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13/04/2016 13:20 EDT | Actualisé 14/04/2017 01:12 EDT

Les libertés fondamentales sont attaquées dans le monde entier, selon Washington

Les Etats-Unis ont estimé mercredi que les libertés fondamentales étaient attaquées dans le monde entier, signalant une "crise mondiale de la gouvernance", et n'ont pas hésité à étriller des alliés comme la Turquie et l'Egypte.

Le secrétaire d'Etat John Kerry, dans le préambule du rapport annuel élaboré par le ministère américain des Affaires étrangères sur les droits de l'homme, a relevé que les attaques contre les valeurs démocratiques signalaient une "crise mondiale de la gouvernance".

"Dans toutes les régions du monde, nous constatons une tendance croissante de la part à la fois d'acteurs étatiques ou non de contraindre l'espace de la société civile, d'étouffer la liberté des médias et d'internet, de marginaliser les voix d'opposition et, dans les cas les plus extrêmes, de tuer des gens ou de les forcer à quitter leurs foyers", a relevé M. Kerry.

Ce rapport, compilé pays par pays par des diplomates américains, n'a aucune implication légale pour la politique étrangère américaine. Une critique ne contraint pas Washington à rompre des relations, ni à imposer des sanctions ou mettre fin à son assistance militaire.

Mais, selon M. Kerry, ce 40e rapport renforcera la détermination des Etats-Unis à promouvoir "les libertés fondamentales" et à soutenir les groupes de défenseurs des droits de l'homme.

"Certains observent ces événements et craignent que la démocratie ne batte en retraite", a poursuivi M. Kerry. "En réalité, il s'agit d'une réaction à la progression d'idéaux démocratiques, à la demande croissante de peuples de toutes cultures et de toutes régions d'avoir des gouvernements qui rendent des comptes".

- Respecter n'est pas s'affaiblir -

Ce rapport évoque des "règles universelles", "pas de quelconques standards arbitraires que les Etats-Unis tentent d'imposer aux gens", a-t-il souligné.

Respecter les droits de l'homme, a-t-il ajouté, n'affaiblit pas un gouvernement et réprimer les citoyens ouvre le voie à l'essor de l'extrémisme violent.

Sans surprise, le document est particulièrement critique envers deux adversaires des Etats-Unis, la Russie et la Chine --où les organisations de défense des droits civils sont toujours plus réprimées--, et envers ses ennemis que sont l'Iran et la Corée du Nord, où des habitants sont assassinés et torturés en dehors de tout cadre légal.

Pour Tom Malinowski, secrétaire d'Etat adjoint chargé de la Démocratie et des Droits de l'homme, la répression opérée par Moscou et Pékin envoie un mauvais message à l'étranger.

Il a cité des initiatives russes visant à supprimer la liberté d'association ou considérant les défenseurs des droits comme des traitres. En Chine, la loi associe journalisme et militantisme à du terrorisme, a-t-il déploré.

"C'est une cause particulière d'inquiétude parce que ces pratiques sont davantage susceptibles d'être copiées par d'autres pays", a relevé M. Malinowski.

- Alliés dans le viseur -

Mais le rapport n'épargne pas non plus des alliés, comme la Turquie, pourtant membre de l'Otan. Le gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan a vertement sévi contre les médias d'opposition et arrêté plusieurs journalistes.

"Le gouvernement a exploité la législation antiterroriste ainsi que la loi interdisant d'insulter le président pour bâillonner le discours politique légitime et le journalisme d'investigation", a relevé le rapport.

Il a accusé les autorités turques de "poursuivre en justice les journalistes et les citoyens ordinaires, et de conduire les médias d'opposition à la faillite ou de les mettre sous tutelle de l'Etat".

Et, tout en dénonçant la violence du "groupe terroriste PKK" --le Parti des travailleurs du Kurdistan--, le rapport a également reproché des excès aux forces de l'ordre turques. Il a notamment fait état d'"allégations crédibles que le gouvernement ou ses agents ont commis des assassinats arbitraires ou illicites".

Le président turc a effectué une visite le mois dernier à Washington et nié toute action contre la liberté d'expression dans son pays. Cela alors même que des agents de sa sécurité tentaient d'empêcher des journalistes turcs d'opposition d'assister à son discours devant un groupe de réflexion.

Autre pays allié qui en prend pour son grade: l'Egypte. Le pays a reçu 1,5 milliard de dollars d'aide militaire de la part des Etats-Unis malgré le régime autoritaire d'Abdel Fattah Al-Sissi, élu président en mai 2014 après avoir éliminé toute opposition.

"Il y a des cas de personnes ayant été torturées à mort et d'autres accusations d'assassinats en prison ou dans des centres de détention", a relevé le rapport, faisant référence à des publications d'organisations non-gouvernementales et des Nations unies signalant la disparition de centaines d'Egyptiens depuis la révolution de 2011.

dc/elm/sha