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18/04/2016 07:49 EDT | Actualisé 19/04/2017 01:12 EDT

Les Européens pressent la Chine de régler la crise de l'acier

Des dirigeants européens étaient réunis lundi à Bruxelles pour convaincre la Chine de réduire sa production d'acier, alors qu'elle casse les prix, provoquant selon eux fermetures d'usines et suppressions d'emplois sur le vieux continent.

S'exprimant devant des journalistes à Bruges (nord-ouest de la Belgique) avant de se rendre dans la capitale belge et européenne pour un symposium sur la crise sidérurgique, le ministre français de l'Economie, Emmanuel Macron, a donné le ton de cette réunion : il s'agit de "convaincre" la Chine que "l'Union européenne n'est pas la variable d'ajustement du commerce mondial", a-t-il plaidé.

M. Macron fait partie des nombreux responsables européens, américains, indiens et chinois, ainsi que des représentants de la Commission européenne et de l'OMC qui participent à ce forum organisé à Bruxelles sous l'égide de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).

"Vous ne respectez pas les règles du commerce mondial, il y a des productions d'acier qui sont subventionnées, des surcapacités sont aujourd'hui déversées en dessous parfois du simple prix des matières premières pour certains laminés et détruisent nos capacités productives, c'est inacceptable", a accusé le ministre français, qui doit avoir en marge du symposium un tête-à-tête avec la Commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström.

- "Explication franche" -

Outre Emmanuel Macron, le secrétaire d'Etat aux Entreprises britannique, Sajid Javid, est également présent à cette réunion, une semaine après la confirmation par le géant indien de la sidérurgie Tata Steel de son désengagement de la Grande-Bretagne avec la mise en vente de sa filiale locale.

"La surproduction, c'est évidemment le premier problème qu'il faut régler. Je ne pense pas que quelqu'un s'attende à ce qu'on le résolve en une nuit", a expliqué M. Javid, dans un entretien avec la presse britannique à Bruxelles.

Il s'est félicité de la discussion dans la capitale européenne entre tous les pays et notamment de la participation de la Chine "ardemment réclamée" par la Grande-Bretagne.

Toutefois, la Chine, numéro un mondial de l'acier - elle en produit près de la moitié à elle toute seule - et accusée par ses concurrents d'inonder les marchés avec ses produits à prix cassés, n'était représentée à Bruxelles que par un ministre adjoint du Commerce, Zhang Ji.

Dans un commentaire publié lundi, l'agence de presse officielle Chine Nouvelle s'insurgeait contre les critiques formulées à l'égard de la Chine : "On ne mettra pas fin aux malheurs mondiaux de l'acier en montrant des pays du doigt et en pratiquant le protectionnisme".

"La dernière chose dont le monde a besoin est d'une guerre commerciale à ce sujet. Il y aura beaucoup plus de suppressions d'emplois que de créations si le protectionnisme domine", observait Chine Nouvelle.

En ouvrant le forum de Bruxelles, la secrétaire générale adjointe de l'OCDE, Mari Kiviniemi, a déclaré espérer le voir déboucher sur un communiqué commun dans lequel les participants donneraient leur accord à "une série de mesures permettant de ramener l'industrie sidérurgique à une meilleure situation".

Ce qui n'a pas convaincu Emmanuel Macron : "Je ne vise pas un communiqué commun, je vise une explication franche", a-t-il dit à Bruges. "J'ose espérer que les Chinois entendront ces appels, ils ont en tout cas acté il y a plusieurs semaines le fait qu'ils avaient entendu la demande de Mme Malmström de réduire les surcapacités".

Dans un discours au symposium de l'OCDE, Mme Malmström a elle aussi tiré la sonnette d'alarme, mettant en exergue l'état d'urgence dans lequel se trouve la sidérurgie : "C'est maintenant une question de vie ou de mort pour de nombreuses compagnies".

Selon la commissaire suédoise, "la situation de l'acier chinois a de sérieux impacts sur les gens et les communautés ici en Europe et ailleurs".

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