NOUVELLES
18/04/2016 05:41 EDT | Actualisé 19/04/2017 01:12 EDT

La trêve en Syrie sur le point de voler en éclats

La trêve semble sur le point de voler en éclats en Syrie où des groupes rebelles ont annoncé une riposte coordonnée aux "violations" par les forces prorégime, tandis que l'opposition menace de suspendre sa participation aux négociations de paix à Genève.

Le coordinateur de l'opposition Riad Hijab a ainsi affirmé lundi qu'il était "inacceptable" de poursuivre les négociations alors que le régime de Bachar al-Assad continuait de "bombarder et d'affamer les civils". Il n'a toutefois pas annoncé clairement le retrait de l'opposition.

Globalement respecté depuis le 27 février, l'accord de cessation des hostilités imposé par Washington et Moscou s'effrite depuis une semaine après avoir été globalement respecté depuis le 27 février. Les combats et les bombardements s'intensifient, surtout dans la métropole septentrionale d'Alep et sa province.

Dix groupes rebelles principalement islamistes, dont les influents Ahrar al-Cham et le groupe d'inspiration salafiste Jaich al-Islam, ont annoncé lundi qu'ils mettaient en place une riposte coordonnée.

"Après une augmentation des violations de la part des forces du régime, visant notamment des camps de déplacés et (...) des quartiers résidentiels, nous déclarons la création d'un centre d'opérations conjoint et le début d'une bataille (...) pour y répondre", ont-ils indiqué dans un communiqué, promettant "une réponse forte qui servira de leçon" au régime.

La bataille annoncée "concerne le nord de la province de Lattaquié", un des principaux fiefs de Bachar al-Assad dans l'ouest, a expliqué à l'AFP le porte-parole de Jaich al-Islam, Islam Allouche.

- 'Vive préoccupation' -

L'offensive rebelle a effectivement commencé dans cette région lundi, selon une source rebelle de la région. "Nous voulons récupérer les régions contrôlées par le régime durant la trêve à Jabal al-Akrad et Jabal al-Turkmen", des hauteurs dans la province de Lattaquié, a-t-elle affirmé à l'AFP.

Les combats se concentraient autour du village de Kinsabba, le dernier fief rebelle de Lattaquié repris par le régime.

Les affrontements continuent de faire rage également sur plusieurs fronts dans la province d'Alep, morcelée entre armée, rebelles, jihadistes et Kurdes.

Dans la ville éponyme divisée en deux depuis 2012, huit personnes ont été tuées lundi par des roquettes lancées par des rebelles sur des quartiers tenus par le régime, selon la télévision d'Etat.

La veille, 22 civils étaient morts dans des bombardements mutuels, soit l'un des bilans les plus lourds depuis l'entrée en vigueur de la trêve.

Exprimant sa "vive préoccupation face à la dégradation de la situation en Syrie", Paris, qui soutient l'opposition, a indiqué lundi que le régime portait "la principale responsabilité des violations" , rappelant que Damas "empêch(ait) la livraison de vivres et de médicaments à des centaines de milliers de personnes". "Ces actions du régime mettent en péril les négociations de Genève", ont souligné les Affaires étrangères.

- 'Frappez-les' -

A Genève, la tâche de l'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura se complique ainsi de jour en jour, une semaine après le début d'un nouveau round de pourparlers indirects entre régime et opposition.

Le coordinateur de l'opposition Riad Hijab a affirmé que le régime ne devrait pas se servir des pourparlers comme "prétexte" pour poursuivre ses bombardements et son siège des villes.

Dimanche, le négociateur en chef de l'opposition Mohammad Allouche, qui est le chef de Jaich al-Islam, a explicitement appelé à des attaques contre l'armée. "Frappez-les (...) de tous les côtés", avait-il tweeté, précisant par la suite qu'il partait du principe d'auto-défense.

Après un premier round infructueux en mars, cette nouvelle session -qualifiée de "cruciale" par M. de Mistura- n'a pas commencé sous les meilleurs auspices.

Dimanche, le Haut comité des négociations (HCN) --qui regroupe les principaux représentants de l'opposition et de la rébellion -- envisageait de suspendre sa participations après les bombardements meurtriers à Alep.

Un négociateur du HCN a affirmé toutefois à l'AFP que l'opposition était divisée entre "ceux qui sont enclins à suspendre la participation et d'autres qui insistent pour rester".

M. de Mistura a rencontré lundi le chef de la délégation du régime, Bachar al-Jaafari, qui a évoqué de "nouvelles idées", sans plus de précisions.

Selon l'opposition, les pourparlers de Genève sont également menacés par le refus de la délégation du régime de parler du sort du président Assad.

"Les négociations sont presque arrivées à une impasse en raison de l'entêtement du régime à refuser de discuter du sort d'Assad", a déclaré dimanche un membre du HCN. Selon M. Allouche, "il ne peut pas y avoir de compromis sur la question de Bachar al-Assad".

Le HCN réclame la mise en place d'un organe gouvernemental de transition sans le président syrien, au pouvoir depuis 16 ans. Le régime, lui, se dit prêt à envisager un gouvernement de coalition avec l'opposition mais considère que le sort du président Assad n'est pas négociable.

rh-ram/bpe/jri