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16/04/2016 08:20 EDT | Actualisé 17/04/2017 01:12 EDT

Brésil: ces vertueux députés qui veulent destituer Dilma Rousseff

Un par un, les députés brésiliens apparaissent à la télévision, visage rouge d'indignation et voix tremblante, pour réclamer la destitution de la présidente Dilma Rousseff à la tribune du Parlement.

Petit problème avec ces démonstrations de vertu infligées aux Brésiliens tout au long du week-end? Un nombre stupéfiant de ces élus sont soupçonnés par la justice de corruption.

"Ils veulent condamner une innocente et sauvent des corrompus", écrit Mme Rousseff, 68 ans, dans une longue tribune publiée samedi par le quotidien Folha de Sao Paulo, à la veille du vote crucial au parlement sur sa destitution.

Que reproche-t-on en retour à Dilma Rousseff? D'avoir maquillé les comptes publics du Brésil pour dissimuler aux électeurs l'étendue des déficits et de la crise économique, afin de faciliter sa réélection en 2014.

Elle le confesse à demi-mots en faisant valoir que tous ses prédécesseurs ont eu recours - dans une moindre mesure - à ces tours de passe-passe sans avoir jamais été inquiétés. Un prétexte donc, dénonce-t-elle, pour habiller d'un fin vernis juridique un "coup d'Etat" institutionnel.

Il en va tout autrement du président du Congrès des députés Eduardo Cunha, qui a fait cheminer depuis décembre avec une célérité zélée la procédure de destitution de Mme Rousseff, son ennemie jurée.

- 'C'est ça, l'alternative?' -

Troisième figure de l'Etat dans l'ordre de la succession, ce député ultraconservateur, adepte d'une église évangélique néo-pentecôtiste, est inculpé pour "corruption et blanchiment d'argent" dans le cadre du scandale Petrobras.

Des millions de dollars d'origine suspecte ont été repérés sur des comptes en Suisse, dont il avait juré sur l'honneur tout ignorer devant une commission d'enquête parlementaire.

Restaurants chics, boutiques de luxe, M. Cunha a mené grand train à Paris, Londres ou Miami (sud-est des Etats-Unis) avec son épouse, une ex-présentatrice de télévision, et sa fille.

Quid du vice-président Michel Temer, dirigeant du parti centriste PMDB qui travaille main dans la main avec M. Cunha, du même parti, pour évincer la présidente?

Son nom a été cité par des inculpés du dossier Petrobras dans de sombres histoires de ventes illégales d'éthanol, qu'il réfute. Il n'est pas mis en examen à ce stade dans l'enquête Petrobras - contrairement à l'autre grand cacique du PMDB, Renan Calheiros, président du Sénat, quatrième personnage de l'Etat dans l'ordre de succession.

En descendant un peu la pyramide du pouvoir, on prend toute la mesure de l'épidémie frappant le Parlement.

La branche brésilienne de l'ONG Transparency International estime que pas moins de 58,1% ds députés brésiliens ont ou ont eu maille à partir avec la justice pour des affaires de corruption.

Avant l'assemblée plénière du Parlement ce week-end, une Commission spéciale a approuvé lundi un rapport préconisant l'ouverture d'un procès en destitution de la présidente au Sénat.

Sur ses 65 éminents membres, 36 sont inculpés ou ont déjà été condamnés pour des infractions pénales.

Face à cet édifiant panorama, un haut magistrat du Tribunal suprême fédéral (STF), Luis Roberto Barroso, s'est récemment laissé aller à des commentaires désabusés, durant un colloque où il ignorait être filmé.

Il a dit avoir frémi en voyant une photo où M. Cunha et les députés du PMDB exultaient après la décision de leur parti de rompre avec Dilma Rousseff pour la pousser vers la sortie. Et s'être exclamé intérieurement: "Dieu du ciel! C'est ça, notre alternative de gouvernement?"

- Ferrari, Porsche et Lamborgini -

Le Brésil pointe à la 76e place au classement des pays les plus corrompus établi par Transparency International, juste devant le Burkina Faso et l'Inde.

L'un des raisons de l'apparente impunité des parlementaires brésiliens est qu'en raison de leur immunité, ils ne répondent pénalement de leurs actes que devant le tribunal suprême, aussi notoirement respecté que lent.

Des dizaines de députés et sénateurs sont ainsi soupçonnés dans le scandale Petrobras, mais seul M. Cunha est inculpé.

Deux anciens présidents ont aussi été rattrapés par le scandale de corruption.

D'abord l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, mentor politique de Mme Rousseff, qui proteste de son innocence en dénonçant "une saloperie homérique".

Ensuite le pittoresque Fernando Collor de Mello, aujourd'hui sénateur, qui avait démissionné de la présidence en 1992 à la veille de sa destitution pour corruption. Quand la police s'est rendue chez lui en juillet dernier, elle a confisqué une Ferrari, un Porsche et une Lamborghini.

Un nom de figure politique brésilienne vivante jamais soupçonnée d'avoir touché personnellement de l'argent issu de la corruption?

Dilma Rousseff.

sms/pal/mba/mr