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13/04/2016 05:42 EDT | Actualisé 14/04/2017 01:12 EDT

Macédoine: l'amnistie décrétée par Ivanov sème la discorde

L'amnistie de responsables politiques décrétée mardi par le président Ivanov enfonce la Macédoine dans une crise qui la paralyse depuis deux ans, renvoyant l'opposition dans la rue et hypothéquant le rapprochement avec l'Europe de cette république déjà confrontée à la crise des migrants.

Ce pardon, qui de facto met un terme aux poursuites liées au scandale des écoutes téléphoniques illégales de milliers de personnes imputées au pouvoir, a été accueilli par une sévère mise en garde de l'Europe et des Etats-unis.

Il a suscité la colère d'opposants à Skopje qui, au lendemain de rassemblements de centaines de personnes, pourraient redescendre dans la rue mercredi, comme le suggèrent des appels sur les réseaux sociaux.

Cette double pression n'a pas semblé ébranler Gjorge Ivanov, qui mercredi, en déplacement à la frontière avec la Grèce, a lâché aux journalistes: "Ce que j'avais à dire, je l'ai dit hier. Je reste là-dessus."

Affirmant y voir le seul moyen de sortir de l'impasse politique dans laquelle se trouve le pays, Gjorge Ivanov a "mis un terme aux procédures judiciaires contre les responsables du gouvernement et de l'opposition". En l'espèce, une enquête ouverte fin 2015 dans un scandale d'écoutes téléphoniques de politiques, de chefs religieux, de journalistes.

Cette amnistie n'est "pas en cohérence avec ma conception de l'état de droit", a regretté mardi soir le commissaire européen à l'élargissement Johannes Hahn. Mercredi, l'ambassadeur américain à Skopje a été aussi lapidaire: "Un pardon général sans respect de la procédure protège les hommes politiques corrompus et leurs associés".

Aux yeux de l'opposition, Nikola Gruevski, véritable homme fort du pays et du parti au pouvoir, le VMRO-DPMNE (droite conservatrice), est le chef d'orchestre du système illégal d'écoutes qui aurait été mis en place. En tant que tel, celui qui a été Premier ministre de 2006 à sa démission en janvier, est aussi le premier bénéficiaire du pardon présidentiel.

"Classe dirigeante discréditée"

Que celui-ci soit le fruit "d'une décision de Gruevski ou d'Ivanov n'importe pas. Ils sont partie intégrante d'une classe dirigeante complètement discréditée et complètement pourrie", a réagi mercredi James Ker-Lindsay, spécialiste des Balkans à la London School of Economics.

"Nous sommes arrivés à un point où l'Union européenne doit très sérieusement se poser la question de savoir si la Macédoine mérite toujours d'être désignée comme un candidat à l'adhésion", poursuit l'universitaire.

La petite République de 2,1 millions d'habitants du sud des Balkans, à l'économie fragile, est officiellement candidate depuis 2005, malgré des relations exécrables avec la Grèce, qui lui dénie l'usage du nom de "Macédoine". Ces tensions sont exacerbées par la crise des migrants: Athènes a critiqué Skopje pour la violence jugée excessive dimanche de ses forces de sécurité afin de repousser des groupes de réfugiés bloqués à la frontière et voulant forcer le passage vers l'Europe occidentale.

Le commissaire à l'élargissement, Johannes Hahn a envoyé un avertissement à Skopje: l'amnistie comme d'autres décisions prises récemment par les responsables macédoniens "mettent gravement en péril l'avenir euro-atlantique de leur pays".

"Les défilés de citoyens pourraient être la solution", a jugé sur une télévision privée Ljubomir Frckoski, professeur de droit proche du principal parti d'opposition, le SDSM (social-démocrate) de Zoran Zaev.

"Voleurs!", "Allez vous en!", "Nous en avons assez des criminels", avaient scandé les manifestants dans des rues quadrillées par la police.

Zoran Zaev a déjà annoncé que son parti boycotterait les législatives prévues le 5 juin, dénonçant notamment des listes truquées, une presse placée sous contrôle et des atteintes aux libertés publiques. Des élections déjà repoussées et qui étaient censées offrir une issue à la crise.

Johannes Hahn a exprimé ses doutes "que des élections crédibles restent possibles" désormais. Un constat d'échec après des mois d'efforts de l'UE pour ramener les protagonistes de la crise autour d'une table et arracher à l'été 2015 un fragile accord qui a volé en éclats.

Les quelque 2,1 millions d'habitants de la Macédoine sont majoritairement slaves mais un quart sont albanais et ont leurs propres partis.

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