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15/04/2016 20:45 EDT | Actualisé 16/04/2017 01:12 EDT

Conflit en Colombie: la restitution des terres fait débat

Après avoir fui les combats, Hernan Cruz craignait de regagner sa ferme, mais aujourd'hui en Colombie il incarne le succès du programme de restitution des terres aux paysans spoliés pendant le conflit armé, processus qui n'est toutefois pas exempt de critiques.

"Rentrer, c'est ce qui peut arriver de mieux! Maintenant je cultive un hectare et demi de bananes plantain, et du café sur l'autre moitié", a raconté à l'AFP cet agriculteur de 49 ans, déplacé il y a seize ans de sa petite exploitation par les affrontements entre la guérilla et l'armée, dans le département de Tolima (centre).

Comme beaucoup d'autres dans cette région, où sont nées les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) en 1964, M. Cruz avait aussi fui la "vacuna" ou vaccin, contribution sur les récoltes prélevée de force par cette guérilla, désormais en pourparlers de paix avec le gouvernement pour mettre fin à plus d'un demi-siècle de guerre civile.

Ce petit paysan, l'un des 6,8 millions de déplacés par la violence, a reçu environ 8.000 dollars de subventions pour relancer son exploitation il y a deux ans, dans le cadre de la Loi n°1448 sur les victimes et la restitution des terres. Adoptée en 2011, elle permet de confirmer les droits de propriété des victimes de déplacement forcé.

"Cette loi vise à rendre les terres à leurs vrais propriétaires, à ceux qui ont été dépossédés à la pointe du fusil, par la violence", a déclaré le président de centre-droit, Juan Manuel Santos, le weekend dernier lors de la restitution de plus de 500 hectares à Chaparral, dans le département de Tolima, tout près de la ferme de M. Cruz.

- 'Campagne anti-restitution' -

Le chef de l'Etat a souligné que le processus prévoyait la restitution de plus de six millions d'hectares d'ici 2021 et ne devait pas servir des intérêts politiques, diviser le pays ou semer la crainte.

Qualifiée jeudi par l'ONU "d'instrument important pour faciliter la construction de la paix et de la réconciliation", la loi n° 1448 ne fait néanmoins pas l'unanimité, notamment chez les ex-paramilitaires.

Alejandro Ordoñez, le procureur chargé en Colombie du contrôle des fonctionnaires, et José Félix Lafaurie, représentant du puissant secteur des éleveurs de bétail, ont réuni quelque 3.000 personnes rejetant la loi dans le Magdalena (nord), fief des anciennes milices paramilitaires d'extrême droite Autodéfenses Unies de Colombie (AUC), armées contre les guérillas dans les années 1980.

"Il ne faut pas confondre les opposants et les agresseurs", a déclaré M. Ordoñez, affirmant que des rebelles se faisaient passer pour des victimes afin de bénéficier du programme. M. Lafaurie a de son côté dénoncé "la quote-part de contrôle territorial de certains acteurs armés".

Le sénateur de gauche Ivan Cepeda a dénoncé devant le Parlement mercredi l'apparition de ce mouvement opposé à la loi de restitution et orchestré par d'ex-paramilitaires dans le Magdalena.

Alejandro Reyes, expert en conflits territoriaux et conseiller du ministère de l'Agriculture, a également dénoncé dans le quotidien El Espectador une "campagne anti-restitution".

- Un 'échec' pour la guérilla -

A cette opposition s'ajoute l'insatisfaction des Farc. Le processus est "insuffisant et des groupes paramilitaires ne veulent pas qu'il avance", ont-elles déploré lundi, en le qualifiant d'"échec", par la voix de Jesus Santrich, l'un des négociateurs de la guérilla aux pourparlers de paix.

Et la Fondation Paix et Réconciliation a mis en cause la lenteur du processus, affirmant que le gouvernement n'avait "géré que 3,4% des demandes" déposées jusqu'à présent.

A ce jour, selon l'Unité de restitution des terres (URT), organisme public, quelque 200.000 hectares ont été restitués à plus de 20.000 personnes.

Ana Acosta, 48 ans, a ainsi pu revenir à Ataco (Tolima) sur ses terres qu'elle avait abandonnées en 2001, sous le feu croisé des Farc et de l'armée. Pour elle, "revenir a été merveilleux!"

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