DIVERTISSEMENT
13/04/2016 06:27 EDT | Actualisé 13/04/2016 06:28 EDT

«Le fantastique des astres» : le Yin et le Yann de Perreau (PHOTOS)

Voilà, le manège du Fantastique des astres de Yann Perreau a commencé à tourner. Son spectacle-lancement à l’Usine C a eu l’effet escompté, nous croyons, et la chanson phare de ce cinquième disque, J’aime les oiseaux, joue régulièrement sur les ondes radiophoniques. Ça faisait plusieurs années que l’artiste n’avait pas livré d’album de son cru. Or, l’exalté chanteur n’a jamais cessé de gigoter, bien au contraire. Rencontre avec le jeune quadragénaire qui mord dans l’interstellaire.

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Après avoir notamment offert le disque À genoux dans le désir (octobre 2012), inspiré de la poésie de Claude Péloquin, mis en scène quelques spectacles dont l’étonnant hommage à Édith Piaf, puis collaboré au célébré projet des Douze hommes rapaillés (productions d’albums et de concerts en lien à l’œuvre du poète Gaston Miron), Yann Perreau s’est remué l’intérieur pour proposer du matériel neuf et du frais.

La comète Blanche

«Il y a beaucoup de subtilités sur cet album, affirme l’auteur-compositeur-interprète dans une salle de réunion du quartier général de Bonsound, sa maison de disque. Le panorama est très riche. Au niveau du son, c’est une de mes fiertés par rapport aux autres disques. J’ai poussé d’une coche la profondeur. C’est aussi beaucoup grâce à Tante Blanche (de son prénom Éric, le mystérieux collaborateur préfère conserver l’anonymat), qui a travaillé à la réalisation et aux arrangements de l’album.

C’est un designer sonore, qui évolue dans le milieu de la pub et avec des boîtes multimédias, renchérit-il. Il a fait de l’habillement pour de grands événements. C’est aussi un multi-instrumentiste qui a fait quelques albums. Il aime beaucoup travailler avec des échantillonnages et la programmation. Oui, j’ai utilisé de l’électro comme jamais auparavant (même si la musique rock électronique lui est familière), mais ce n’est pas froid. C’était très important pour moi. Je ne connaissais pas Tante Blanche avant notre collaboration. J’ai expliqué que je voulais du nouveau, du dansant, du groovy, des gros sons de party, mais que je voulais véhiculer des émotions.»

Le fantastique des astres est d’ailleurs présenté sous deux jours bien distincts. La première partie de l’album – mentionnons les chansons Baby Boom, Momonna, J’aime les oiseaux et Faut pas se fier aux apparences (avec Pierre Kwenders et Inès Talbi) - est très énergique. Les basses prédominent les arrangements up tempo.

Les ambiances, quant à elles, sont souriantes et vitaminées à souhait. La seconde section, qui renferme notamment les morceaux À l’amour et à la mer (avec Laurence Nerbonne), T’embellis ma vie (guitare acoustique), Le tatouage et la viscérale Mon amour est un loup, est plus intimiste.

«La première moitié est pas mal animée, explique Yann Perreau.

Ensuite, on tombe dans du plus sensible. C’est délicat, épuré, planant et atmosphérique. Pour moi, c’est un bel équilibre. C’est ce que je recherchais avant d’enregistrer. Je voulais arriver à construire un terrain de jeu sur lequel je pourrais aller dans toutes les dynamiques, qu’elles soient sportives, électriques, festives ou encore partagées dans la confidence et l’émotion à fleur de peau.

Avec l’énergie du dernier morceau du disque, qui s’appelle Barcelone (de nouveau avec Laurence Nerbonne), on boucle la boucle. Je pense que j’ai une belle diversité de tableaux. Et c’est important pour moi, parce que sur scène je vais pouvoir proposer différentes atmosphères.»

Quant à la pièce Sexo Futur, qualifiée par son auteur de plage satellite, c’est une proposition qui se situe pour lui à «l’extérieur du cadre» du Fantastique des astres : «Cette pièce a d’abord été composée pour la série télé qui s’appelle L’Art érotique. C’était pour une exposition dans le studio d’ARTV. Pis, on a aussi fait un vidéoclip.

L’équipe de Bonsound trouvait ça vraiment beau et elle m’a proposé d’intégrer la chanson à l’album. Elle correspond au mood de l’album, mais elle ne provient pas de la même place. J’ai décidé de l’offrir en bonus track. C’est un heureux compromis, disons.»

Sauvage et lyrique

À certains égards, Yann Perreau reste fidèle à lui-même : des paroles assez raffinées, tantôt sensuelles, tantôt engagées. Il s’amuse de nouveau avec son carrousel animalier, qui commence à être bien garni. Dès son premier album, Western Romance (2002), les animaux (l’éléphant notamment) habitaient le monde de Perreau. Le serpent est même venu se glisser dans le titre de son troisième long jeu. Même sa maison de production se nomme Les Productions du renard inc. L’oiseau, également, à une place de prédilection dans l’œuvre de l’auteur.

Et que dire de Yann Perreau lui-même, souvent désigné de bête de scène par plusieurs amateurs et journalistes au fil des ans? À la lumière de ce qu’il a présenté jeudi soir, à l’Usine C, il n’a pas perdu son côté animal. Un côté imprévisible (d’autres diront flyé) par moments, certes, mais dangereusement vivant.

«Un gars comme moi, qui est arrivé à quarante ans, cinquième album, qui touche à tout comme la danse (avec Fred Gravel), le théâtre (avec Éric Jean au Quat’sous), la mise en scène… c’est important de me mettre en danger, dit-il. Je me suis dit que je voulais un truc qui me ressemblait encore, mais qui allait en même temps me déstabiliser. Je voulais que le monde soit surpris [à la première écoute de l’album]. De mon côté, j’avais envie de ressentir de l’excitation à revenir avec de quoi de l’fun pis fresh pour partir en tournée. Je trouve qu’avec Le fantastique des astres, j’ai trouvé un juste milieu.»

Une sorte de philosophie artistique à la manière Perreau, bien entendu.

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Tout comme pour la création de l’album (Yves Desrosiers, François Chauvette, François Plante, Martin Bachand, Gabriel Gagnon, Alex McMahon), Yann Perreau s’est entouré de solides musiciens pour l’éventuelle tournée: Gabriel Gratton (aux claviers), Jean-Alexandre Beaudoin (à la guitare), Maxime Bellavance (à la batterie) ainsi que François Plante (à la basse et à la direction musicale).

«J’ai faim en criss», a lancé Yann Perreau au début de son spectacle-lancement à Montréal. Une ligne fort éloquente pour ce gourmand de la vie qui se fait affectueusement qualifié de «kid» par sa mère.

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Yann Perreau

Le fantastique des astres

Sous étiquette Bonsound

Sortie le 15 avril

yannperreau.com