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18/04/2016 07:11 EDT | Actualisé 19/04/2017 01:12 EDT

Les députés brésiliens appuient la destitution de la présidente Dilma Rousseff

BRASILIA, Brésil — La chambre basse du Congrès brésilien a voté en faveur de la destitution de la présidente Dilma Rousseff, dimanche soir, infligeant un sérieux revers à la dirigeante qui faisait valoir que la procédure lancée contre elle équivalait à un «coup d'État».

Au total, ce sont 367 des 513 députés qui se sont prononcés en faveur de la destitution de Mme Rousseff, soit nettement plus que les 342 votes nécessaires pour que le dossier soit transféré au Sénat. Le vote au Sénat décidera si la présidente doit être traduite en procès et suspendue pendant que le vice-président Michel Temer prend temporairement la relève.

La date exacte du vote au Sénat n'est pas connue, mais il est attendu d'ici le milieu du mois prochain. La presse locale rapporte que 47 des 81 sénateurs ont l'intention de voter en faveur d'un procès.

Les détracteurs de la présidente la soupçonnent d'avoir gonflé les comptes publics pour accroître la popularité de son gouvernement alors qu'en réalité, l'économie du pays était en chute libre. Ces allégations circulent alors qu'un scandale de corruption a emporté plusieurs politiciens et certains des hommes d'affaires les plus riches du pays. 

Mme Rousseff a nié avoir manipulé les comptes publics, rappelant que les anciens présidents avaient utilisé des méthodes comptables similaires. Elle estime que ces allégations font partie d'un «coup d'État» piloté par l'élite traditionnelle du Brésil.

La présidente n'a pas réagi au vote, mais le leader de son parti à la chambre basse, Jose Guimaraes, a admis avoir perdu une bataille, tout en prévenant que la guerre n'est pas terminée.

«Les putschistes l'ont emporté à la Chambre des députés. Nous pouvons renverser la vapeur au Sénat, a-t-il dit. Nous allons poursuivre le combat parce nous n'abandonnons pas et nous ne serons pas découragés par ce revers temporaire.»

Le procureur général Jose Eduardo Cardozo a déclaré après le vote que Mme Rousseff contestera sa destitution devant le plus haut tribunal du pays. Plusieurs observateurs doutent toutefois qu'elle puisse conserver le pouvoir, faisant remarquer qu'elle a été abandonnée même par ses alliés les plus fidèles au sein de la coalition gouvernementale.

À l'extérieur du parlement à Brasilia, des manifestants des deux factions étaient réunis pour regarder les résultats du vote sur de grands écrans. Un immense mur de métal de plus d'un kilomètre avait été érigé pour séparer les deux camps. 

Michel Temer, 75 ans, dirige le Parti du mouvement démocratique brésilien, un parti sans idéologie concrète qui est réputé pour ses tractations et ses marchandages en coulisses. Il a tenté de se poser comme un homme d'État au-dessus de la mêlée, mais ses liens avec l'administration Rousseff pourraient venir le hanter plus tard. Mme Rousseff a déjà accusé M. Temer de participer à un «putsch» contre elle.

La deuxième personne en lice pour remplacer Mme Rousseff est l'un de ses pires ennemis: le président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha. Il s'agit encore une fois d'un terrain miné, puisque M. Cunha est notamment accusé de blanchiment d'argent et on le soupçonne d'avoir menti devant un comité du Congrès.

Le Brésil doit affronter plusieurs problèmes de taille. L'économie du pays se contracte et l'inflation s'élève à environ 10 pour cent, tandis que l'épidémie du virus Zika ravage les États du nord.

Rio de Janeiro se prépare à recevoir les Jeux olympiques d'été, en août, mais avec les importantes compressions budgétaires annoncées, certains se demandent si le pays sera prêt à temps.

Plusieurs députés brésiliens qui demandent le retrait de Mme Rousseff font face à des allégations de méfaits eux-mêmes; environ 60 pour cent des 594 membres du Congrès sont accusés de corruption, notamment.