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13/04/2016 06:35 EDT | Actualisé 14/04/2017 01:12 EDT

Le Parlement européen inquiet pour la démocratie en Pologne

Le Parlement européen a enjoint mercredi le gouvernement polonais à respecter les principes démocratiques et l'Etat de droit, provoquant le courroux du parti conservateur au pouvoir dans ce pays.

Dans ce texte adopté à une large majorité, lors d'une session plénière à Strasbourg, le Parlement européen déclare être "vivement préoccupé par le fait que la paralysie effective du tribunal constitutionnel en Pologne met en péril la démocratie, les droits de l'homme et de l'Etat de droit".

Sur les 685 eurodéputés présents, 513 se sont prononcés pour, 142 contre et 30 se sont abstenus.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, également polonais et fondateur du parti Plateforme civique (PO), a lui aussi critiqué, devant des journalistes polonais à Bruxelles, les conservateurs au pouvoir à Varsovie.

"J'ai un conseil, quoique je ne sois pas conseiller du gouvernement polonais et je doute que le gouvernement polonais soit intéressé par mes conseils, mais c'est un conseil à caractère universel: si le pouvoir ne veut pas que l'opinion publique internationale se penche sur ses activités, il ne doit pas lui en offrir de raisons. Aujourd'hui, des raisons, on n'en a que trop", a lancé M. Tusk, qui préside l'instance réunissant les chefs d'Etat et de gouvernement des 28 Etats membres de l'UE.

Plusieurs eurodéputés polonais du parti conservateur au pouvoir Droit et Justice (PiS) ont fustigé, à la télévision polonaise, la résolution du Parlement européen. "Il s'agit d'une vulgaire pression internationale sur la Pologne", a dit Ryszard Czarnecki, l'un des vice-présidents du Parlement européen. "Le Parlement européen veut être à la fois procureur et juge dans des affaires concernant notre patrie", a-t-il déploré.

"La résolution est absurde, nuisible, malhonnête et inefficace", a renchéri un autre eurodéputé polonais Ryszard Legutko.

Dans sa résolution, le Parlement européen a "prié instamment le gouvernement polonais de respecter" les décisions du tribunal constitutionnel pour sortir de la crise autour de cette juridiction, comme l'avait fait le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, lors d'une visite le 5 avril à Varsovie.

Les conservateurs au pouvoir à Varsovie refusent jusqu'ici la publication de la décision du tribunal qui avait jugé le 9 mars non conforme à la constitution une nouvelle loi modifiant les règles de son fonctionnement et conduisant à sa paralysie de fait.

Dans cette résolution, les eurodéputés ont aussi "demandé au gouvernement polonais d'appliquer pleinement les recommandations de la Commission de Venise", un organe consultatif du Conseil de l'Europe.

Cet organe, sollicité par Varsovie, avait estimé début mars que le tribunal constitutionnel était habilité à statuer en se référant directement à la constitution, ce que conteste le gouvernement conservateur.

Par ailleurs, les eurodéputés ont rejeté la nomination du candidat du gouvernement polonais, Janusz Wojciechowski, comme membre de la Cour des comptes européenne. La Commission européenne lui avait refusé sa recommandation.

M. Wojciechowski, qui représente le PiS, avait affirmé qu'il serait pleinement indépendant, une fois élu, et qu'il mettrait fin à son activité politique, selon l'agence de presse polonaise PAP.

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