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16/04/2016 06:54 EDT | Actualisé 17/04/2017 01:12 EDT

L'opposition syrienne contre une proposition de l'ONU de garder Assad

L'opposition syrienne a rejeté samedi une proposition de l'émissaire de l'ONU d'accorder au président Bachar une fonction protocolaire dans le processus de transition tandis que des milliers de civils étaient menacés par les combats dans le nord du pays.

Une nouvelle session de négociations indirectes entre le régime de Bachar al-Assad et l'opposition a débuté mercredi dans l'espoir de mettre fin à cinq ans de guerre qui ont fait plus de 270.000 morts et déplacé la moitié de la population.

L'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura a proposé que "le président Assad approuve la nomination de trois vice-présidents choisis par nous et qu'il leur transfère ses pouvoirs militaires et politiques, en ne conservant qu'une position protocolaire", a indiqué à l'AFP sous couvert d'anonymat un responsable du Haut comité des négociations (HCN), une instance représentant aux pourparlers les principaux groupes de l'opposition.

Lors d'une rencontre vendredi soir avec l'opposition, M. de Mistura "a affirmé qu'il ne s'agissait pas d'une proposition émanant de lui, mais sans révéler ses auteurs", a-t-il ajouté.

"Nous l'avons rejetée catégoriquement" a-t-il dit.

M. Mistura a indiqué à l'opposition que cette suggestion visait à mettre fin au "cercle vicieux" du débat sur la période transitoire, a-t-il ajouté.

- Civils 'sans nourriture' -

Il l'a encore justifiée en affirmant qu'elle "pourrait résoudre la question du transfert des pouvoirs du président (..) en s'appuyant sur l'actuelle constitution", selon la même source.

Le sort du président syrien sépare l'opposition et le régime. L'opposition insiste pour la constitution d'un "organisme de transition" doté des pouvoirs exécutifs et dont serait exclu Bachar al-Assad, tandis que le régime veut un "gouvernement de coalition" avec l'opposition sous l'autorité du président.

"Nous ne pouvons pas accepter la participation dans le (futur) organe de transition de responsables qui ont commis des crimes contre le peuple", a affirmé vendredi Salem al-Meslet, porte-parole du HCN.

Sur le terrain, l'assaut des jihadistes contre des secteurs tenus par les rebelles a déjà poussé ces derniers jours 30.000 civils sur les routes dans le nord de la province d'Alep, selon Human Rights Watch.

Mais, selon Gerry Simpson, un chercheur de cette ONG, comme les combats s'intensifient, des dizaines de milliers d'autres risquent de subir le même sort.

"Nous parlons de plus de 100.000 personnes prises en sandwich entre Alep et la frontière", a expliqué à l'AFP Gerry Simpson qui se trouve du côté turc de la frontière.

Pire encore, il s'agit, selon lui, de Syriens déjà dans des camps de déplacés près de la frontière et qui sont très proches des lignes de front. Ils vivent à la belle étoile sans nourriture ni sanitaires, et la Turquie garde sa frontière fermée.

- Route stratégique -

Les jihadistes du groupe État islamique (EI) ont gagné du terrain samedi dans le nord au détriment à la fois du régime et des rebelles, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

D'après l'OSDH, l'EI s'est emparé samedi d'un village proche de la frontière turque dans le cadre de son offensive contre des groupes rebelles non jihadistes dans le nord de la province d'Alep.

Ce territoire est stratégique car frontalier de la Turquie, pays hostile au régime de Damas et où groupes rebelles et jihadistes se ravitaillent.

Le mouvement de l'EI a pour effet de "quasiment encercler" des rebelles dans la ville de Doudyane, qui sont désormais coupés de ceux basés autour de la ville d'Azaz, située à huit kilomètres de la frontière, a expliqué à l'AFP le directeur de l'OSDH Rami Abdel Rahmane.

Les groupes jihadistes comme l'EI ou le Front Al-Nosra (branche syrienne d'Al-Qaïda) sont exclus de la trêve initiée par les Etats-Unis et la Russie et qui avait permis depuis le 27 février une baisse de l'intensité des combats entre les forces progouvernementales et l'opposition armée non jihadiste.

Dans le sud de la province d'Alep, l'EI a avancé face aux forces gouvernementales près de Khanasser, localité qui a déjà changé de mains plusieurs fois durant le conflit.

La route qui passe par Khanasser est le seul lien entre les parties de la ville d'Alep sous contrôle gouvernemental et le reste des territoires tenus par le régime en Syrie.

Les jihadistes se sont emparés de plusieurs positions situées sur des collines près de Khanasser mais n'avaient pas coupé la route samedi, selon l'OSDH.

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