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16/04/2016 11:51 EDT | Actualisé 17/04/2017 01:12 EDT

Brésil : Rousseff et Lula déclenchent la contre-offensive de la dernière chance

La présidente brésilienne Dilma Rousseff et son mentor Lula ont déclenché samedi la contre-offensive de la dernière chance pour faire avorter la procédure de destitution de la dirigeante de gauche à la veille du vote des députés sur cette question.

Le camp présidentiel a attaqué ses adversaires et menait parallèlement en coulisses de fiévreuses négociations auprès des députés encore hésitants, semant l'inquiétude dans les rangs de l'opposition de droite.

Mme Rousseff s'en est prise au vice-président Michel Temer, qui brigue ouvertement son mandat, et à son allié le président du Congrès des députés Eduardo Cunha, dans une tribune publiée par le quotidien de Sao Paulo.

"Ils veulent condamner une innocente et sauvent des corrompus. Quelle est leur légitimité ?", s'est-elle interrogée.

M. Temer, à la tête du grand parti centriste PMDB qui a quitté fin mars la coalition de Mme Rousseff, est presque tout aussi impopulaire qu'elle. Et, il n'obtiendrait qu'1% des voix à une élection à la régulière, selon un récent sondage.

Son nom a en outre été cité par plusieurs personnes poursuivies dans le cadre de l'enquête sur le réseau de corruption monté au sein de la compagnie pétrolière publique Petrobras.

M. Cunha, représentant de l'aile dure du PMDB, est quant à lui inculpé de "corruption et blanchiment d'argent" dans ce dossier.

- "Comme à la Bourse" -

"L'élite brésilienne n'aime pas la démocratie", s'est exclamé à Brasilia l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, acclamé par plus de mille paysans sans terre, syndicalistes et militants du Parti des Travailleurs (PT-gauche) qui campent près du stade Mané Garrincha.

Mais Lula ne s'est pas attardé. "Je dois rentrer (négocier). Nous ne devons pas les laisser remporter les 342 voix", a-t-il expliqué.

Pour faire échouer la tentative de destituer Mme Rousseff dès dimanche, le camp présidentiel devra en effet absolument empêcher l'opposition d'atteindre ce score des deux tiers des députés (342 sur 513) requis pour que la procédure soit renvoyée au Sénat.

Dilma Rousseff serait alors dans une position extrêmement délicate. Au Sénat, il suffirait d'un vote à la majorité simple, probablement début mai, pour qu'elle soit mise en accusation et écartée du pouvoir pendant un maximum de six mois en attendant le verdict final.

Michel Temer assumerait alors ses fonctions et formerait un gouvernement de transition.

"C'est une guerre de chiffres qui montent et qui descendent comme à la Bourse des valeurs", a expliqué Lula à ses partisans. "A un moment, le type dit qu'il est pour nous et après, il ne l'est plus et il faut négocier 24 heures par jour".

Le camp présidentiel semble avoir marqué quelques points ces dernières heures.

Ce qui a contraint Michel Temer, qui était rentré chez lui à Sao Paulo, à rentrer d'urgence à Brasilia, selon les médias brésiliens.

- La droite confiante -

Le chef du comité informel militant pour la destitution, le député du DEM (droite) Mendonca Filho, se voulait néanmoins confiant.

"Nous avons dépassé la barre des 342 votes. Notre position est consolidée, mais nous ne devons pas céder à la facilité. Il nous faut rester vigilants", a-t-il déclaré à l'AFP.

La contre-attaque de Mme Rousseff et de Lula prouve le complet "désespoir" de ceux qui sont "en train de perdre la partie. Si ce n'était pas le cas, ils seraient beaucoup plus tranquilles", a ajouté ce parlementaire.

Dilma Rousseff, un ex-membre de la guérillera sous la dictature (1964-85), est accusée par l'opposition de maquillage des comptes publics en 2014, année de sa réélection, et début 2015, mais pas de corruption.

Elle se dit victime d'une tentative de "coup d'Etat" institutionnel, alléguant que tous ses prédécesseurs ont eu recours sans être inquiétés aux mêmes tours de passe-passe budgétaires.

La présidente est embourbée dans une redoutable double crise politique et économique, envenimée par le gigantesque scandale Petrobras qui éclabousse son parti et les formations centristes de sa coalition hétéroclite en miettes, cette dernière ayant essuyé tout au long de la semaine une avalanche de défections en son sein.

Le suspens du vote de dimanche promet de durer jusqu'à la dernière minute.

Les députés ont repris samedi matin leur session extraordinaire à Brasilia. Chacun disposait de trois minutes pour s'exprimer à la tribune.

Devant l'assemblée, une barrière de deux mètres de haut et d'un kilomètre de long a été érigée pour séparer dimanche les partisans de la destitution de ceux qui dénoncent un "putsch".

De grandes manifestations de chaque camp sont prévues pour dimanche à Rio de Janeiro (sud-est), le long de la célèbre plage de Copacabana, à des horaires différents.

A Sao Paulo (sud-est), poumon industriel du Brésil et fief de l'opposition, les autorités prévoient une affluence d'un million de manifestants.

bur-cdo/pal/bds

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