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16/04/2016 02:42 EDT | Actualisé 17/04/2017 01:12 EDT

Le pape à Lesbos appelle le monde à répondre de manière digne et humaine à la crise migratoire

Le pape François a appelé le monde, et notamment l'Europe, à répondre à la crise des migrants d'une manière "digne de notre humanité commune", lors d'une visite dans le camp de Moria, sur l'île de Lesbos, symbole même du durcissement de la position européenne.

Le pape est arrivé en fin de matinée dans ce camp où sont enfermés 3.000 personnes, y compris de nombreuses femmes et enfants, vouées au renvoi en Turquie et dans leurs pays d'origine car elles sont arrivées après le 20 mars, date d'entrée en vigueur de l'accord UE-Turquie.

"Chers amis, je veux vous dire que vous n'êtes pas seuls (...). Ne perdez pas espoir !", a lancé le pape en s'adressant aux internés de Moria, dont il a souligné les souffrances et l'incertitude, face à "ce que l'avenir réserve".

"Puissent tous nos frères et soeurs de ce continent, comme le Bon samaritain, vous venir en aide dans cet esprit de fraternité, de solidarité et de respect pour la dignité humaine qui a marqué sa longue histoire", a-t-il ajouté, dans un reproche implicite à la volonté des autorités européennes de renvoyer ces migrants en Turquie.

François, accompagné du patriarche de Constantinople Bartholomée et de Ieronymos, l'archevêque orthodoxe d'Athènes et de toute la Grèce, s'est immergé pendant une heure parmi eux, serrant des centaines de mains, bénissant, entendant une chorale d'adolescents ou recevant des dessins d'enfants qu'il a confiés à son entourage en faisant le geste qu'ils seraient affichés.

"Nous sommes venus attirer l'attention du monde sur cette grave crise humanitaire et plaider pour sa résolution", a ajouté le pope.

"Freedom" (liberté) a scandé son auditoire, qui l'avait accueilli avec des pancartes "Help" (à l'aide).

"Bénissez moi", a sangloté un migrant en s'agenouillant devant le pape.

"Ceux qui ont peur de vous ne vous ont pas regardés dans les yeux (...) n'ont pas vu vos enfants", a renchéri le patriarche de Constantinople et "le monde sera jugé sur la manière dont il vous aura traité".

Avant d'aller déjeuner avec quelques réfugiés à l'intérieur même du camp, les trois prélats ont signé aussi une déclaration commune appelant le monde à faire preuve de "courage" face à cette "crise humanitaire colossale".

Les exilés de Moria sont détenus dans des conditions dénoncées comme misérables par les ONG, après le durcissement européen face à l'exode entamé en 2015 de personnes fuyant guerres et misère.

Un tour de vis marqué par la fermeture de la route des Balkans et l'accord UE-Turquie.

La visite du pape sur l'île de Lesbos, porte d'entrée des migrants en Europe, vise à marteler un message d'accueil et de solidarité, qui peine toujours à passer face aux crispations xénophobes.

Le Premier ministre de gauche grec, Alexis Tsipras, a fait écho à ce message, lors d'un bref entretien après l'arrivée du pape, mettant en cause "certains partenaires européens qui au nom de l'Europe chrétienne ont élevé des murs".

- 'Des gens qui souffrent' -

Dans l'avion, le pape avait souligné auprès des médias que son voyage était "marqué par la tristesse".

"Nous allons voir tant de gens qui souffrent, qui fuient et qui ne savent pas où aller. Et nous allons aussi à un cimetière, la mer. Tant de gens ne sont jamais arrivés", a déclaré le pape aux médias en vol.

Les trois dignitaires chrétiens devaient aller rendre hommage à ces morts sur le port de l'île, en jetant des couronnes à la mer.

Depuis le début de l'année, 375 migrants, en majorité des enfants, se sont noyés en tentant la traversée égéenne, s'ajoutant à des centaines de victimes en 2015.

Ces tragédies se sont toutefois raréfiées, car depuis l'entrée en vigueur de l'accord UE-Turquie, les arrivées sur les îles grecques sont passées à plusieurs dizaines par jours contre plusieurs milliers cet été.

Le pape doit repartir pour Rome à 15H15 (12H15 GMT). Selon le gouvernement grec, il a manifesté le souhait d'acheminer au Vatican des réfugiés de Lesbos, mais arrivés avant le 20 mars - trois familles, soit une dizaine de personnes selon l'agence grecque Ana.

Une manière d'éviter une intervention trop directement politique, alors que selon le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi, la visite à Lesbos est "strictement humanitaire et oecuménique, pas politique".

Petit-fils d'immigrés italiens, le pape a multiplié les prises de position fortes en faveur de l'accueil des réfugiés et migrants.

Quelques mois après son élection, Jorge Bergoglio s'était rendu sur l'île italienne de Lampedusa, alors principale porte d'entrée des migrants, pour fustiger "la mondialisation de l'indifférence" devant les drames migratoires.

Cet automne, il a aussi appelé chaque paroisse du continent à accueillir une famille de migrants - le Vatican avait donné l'exemple - et refuse de faire la différence établie par le droit international entre ceux qui fuient la violence et la misère.

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