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16/04/2016 00:08 EDT | Actualisé 16/04/2017 01:12 EDT

Deux ans après son naufrage meurtrier, le ferry sud-coréen Sewol bientôt renfloué

Les familles des victimes du naufrage meurtrier du ferry sud-coréen Sewol se sont rassemblées samedi pour une cérémonie d'hommage en mer, deux ans jour pour jour après la catastrophe, avec l'espoir que le navire puisse être bientôt renfloué et les corps des disparus retrouvés.

Plus de 300 personnes, essentiellement des lycéens, avaient péri lorsque le Sewol avait coulé le 16 avril 2014 au large de l'île de Jindo (sud-ouest).

Le drame, principalement causé par des erreurs humaines - un espace de chargement illégalement redessiné et en surcharge, un équipage inexpérimenté et des relations troubles entre l'opérateur et les autorités de régulation - avait choqué le pays.

Le capitaine du ferry Lee Jun-Seok a été condamné à la prison à perpétuité pour "homicide par négligence" et 14 membres de l'équipage se sont vu infliger des peines de 2 à 14 ans d'emprisonnement.

Deux ans après le naufrage, les familles attendent que le navire de 6.825 tonnes soit ramené à la surface, dans l'espoir que neuf corps toujours disparus pourront être retrouvés.

Samedi, des proches des victimes ont été transportés par un navire des gardes-côtes jusqu'au site du naufrage, où des chrysanthèmes blancs ont été jetés à la mer.

"Fils, où es-tu ? je suis venu pour te voir !", s'est écrié un père depuis le pont du navire. "Reviens. Ta mère t'attend !", a lancé ce père éploré, avant de jeter une fleur par dessus bord, au cours d'une cérémonie retransmise en direct à la télévision.

Quelque 2.500 personnes ont également pris part à un service commémoratif à Jindo, marqué notamment par un lâcher de milliers de ballons jaunes en hommage aux victimes.

A Séoul, des gens faisaient la queue pour déposer des fleurs devant les centaines de portraits des victimes disposés sur un autel installé dans une rue du le centre-ville.

- 'Première mondiale' -

Séoul avait présenté l'an dernier un plan visant à renflouer le ferry et sélectionné une société chinoise pour mener à bien ce projet à 64 millions d'euros. L'opération devrait commencer le mois prochain, pour aboutir vers la fin juillet.

"Le gouvernement fera son possible pour renflouer le bateau et ramener les neuf corps disparus à leurs familles", a affirmé samedi à Jindo le ministre de la Mer, Kim Young-Suk.

Le Sewol repose par plus de 40 mètres de fond, et les autorités craignent que le navire de 145 mètres de long ne se brise en plusieurs morceaux lors du renflouement.

"Malheureusement, il n'y a aucune certitude et nous ne pouvons que faire notre possible pour minimiser le risque", a souligné Simon Burthem, architecte naval à TMC, une entreprise de conseil impliquée dans l'opération.

Il estime tout de même que l'opération a 80% de chances de réussir. "Renflouer l'épave en un seul morceau depuis une telle profondeur n'a jamais été fait auparavant, donc c'est un projet très, très difficile et stimulant, et en effet une première mondiale", a-t-il déclaré.

- Douloureuse attente -

Pour les familles des neuf victimes dont les corps n'ont jamais été retrouvés, les deux ans d'attente ont été éprouvants.

"Cela fait 730 jours et je peux voir l'océan devant moi", a déclaré Lee Keum-Hui, qui a campé sur le port de Paengmok, près du site de l'opération, en priant pour que le corps de sa fille de 16 ans soit récupéré. "Je sais où elle est mais je ne peux pas l'atteindre", ajoute la mère.

D'autres familles endeuillées ont accusé le gouvernement de manquer de transparence. "Tout est mené en cachette et les familles n'ont pas le droit d'observer l'opération", a fustigé Jung Seong-Wook, un de leurs représentants.

Le ministère de la Mer s'est dit d'accord pour amener les familles sur le site du naufrage du moment qu'elles "ne perturbent pas les opérations de sauvetage", insistant sur l'impératif "d'intense concentration" à ce moment critique de l'opération.

Pour des proches comme Mme Lee, la perspective de ne pas récupérer les corps est insupportable. "Nous tremblons de peur à l'idée qu'il y ait ne serait-ce qu'une toute petite chance de ne jamais trouver les corps manquants", dit-elle.

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