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13/04/2016 10:38 EDT | Actualisé 14/04/2017 01:12 EDT

Sex-tape - La France se passe de Benzema pour son Euro

Karim Benzema ne participera pas à l'Euro-2016 en France, question "d'exemplarité": le président de la Fédération française de football (FFF), Noël Le Graët, et le sélectionneur des Bleus, Didier Deschamps, ont choisi mercredi de se priver de leur star, mise en examen dans la fameuse affaire du chantage à la sex-tape.

Le joueur l'a annoncé en premier sur son compte Twitter, par un message sobre, mais le communiqué de la FFF qui a suivi a été cinglant pour le joueur du Real Madrid, en évoquant "la capacité des joueurs à oeuvrer dans le sens de l'unité, au sein et autour du groupe" et "l'exemplarité et la préservation du groupe".

En creux, la FFF et Deschamps reprochent à l'attaquant de ne pas remplir tous ces critères. Comme l'ancien sélectionneur Raymond Domenech l'avait déjà suggéré en 2010 pour justifier son absence de la liste pour le Mondial-2010 en Afrique du Sud.

Le Graët et Deschamps ont souligné "que la performance sportive est un critère important mais pas exclusif pour décider de la sélection au sein de l'équipe de France de football", dans un texte commun.

Par ailleurs, la FFF, qui a "eu accès, en sa qualité de partie civile dans l'affaire de la tentative de chantage, au contenu du dossier d'instruction", estime que "les éléments actuellement disponibles dans ce dossier ne permettent pas d'établir clairement l'implication des différents acteurs, notamment celle de M. Benzema". "Il reviendra à la justice d'établir les responsabilités des protagonistes", conclut la FFF sur le volet judiciaire.

- Benzema l'avait senti -

Le joueur avait senti le vent tourner. Benzema avait d'abord déclaré mardi soir, après la qualification du Real Madrid pour les demi-finales de la Ligue des champions, attendre la décision avec "confiance".

Mais mercredi matin, il a posté un message transpirant la résignation sur sa page Facebook: "Quoi qu'il arrive, Bleu un jour... Bleu toujours".

Ce court message était accompagné d'un best-of de ses buts en Bleu (27 en 81 sélections). On y voyait déjà un au revoir à l'équipe de France, à moins de deux mois de l'Euro-2016 (10 juin-10 juillet).

La décision de Le Graët et Deschamps est un tournant dans l'affaire hors norme du chantage à la sex-tape visant Mathieu Valbuena, autre joueur de l'équipe de France.

La première déflagration remonte au 5 novembre 2015 quand Benzema avait été mis en examen pour complicité de tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs.

Au centre de l'affaire: les liens de Benzema avec des amis d'enfance au lourd casier judiciaire qui lui auraient demandé d'intervenir dans cette affaire.

Le 10 décembre, le feuilleton connaissait un nouveau pic: à six mois jour pour jour du match inaugural de l'Euro, Le Graët annonçait que le joueur n'était "plus sélectionnable" tant que sa situation judiciaire n'évoluerait pas.

L'horizon de Benzema s'était toutefois éclairci le 11 mars quand son contrôle judiciaire avait été levé, ce qui permettait alors au joueur du Real d'entrer à nouveau en contact avec Valbuena, voire par extension de jouer à ses côtés.

- Question d'image -

Jusqu'ici, Le Graët avait toujours soutenu l'attaquant.

Mais le Premier ministre français, Manuel Valls, s'est à plusieurs reprises déclaré contre le retour de Benzema en Bleu.

Au-delà de sa seule situation judiciaire, la présence ou non de Benzema en Bleu était une question d'image pour l'équipe de France. Ces derniers mois, au fil des révélations parues dans la presse sur l'affaire de la sex-tape, le joueur était apparu peu à son avantage.

"Je pense que c'est un gros malentendu. Ce n'était que de l'aide, je n'avais rien d'autre derrière la tête, (pas) de chantage ou d'argent", s'était défendu l'avant-centre devant la juge, selon une audition du 5 novembre publiée par Le Monde.

Une ligne de défense qui n'a pas semblé convaincre l'opinion publique, à en juger par les sondages. Le 1er avril, les Français étaient 25% à plébisciter Antoine Griezmann, 19% André-Pierre Gignac et 18% Olivier Giroud au poste d'avant-centre titulaire à l'Euro-2016, contre 7% pour Karim Benzema, selon une enquête Odoxa.

Il faut dire qu'en l'absence de Benzema pour les matches amicaux du mois de mars, la France s'est imposée 3 à 2 aux Pays-Bas et 4 à 2 contre la Russie, avec un secteur offensif productif.

pgr/pr/jcp/es