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16/04/2016 09:55 EDT | Actualisé 17/04/2017 01:12 EDT

Chyno, le rap d'un Syrien en exil qui veut parler des "gens"

La Syrie, pays où il a vécu enfant, hante les textes de l'exilé Chyno, rappeur philippo-syrien qui donnait samedi soir dans un festival français le premier d'une série de concerts en France et Suisse.

Né aux Philippines il y a 31 ans, Chyno, de son vrai nom Nasser Shorbaji, qui a vécu en Arabie saoudite et en Syrie avant de s'installer au Liban, a lâché son travail dans une banque il y a quelques années pour vivre sa passion du hip hop.

Après avoir oeuvré à la scène hip hop de Beyrouth, au sein du Fareeq el-Atrash, le jeune homme est parti s'installer à Barcelone pendant deux ans, quand la guerre a éclaté en Syrie en 2011. Ce départ vers l'Europe, en l'éloignant de sa famille et du conflit, "a facilité les choses", dit-il à l'AFP avant son concert au 40e Printemps de Bourges, un festival de musiques actuelles dans le centre de la France.

C'est donc en Espagne qu'il écrit son premier album solo "Making Music to Feel at Home" ("Faire de la musique pour se sentir chez soi"), où il évoque ses sentiments d'exilé et sa situation paradoxale faite de culpabilité de "continuer de s'amuser pendant ces événements" et d'"attachement à ses racines".

Refusant de choisir un camp et dubitatif sur les "politiques", il a pris le parti, dans son rap en anglais, de se faire le porte-parole du malaise et des peurs des "gens" sans se soucier de la "politique".

"C'est problématique d'être considéré comme pro-opposition ou pro-gouvernement, dans ma famille, il y a des divisions. Je préfère parler des gens eux-mêmes dans des textes narratifs à la première personne, c'est ça qui compte", assure le rappeur sous sa casquette rouge.

Dans l'un des ses morceaux, "O.P.P.", il se met notamment dans la peau d'un "kamikaze", en tentant d'analyser les motivations mais aussi les doutes qui peuvent l'assaillir au moment de passer à l'acte. Evidemment pas "pour cautionner" mais pour essayer de comprendre, précise-t-il.

Un titre "controversé", admet le rappeur, dont la vidéo avait été mise en ligne au Liban quelques semaines seulement avant un attentat suicide meurtrier à Beyrouth en novembre 2013.

Après son concert à Bourges, Chyno tournera en France durant la semaine avant de se produire à Lausanne (Suisse) samedi prochain.

alu/na/fjb