DIVERTISSEMENT
18/04/2016 02:05 EDT | Actualisé 18/04/2016 03:00 EDT

Les artistes saluent Rita Lafontaine au Théâtre du Rideau Vert (PHOTOS)

La colonie artistique québécoise a rendu un sobre hommage à l’une des siennes, Rita Lafontaine, lundi matin, au Théâtre du Rideau Vert.

La célébration était empreinte de simplicité, à l’image de la dame qu’on saluait, qui a toujours su garder les pieds sur terre et demeurer accessible malgré le succès. Christian Bégin agissait comme maître de cérémonie de cette «rencontre de famille», comme il l’a lui-même évoqué.

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Après un touchant Ave Maria interprété par un petit chœur de quatre chanteurs, accompagné au clavier, Denise Filiatrault, directrice du Rideau Vert, a d’abord formulé un mot de bienvenue. Puis, Clémence Desrochers, Gilles Renaud, Guylaine Tremblay, Sophie Prégent et Janette Bertrand, ainsi que les politiciens Françoise David et Pierre Karl Péladeau, se sont simplement succédés au micro pour partager souvenirs et bons mots à l’égard de la disparue.

Plusieurs ont emprunté l’expression «Ma Rita à moi» pour parler de leur amie et collègue, partie subitement le 4 avril dernier, à 76 ans, des suites de complications chirurgicales après une perforation de l’intestin.

La scène était décorée de plantes et d’une gerbe de fleurs, alors que derrière trônait une grande photo où Rita Lafontaine apparaissait, dans les dernières années de sa vie, le sourire rayonnant.

À la fin de la présentation, le conjoint de la défunte, Jacques Dufour, a aussi pris brièvement la parole. «Je vous dire, gens de théâtre, de cinéma, de radio, de télévision que vous l’avez rendue heureuse. Pour ça, je vous remercie. Merci au public, à sa fidélité. Vous avez su reconnaître Rita au-delà de ses personnages. Son grand cœur nous habitera à jamais. Rita nous aime. Prenons soin les uns des autres», a dignement exprimé Monsieur Dufour, avant que la chorale n’entonne ensuite l’Hymne à la joie pour clore ce dernier adieu.

Le petit-fils de Rita Lafontaine, Alexandre Malo, était également présent dans la salle. Christian Bégin a d’ailleurs souligné la résilience du jeune homme, qui a aussi perdu sa maman, Elsa Lessonini, la fille de Rita Lafontaine, à l’été 2013.

Grandeur toute simple

Denise Filiatrault a rappelé que ce rassemblement au Théâtre du Rideau Vert était symbolique, puisque c’est sur ces mêmes planches que Rita Lafontaine avait entamé son métier professionnellement, dans Les belles-sœurs, de Michel Tremblay, dans les années 60. Celle qui est par la suite devenue la muse de ce dernier auteur était alors «toute menue», s’est remémoré avec émotion Denise Filiatrault. «J’aimais la faire rire à cause de ses fossettes», nous a-t-elle appris, attendrie, avant de vanter la façon qu’avait Rita Lafontaine de réciter de grands textes classiques dans une langue toute québécoise, afin de bien se les mettre en bouche. «On l’aimait tous, et on y pense beaucoup, beaucoup, à notre chère Rita», a conclu Denise Filiatrault.

Christian Bégin a tracé un parallèle entre la carrière de Rita Lafontaine et les carrières où les miniers triment dur, elle qui creusait constamment pour toucher à la profondeur de ses personnages. «Quand elle était sur scène, elle était explosive, incarnée, portée par les mots, comme si c’était une victoire sur sa timidité, sa pudeur, a énuméré Christian Bégin. Je suis convaincu qu’elle voyait son métier comme une espèce de vocation (…) Pour moi, la carrière de Rita a été un plan d’amour.» L’animateur de Curieux Bégin a dit conserver précieusement, en souvenir, une carte du ciel que lui avait dessinée Rita Lafontaine, laquelle, on le sait, était passionnée d’astrologie. «Pour me rendre jusqu’à toi, un autre tantôt et, si tu veux, on fera du théâtre», a proposé Christian Bégin.

Ce dernier a d’ailleurs écrit une pièce qui sera jouée au Théâtre du Nouveau Monde l’an prochain, et dans laquelle Rita Lafontaine devait tenir un rôle. Une première lecture avait eu lieu avant son décès, et Rita Lafontaine, a raconté Christian Bégin, était particulièrement heureuse de retrouver une «famille de théâtre», comme elle les aimait tant.

«Je trouve ça plus énervant d’être ici, devant vous, que bien des fois à l’Assemblée nationale», a avoué Françoise David, députée de Gouin et porte-parole parlementaire de Québec Solidaire, qui a nommé quelques rôles de femmes marquants défendus par Rita Lafontaine, dans Les belles-sœurs, Albertine en cinq temps ou À toi pour toujours, ta Marie-Lou. «Une femme que j’aurais aimé rencontrer depuis longtemps», a admis Françoise David, qui a relevé avoir été souvent trop timide pour se rendre dans la loge de Rita Lafontaine et lui témoigner son admiration face-à-face. «Nous vous assurons que nous vous aurons dans la mémoire longtemps.»

Les références à la souveraineté du Québec étaient à peine voilées dans le discours de Pierre Karl Péladeau, qui a songé à l’humilité de Rita Lafontaine, «un peu à l’image du Québec». «Cette humilité était caractérisée par une espèce d’hésitation existentielle, comme si elle nous avait dit, dans son parcours professionnel, au départ, qu’elle n’était pas certaine d’être capable». «Elle a démontré hors de tout doute que nous étions capables», a insisté Pierre Karl Péladeau, avant de louanger le talent et la générosité de Rita Lafontaine. «Merci, surtout, pour cette grandeur toute simple».

Cigarettes et crevettes

Clémence Desrochers a fait rire le parterre en détaillant sa grande amitié avec Rita Lafontaine, née sur le plateau du film La grande séduction, et qui se traduisait, dans les dernières années, par des soupers au restaurant, à quatre, avec l’amoureux de Rita et l’amoureuse de Clémence.

«Elle nous a fait la surprise de partir, je ne lui pardonne pas, d’ailleurs», a révélé Clémence Desrochers, avant de s’insurger des départs récents de Georges-Hébert Germain et Jean Bisonnette. «Vous ne trouvez pas que c’est trop?»

Clémence Desrochers et Rita Lafontaine vivaient toutes deux à l’Île-des-Sœurs. Rita Lafontaine insistait souvent pour fumer une cigarette, ce qui faisait rire sa complice. «Mon grand souvenir et ma grande joie, Jacques, c’est : qu’est-ce qu’on a fait rire Rita! (…) Pour moi, ma Rita, c’est celle qui rit aux éclats et qui n’a jamais de problème avec les menus, parce qu’elle mangeait toujours juste des crevettes! Jacques, on ira manger des crevettes, sans elle, mais avec elle», a complété Clémence Desrochers.

Gilles Renaud, qui a joué avec Rita Lafontaine plus d’une vingtaine de fois («Elle a joué ma femme, ma sœur, ma mère, ma fille, mon amoureuse…»), a lu un texte de Michel Tremblay, dans lequel le dramaturge a émis le souhait de voir son actrice-fétiche se réincarner en pivoine, juste à temps pour son anniversaire, le 25 juin. «Ainsi, je pourrai la tenir dans mes bras et la humer», a écrit Tremblay. Christian Bégin, lui, a récité une pensée d’André Brassard, autre partenaire professionnel de longue date de Rita Lafontaine, qui a décrit celle-ci comme une «vieille chum».

Guylaine Tremblay aurait bien voulu voir Rita Lafontaine surgir dans sa loge, il y a deux semaines, le soir de la première d’Encore une fois si vous permettez. Toutes les représentations de la production actuellement en cours au Théâtre Duceppe sont d’ailleurs dédiées à la mémoire de Rita Lafontaine. «Merci d’avoir été là, de m’avoir bouleversée, touchée», a dit Guylaine Tremblay. «Une rencontre avec toi, si brève soit-elle, était toujours un moment à part (…) Voilà ce que tu offrais à tous : la certitude d’être reconnu et aimé.»

Sophie Prégent avait peine à retenir ses sanglots en lisant les paroles des auteurs Anne Boyer et Michel D’Astous, qui avaient créé le rôle de Rose Landry, dans le téléroman Le retour, pour Rita Lafontaine. Sophie Prégent y personnifiait la nièce de Rose. La présidente de l’Union des artistes est revenue sur l’abandon, la générosité, l’immense talent, la bonté, le rire et la bienveillance de la défunte, qui rêvait, il y a longtemps, d’être médecin. «Au lieu de soigner nos corps, tu as soigné nos âmes, pour notre plus grand bonheur», a avancé Sophie Prégent.

Enfin, Janette Bertrand a mentionné le rôle dans l’émission Grand-Papa qu’elle avait attribué à Rita Lafontaine, mais surtout, les conversations qu’elle partageait avec elle à propos des hommes de leur vie, et l’affection toute sincère que son amie Rita lui portait, notamment en lui téléphonant à chaque année, à son anniversaire. «J’ai senti qu’elle m’aimait (…) Je l’aime, Rita, et je vais continuer à l’aimer, parce qu’elle est en moi. Je vais continuer à penser à elle, et à être avec elle.»

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