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16/04/2016 06:07 EDT | Actualisé 17/04/2017 01:12 EDT

"Nous sommes tous des migrants": à Lesbos, le pape tance le monde et ramène 12 Syriens

Les migrants ne sont pas "des numéros", "nous sommes tous des migrants": à Lesbos, symbole du verrouillage croissant de l'Europe, le pape a appelé samedi le monde à répondre de manière "digne" à l'exode enclenché en 2015, et montré l'exemple en ramenant au Vatican 12 réfugiés syriens.

Il s'agit de trois familles musulmanes, dont les "maisons ont été bombardées", l'une venant d'une zone occupée par l'Etat islamique (EI), a précisé le Vatican.

La tweetosphère a salué cette initiative en soulignant que le petit Etat pontifical figure désormais en tête des pays européens les plus accueillants.

Ce "geste d'accueil", selon le Vatican, a été annoncé au terme d'une journée où, en compagnie du patriarche de Constantinople Bartholomée et de Ieronymos, l'archevêque orthodoxe d'Athènes et de toute la Grèce, le pape a fait braquer une nouvelle fois les projecteurs sur cette crise.

"Vous n'êtes pas seuls (...). Ne perdez pas espoir", a-t-il lancé aux migrants.

La visite de cinq heures a été marquée par un bain de foule dans le camp de Moria, dans lequel 3.000 personnes, dont des femmes enceintes, enfants, et autres personnes considérées comme vulnérables, sont enfermées.

Il s'agit de réfugiés et migrants arrivés depuis l'entrée en vigueur de l'accord UE-Turquie qui prévoit le renvoi de tous les arrivants irréguliers à partir du 20 mars vers la Turquie, y compris les demandeurs d'asile syriens.

A Lesbos, par où ont transité la majorité des plus d'un million de personnes arrivées en seize mois dans l'UE, le pape a critiqué implicitement les dirigeants européens et leur frilosité à accueillir les exilés, malgré leurs engagements.

"Puissent tous nos frères et soeurs de ce continent, comme le Bon samaritain, vous venir en aide dans cet esprit de fraternité, de solidarité et de respect pour la dignité humaine qui a marqué sa longue histoire", a-t-il déclaré.

Il a appelé le monde à répondre à cette crise de manière "digne de notre humanité commune".

A Moria, les trois dignitaires ont serré des centaines de mains, béni des enfants, reçu des dessins de leur part. Ils ont aussi partagé un repas frugal avec quelques réfugiés.

- 'Des personnes, des visages, des noms'-

"Freedom" (liberté), a scandé la foule sur leur passage. Alors que les conditions de vie dans le camp surchargé sont dénoncées comme indignes par les ONG, certains portaient une pancarte "help" (à l'aide).

Un migrant a même fondu en larme en s'agenouillant devant le pape. "Bénissez moi" a-t-il sangloté.

Les dignitaires orthodoxes ont partagé l'appel du pape. "Ceux qui ont peur de vous ne vous ont pas regardés dans les yeux (...) n'ont pas vu vos enfants", a lancé Mgr Bartholomée. "Le monde sera jugé sur la manière dont il vous aura traité", a-t-il ajouté.

Les trois prélats ont signé une déclaration commune appelant à le monde à répondre avec "courage" à cette "crise humanitaire colossale", dans une rare manifestation d'unité entre catholiques et orthodoxes.

Le Premier ministre de gauche grec, Alexis Tsipras, avait lui dénoncé en accueillant le pape "certains partenaires européens qui au nom de l'Europe chrétienne ont élevé des murs".

Changement de décor et de public l'après-midi: devant une foule nombreuse d'habitants et de touristes, les trois religieux se sont rendus sur le port de Mytilène, pour rendre hommage aux centaines de migrants noyés depuis l'an dernier en traversant le bras de mer Egée qui sépare la Turquie de Lesbos - 375 encore cette année - et à la population de l'île pour son aide aux arrivants.

Il ne faut "jamais oublier que les migrants, avant d'être des numéros, sont des personnes, des visages, des noms, des histoires", a insisté le pontife, avant d'évoquer ceux, dont beaucoup d'enfants, "qui ont perdu la vie en mer, victimes de voyages inhumains et soumis aux brimades de lâches bourreaux".

Après une minute de silence, les dignitaires ont chacun jeté à la mer une couronne de fleurs en mémoire des victimes.

Ces tragédies se sont toutefois raréfiées, car depuis l'entrée en vigueur de l'accord UE-Turquie, les arrivées sur les îles grecques sont passées à plusieurs dizaines par jour contre plusieurs milliers cet été.

Le pape argentin, lui-même petit-fils d'immigrés italiens, avait déjà, à peine élu, et à la suite de terribles naufrages, fait une visite sur l'île italienne de Lampedusa, qui accueillait alors des milliers de migrants venus des côtes africaines.

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