans le plastique. Je l’avais aidée à déballer les chaises… (Lise retient un sanglot) On a eu un amour de femmes, ensemble. On se disait des choses comme : «Tu es mon amie, hein? On va être des amies…» On s’est beaucoup aimées. Je la trouvais tellement vraie, tellement «elle». Dans la vie, c’était un petit oiseau, tout petit, alors que, quand elle montait sur scène… C’était un être humain extraordinaire. J’ai eu les genoux sciés de savoir qu’elle était partie, déjà. Mais Jacques (Dufour), son conjoint, m’a dit qu’elle avait des douleurs depuis longtemps et qu’elle ne voulait pas aller voir le médecin, au cas où il lui trouverait quelque chose. C’est tellement important d’aller consulter, de faire de la prévention…

Depuis janvier, j’ai hâte que «la faucheuse» prenne un break. C’est rough, c’est dur! On est toujours dans le sentiment de perdre quelque chose. On se demande quand ça va arrêter. Les comédiennes qui voient leurs amis partir, comme Marcel Dubé… Françoise Faucher me disait tout à l’heure : «On le sait, que ça ne sera pas long, pour nous aussi…» Je trouve ça très, très dur. Je remercie le Théâtre du Rideau Vert d’avoir organisé cette cérémonie pour Rita Lafontaine ; elle le méritait tellement! C’est mon histoire d’amour avec elle…»

Janette Bertrand

«Je la connaissais depuis plus de 50 ans. Mes derniers souvenirs, c’est une émission de recettes qu’on a faite avec Christian Bégin. On a passé toute la journée ensemble, et on attendait que les plats cuisent. On a beaucoup, beaucoup parlé. Elle et moi, on ne parlait pas de nos carrières ; on parlait de nos amoureux. Rita avait un amoureux, comme le mien, extraordinaire. On parlait de nos enfants, son petit-fils. On était sur un registre qui n’en était pas un de carrière du tout. Elle a été plus que 50 ans à m’appeler le jour de ma fête, elle n’a jamais oublié. Je perds un gros morceau, et je pense que le public perd un gros morceau.»

Sophie Faucher

«Rita Lafontaine, je l’ai vue jouer tous ses personnages. Depuis le Conservatoire, c’était vraiment une inspiration permanente. De rôle en rôle, on l’a dit beaucoup, mais elle se transformait. Elle devenait toutes les femmes qu’elle a jouées. Elle m’a fait rire, elle m’a fait pleurer, comme personne. Quand on la rencontrait, on a parlé de sa grande humilité, mais il y avait ses fossettes, qui étaient les plus belles fossettes de la planète, et un accueil et une humanité qu’elle dégageait, et qui étaient rares. Elle nous retrouvait toujours avec plaisir, et c’était comme si on était des amis, même si n’avait pas partagé tant de choses avec elle. On parle de fraternité dans le métier, on faisait partie de la même famille. Merci à Rita Lafontaine.»

Guylaine Tremblay

«Humainement, son cœur était immense. Sa capacité à aimer, et à se sentir aimé par elle, c’était le grand cadeau qu’elle nous faisait à tous. Au point de vue de la carrière, c’était un exemple pour tous les acteurs et actrices. Sa façon de jouer, la vérité qu’elle mettait dans ses personnages, son authenticité, c’était unique à elle. C’est sûr que, moi, j’ai toujours été hyper inspirée et touchée, car j’ai tout vu d’elle! Je l’ai vue dans tout ce qu’elle faisait, au théâtre et ailleurs… Elle sera tout le temps dans nos cœurs.»

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