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18/04/2016 06:51 EDT | Actualisé 19/04/2017 01:12 EDT

L'islam incompatible avec la Constitution allemande, l'AfD crée la polémique

Le parti populiste allemand Alternative für Deutschland (AfD) a créé la polémique en estimant que l'islam n'était pas compatible avec la Constitution allemande, suscitant lundi critiques nationales et européennes.

"L'islam est en soi une idéologie politique qui n'est pas compatible avec la loi fondamentale", a déclaré dimanche dans le journal Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, Beatrix von Storch, une des responsables du parti.

Ce n'est pas la première fois que le parti populiste, qui a dernièrement engrangé d'importants succès électoraux lors de scrutins régionaux, suscite la controverse.

En février, sa chef de file, Frauke Petry, avait suggéré que la police pouvait "en dernière instance" "avoir recours aux armes" pour protéger les frontières nationales de l'afflux de migrants.

Et plusieurs autres responsables de l'AfD ont multiplié ce week-end les déclarations concernant l'islam. "Il n'y a pas d'islam démocratique, y compris en Allemagne", a par exemple affirmé Alexander Gauland, dans un journal, qualifiant l'islam de "corps étranger".

Interrogé lundi à propos de ces déclarations, la chancelière Angela Merkel a insisté sur "la liberté de la pratique religieuse qui est garantie par la Constitution", soulignant qu'elle est "valable pour les musulmans dans notre pays".

"La pratique a montré que la grande majorité des musulmans (en Allemagne) exerce leur religion dans le cadre de la Constitution", a-t-elle encore insisté lors d'une conférence de presse aux côtés du président indonésien Joko Widodo, en visite à Berlin.

Le porte-parole de Mme Merkel, Steffen Seibert, avait souligné plus tôt que la chancelière avait "à maintes reprises" affirmé que l'islam appartenait "indubitablement à l'Allemagne".

Dans un communiqué, le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjørn Jagland, a estimé que les déclarations de l'AfD étaient "contraires aux valeurs européennes, valeurs que l'Allemagne, en tant que membre fondateur du Conseil de l'Europe, a toujours soutenues avec force".

"S'il est juste et nécessaire d'avoir un débat sur des questions importantes comme l'intégration et l'éducation, dépeindre l'islam comme une menace pour notre société n'est pas bon et blesse des millions d'Européens musulmans", a-t-il ajouté.

Des représentants de la communauté musulmane allemande ont aussi vivement critiqué le positionnement antimusulman de l'AfD.

Le Conseil central des musulmans d'Allemagne a ainsi jugé que c'était "la première fois depuis l'Allemagne d'Hitler qu'il y a un parti qui de nouveau discrédite une communauté religieuse dans son ensemble et la menace dans son existence".

L'ensemble des partis politiques allemands ont également dénoncé les propos de l'AfD.

Avant la crise des réfugiés, vivaient en Allemagne environ quatre millions de musulmans, majoritairement d'origine turque.

En 2015, le pays a accueilli plus d'un million de demandeurs d'asile, principalement de confession musulmane.

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