NOUVELLES
18/04/2016 06:21 EDT | Actualisé 19/04/2017 01:12 EDT

Les militants de Podemos refusent de soutenir une alliance socialistes-centristes

Les militants du parti de gauche radicale espagnol Podemos se sont prononcés contre le soutien à une alliance entre socialistes et centristes, a annoncé lundi ce parti, un résultat rendant encore plus plausible la perspective de nouvelles législatives.

"Les gens ont dit non à 88,23%", a déclaré Pablo Echenique, qui a les fonctions de "secrétaire d'organisation", au cours d'une conférence de presse.

En fait, 91,79% des militants du parti ont plutôt dit souhaiter un "gouvernement de changement", fondé sur une coalition entre socialistes et Podemos, a-t-il précisé. Quelque 149.000 votes ont été enregistrés depuis jeudi.

Cette consultation intervenait presque quatre mois après les législatives du 20 décembre, qui ont laissé un Parlement morcelé entre quatre grandes forces politiques : le Parti populaire au pouvoir (droite), Ciudadanos (centre libéral), les socialistes du PSOE et Podemos.

Ils se sont depuis montrés incapables de trouver un accord pour la formation d'un nouveau gouvernement, en dépit de tentatives des socialistes, qui souhaitaient un accord tripartite - avec les centristes et Podemos - pour chasser les conservateurs, au pouvoir depuis 2011.

Podemos avait dit début avril être dans l'impossibilité de négocier avec les socialistes, les accusant d'avoir embrassé le programme trop libéral des centristes, sans être disposés à faire des concessions.

Pour s'assurer du soutien de sa base, le parti a posé deux questions aux militants : "Veux-tu un gouvernement basé sur le pacte (Albert) Rivera-(Pedro) Sanchez ?" (les dirigeants de Ciudadanos et du PSOE); "Es-tu d'accord avec la proposition de gouvernement de changement que défendent Podemos (et ses alliés) En Comú Podem et En Marea?".

La réponse des militants rend donc encore plus vraisemblable l'organisation de nouvelles élections, à moins de deux semaines de la date limite pour se mettre d'accord car les conservateurs n'ont pas une majorité suffisante au parlement, même s'ils sont arrivés premiers avec 28,7% des suffrages et 123 sièges.

Les partis ont jusqu'au 2 mai pour parvenir à s'entendre, faute de quoi de nouvelles législatives devront être organisées, le 26 juin.

Lundi, sans évoquer une reprise des négociations, chacun rejetait sur les autres la responsabilité d'un éventuel échec, assurant avoir la main tendue pour éviter un nouveau scrutin, qui prolongerait encore la paralysie politique de l'Espagne pendant plusieurs mois.

"Nous avons fait tout ce que nous avons pu", a déploré le chef des négociateurs socialistes, Antonio Hernando, "écartant une rupture" avec Ciudadanos pour satisfaire Podemos.

"La balle est dans le camp d'autres (partis)", a-t-il ajouté. "Ce qui est sûr, c'est que 100% des électeurs de Podemos ne veulent pas (d'un maintien) de Mariano Rajoy à la tête du gouvernement".

De son côté, le Parti populaire de M. Rajoy a une nouvelle fois proposé la formation d'une "grande coalition" entre socialistes, centristes et conservateurs.

Selon les conservateurs, elle défendrait l'unité de l'Espagne, face à la poussée de fièvre indépendantiste en Catalogne (nord-est), où les séparatistes sont au pouvoir, tout en poursuivant les réformes structurelles nécessaires à la croissance économique qui a repris depuis fin 2014 après une crise sans précédent en 30 ans.

"Nous allons maintenir jusqu'au dernier jour notre proposition de grande coalition", a déclaré un de ses dirigeants, Fernando Martinez-Maillo, au cours d'une conférence de presse après l'annonce de ces résultats.

Les socialistes ont systématiquement refusé une telle alliance avec le PP, embourbé dans de multiples affaires de corruption qui ont terni son image, comme du reste celle d'une bonne partie de l'establishment en Espagne.

av-mck/bds