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15/04/2016 23:30 EDT | Actualisé 16/04/2017 01:12 EDT

Le pape à Lesbos pour réaffirmer son message de solidarité envers les migrants

Le pape François est arrivé samedi matin pour quelques heures sur l'île grecque de Lesbos, porte d'entrée des migrants en Europe, pour marteler un message d'accueil et de solidarité qui peine toujours à passer, même auprès des catholiques.

L'avion du pontife argentin a atterri à 10H04 (07H04 GMT), avec 15 minutes d'avance sur le programme, à l'aéroport de Mytilène (Grèce), le chef-lieu de l'île, où il était attendu par le Premier ministre grec Alexis Tsipras.

"C'est un voyage un peu différent des autres. Un voyage marqué par la tristesse (...) Nous allons rencontrer la pire catastrophe humanitaire depuis la Seconde guerre mondiale. Nous allons voir tant de gens qui souffrent, qui fuient et qui ne savent pas où aller. Et nous allons aussi à un cimetière, la mer. Tant de gens ne sont jamais arrivés", a déclaré le pape aux médias en vol.

A sa descente d'avion, le pape doit retrouver ses deux principaux hôtes de la journée, Bartholomée, le patriarche de Constantinople qui exerce une primauté honorifique au sein des patriarches orthodoxes, et Ieronymos, l'archevêque orthodoxe d'Athènes et de toute la Grèce.

Les trois hommes doivent prendre un minibus pour se rendre au "hotspot" de Moria, un camp au milieu de collines plantées d'oliviers dans lequel sont enfermés quelque 3.000 migrants dans des conditions indécentes, selon les organisations humanitaires qui y interviennent encore.

Arrivés à Lesbos après l'entrée en vigueur le 20 mars de l'accord entre l'Union européenne (UE) et la Turquie, ils sont voués à être renvoyés, sauf hypothétique acceptation de leur demande d'asile en Grèce.

Joint vendredi par téléphone à l'intérieur du camp, Farydoon, un Afghan de 23 ans, a fait part de son désespoir et évoqué plusieurs tentatives de suicide parmi ses compagnons d'infortune. "Peut-être que le pape comprendra au moins ce qui nous arrive", a-t-il avancé.

L'année dernière, plus d'un demi-million de migrants sont passés par Lesbos, et cette année, l'île a déjà vu débarquer près de 90.000 personnes, dont plus d'un tiers d'enfants, selon l'ONU.

Dans le camp, les trois responsables religieux rencontreront les dizaines de mineurs, pour la plupart non accompagnés, actuellement retenus, puis se rendront sous une tente pour saluer environ 250 migrants représentatifs des différentes situations.

Selon l'Agence de presse grecque Ana, le pape doit ramener au Vatican à bord de son avion dix réfugiés, appartenant à des groupes vulnérables.

Après de brefs discours, ces trois hauts dignitaires, déjeuneront avec huit migrants et trois traducteurs dans un des conteneurs aménagés du camp.

Ils reprendront ensuite vers 13H30 (10H30 GMT) leur minibus pour se rendre sur le port de Mytilène, pour une rencontre avec les habitants de Lesbos ainsi que la toute petite communauté catholique locale.

- Humanitaire, pas politique -

Ce bref rendez-vous s'achèvera avec une prière pour les victimes des migrations, en mémoire desquelles les trois dignitaires lanceront chacun une couronne de fleurs en mer. Depuis le début de l'année, 375 migrants, en majorité des enfants, se sont noyés en tentant la traversée égéenne, s'ajoutant à des centaines de victimes en 2015.

Le pape doit repartir pour Rome à 15H15 (12H15 GMT).

"Il s'agira d'une visite strictement humanitaire et oecuménique, pas politique", a souligné le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi.

A Lesbos, les autorités ont encore fait passer dans la matinée quelques coups de peinture pour parfaire le nettoyage général des sites de la visite et effacer des derniers graffitis dénonçant la politique européenne envers les réfugiés.

"Papa don't preach", mentionnait l'un d'eux, reprenant le célèbre titre de Madonna, sous l'inscription "L'Etat assassine les réfugiés".

Plusieurs voix ont exprimé l'espoir que le pape dénonce l'accord UE-Turquie visant à freiner l'actuel afflux massif de migrants, qui met l'unité européenne à rude épreuve.

Le pontife argentin n'est en effet pas avare de déclarations fortes sur la question des migrants, dont ce petit-fils d'immigrés italiens a fait l'un de ses chevaux de bataille.

Quelques mois après son élection, Jorge Bergoglio s'était rendu sur l'île italienne de Lampedusa, alors principale porte d'entrée des migrants, pour fustiger "la mondialisation de l'indifférence" devant les drames migratoires.

A l'automne, alors que l'Europe commençait à se verouiller face à l'afflux de réfugiés dont beaucoup viennent de pays en guerre (Syrie, Irak, Afghanistan...), François avait solennellement appelé chaque paroisse du continent à accueillir une famille de migrants, refusant ostensiblement, contrairement au droit international, de faire la différence entre ceux qui fuient la violence et la misère.

Partout dans le monde, les organisations caritatives catholiques sont fortement engagées sur la route des migrants et dans leur accueil, sans distinction de religion. Mais le message du pape se heurte aux mouvements xénophobes en pleine poussée en Europe, ainsi qu'à la réticence de nombreux chrétiens face à un afflux de musulmans.

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