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16/04/2016 09:56 EDT | Actualisé 17/04/2017 01:12 EDT

Raul Castro écarte toute "thérapie de choc" pour moderniser l'économie cubaine

Le président cubain Raul Castro a écarté samedi tout recours à une "thérapie de choc" pour moderniser l'économie cubaine et prévenu que l'Etat garderait la main sur l'économie de l'île, à l'ouverture du Congrès du parti communiste de Cuba (PCC).

A premier jour de la grand messe du parti unique, qui doit définir la ligne politique à suivre pour les cinq prochaines années, Raul Castro a déçu les espoirs entretenus par quelques uns sur une accélération de la mutation économique de l'île, moins d'un mois après la visite historique du président américain Barack Obama.

Dans un discours inaugural de plus de deux heures, le président de 84 ans a prévenu que les réformes économiques en cours se poursuivraient, mais sans s'écarter du chemin tracé lors du précédent Congrès en 2011.

"Cuba ne pourra jamais se permettre l'application de ce qu'on appelle les thérapies de choc, souvent appliquées au détriment les classes les plus défavorisées de la société", a prévenu M. Castro.

"Les formules néolibérales qui prônent la privatisation accélérée du patrimoine d'Etat et des services sociaux, comme l'éducation, la santé et la sécurité sociale, ne seront jamais appliquées sous le socialisme cubain", a encore asséné le président cubain, qui a succédé à son frère Fidel en 2008.

Dans la foulée du précédent Congrès, les 1.000 délégués du parti doivent évaluer l'avancée des 313 mesures économiques approuvées en 2011 pour "actualiser" un modèle à bout de souffle, calqué sur celui de l'ex-URSS.

Mais le président cubain a prévenu que l'économie d'Etat, qui concentre 80% de l'activité sur l'île, "continuerait de constituer la forme principale de l'économie nationale et du système socio-économique", et que le développement des structures privées demeurerait sous contrôle.

"L'entreprise privée évoluera dans des limites bien définies et constituera un élément complémentaire du cadre économique du pays", a-t-il martelé.

- 'Ne laisser personne désarmé' -

Réunis à huis clos jusqu'à mardi, les caciques du PCC doivent aussi approuver un programme de développement économique et social qui sera appliqué bien après le départ de Raul Castro, prévu pour 2018, puisqu'il couvre la période 2016-2030.

Pour moderniser son économie, Cuba s'est dotée d'une loi favorisant les investissements étrangers dans un cadre strict, et a ouvert son économie aux petits entrepreneurs indépendants.

Selon les médias officiels, 21% des 313 mesures économiques ont déjà été menées à bien et 77% sont encore en phase de mise en place. Restent 2% mises de côté pour l'instant, "pour diverses raisons".

En parallèle, la diplomatie cubaine s'est activée, menant un spectaculaire rapprochement avec les Etats-Unis et établissant un cadre de dialogue avec l'Union européenne.

Mais l'ouverture annoncée par beaucoup devrait prendre du temps, vu la prudence affichée par les autorités et la lenteur de certaines réformes programmées, comme la suppression du système de double monnaie qui perdure depuis 2004.

Samedi, Raul Castro a justifié la timidité des réformes par le souci du gouvernement de ne laisser aucun des 11,1 de Cubains au bord du chemin.

"Ce principe, de ne laisser personne désarmé, conditionne en grande partie le rythme de l'actualisation du modèle économique cubain, qui subit de manière indéniable les effets de la crise économique internationale et (...) de l'embargo", a-t-il expliqué en référence aux restrictions économiques et financières imposées à l'île depuis 1962 par les Etats-Unis.

"Les décisions sur l'économie ne peuvent en aucun cas signifier une rupture avec les idéaux d'égalité et de justice de la révolution (...) Nous ne permettrons pas que ces mesures génèrent instabilité et incertitude au sein de la population cubaine", a insisté le président cubain.

Ce Congrès devrait aussi se pencher sur une réforme électorale prévue à l'horizon 2018, qui prévoit de limiter les plus hautes fonctions de l'Etat à deux mandats de cinq ans.

Enfin, le PCC devra élire son nouveau Comité central (116 membres actuellement) et son organe directeur, le Bureau politique (14 membres), saint des saints du pouvoir cubain.

Les observateurs vont scruter sa nouvelle composition, qui devrait fournir des enseignements sur l'orientation idéologique et générationnelle du parti en vue de la transition à venir.

bur-ag/