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12/04/2016 20:45 EDT | Actualisé 13/04/2017 01:12 EDT

Italie: le pétrole trop près des plages fait polémique

Les plateformes "offshore", dont la plus proche se trouve à moins de deux kilomètres d'une plage près de Ravenne, sur la côte adriatique, sont l'enjeu d'un référendum délicat dimanche pour le gouvernement italien.

Le débat oppose farouchement défenseurs de l'environnement au monde des affaires et au gouvernement de Matteo Renzi, pour savoir combien de temps les compagnies pétrolières peuvent exploiter en mer les gisements situés à moins de 12 milles (22 km).

Voter "non" permet aux société pétrolières, essentiellement le groupe énergétique Eni, d'exploiter les gisements jusqu'à leur épuisement, comme le prévoit une nouvelle loi entrée en vigueur en janvier. Voter "oui" signifie abroger la loi et revenir à une exploitation limitée à la durée prévue par la concession.

De nombreux commentateurs italiens ont estimé que la formulation de la question, qui impose de voter "oui" pour manifester son opposition, risquait de dérouter bien des électeurs.

Signe de la complexité de l'enjeu, M. Renzi a appelé à l'abstention dimanche. Si le quorum fixé à 50% de participation n'est pas atteint, le référendum resterait en effet lettre morte.

Une décision aussitôt dénoncée par les écologistes qui voient dans ces plateformes un risque de catastrophe écologique, sans parler de la contamination déjà bien réelle selon eux pour les espèces marines.

Si la loi était abrogée, cela signifierait clairement que l'Italie "fait le choix des énergies renouvelables", juge Giulio Kerschbaumer, 34 ans, qui dirige l'organisation écologiste Legambiente en Emilie-Romagne, où se trouve Ravenne.

Le moment est plutôt favorable aux détracteurs de l'exploitation en mer des hydrocarbures. En France, la ministre de l'Environnement et de l'Energie, Ségolène Royal, a décidé d'appliquer un moratoire "immédiat" sur les permis de recherches d'hydrocarbures en Méditerranée.

Et en Italie, la ministre du développement économique, Federica Guidi, a été contrainte à la démission sous l'accusation de trafic d'influence en faveur du groupe français Total, quand les défenseurs de l'environnement jugent que la nouvelle loi sur les plateformes "offshore" n'est rien d'autre qu'un "cadeau aux multinationales du pétrole".

Dans ce contexte, le vote de dimanche s'annonce un peu plus délicat que prévu pour le gouvernement de Matteo Renzi, qui voit l'opposition redoubler ses attaques avant des élections locales partielles prévues en juin, même si la probabilité que le quorum soit atteint reste faible, selon les commentateurs italiens.

- 140.000 emplois dépendants des hydrocarbures -

Neuf régions concernées par l'exploitation offshore soutiennent ce referendum, mais c'est vers Ravenne que se tournent tous les regards.

Ancienne capitale au Ve siècle de l'Empire romain, la ville du poète Dante Alighieri est aujourd'hui le principal carrefour de l'exploitation des hydrocarbures dans le nord et le centre de l'Italie.

Quelque 47 des 92 plateformes se trouvent en Emilie-Romagne et l'économie locale est très dépendante de l'offshore.

Selon le syndicat Filctem Cgil, démonter les plateformes à la fin des concessions menacerait au moins 2.500 emplois directs.

Selon une étude de la Nomisma Research Foundation, quelque 140.000 emplois dans la région sont d'une manière ou d'une autre dépendants de l'exploitation des hydrocarbures.

Gianluigi Bambini, qui dirige une entreprise de transport maritime, mesure déjà les effets négatifs, selon lui, de la consultation populaire.

"Nous avions 264 employés il y a 18 mois, maintenant nous n'en avons plus que 180", explique-t-il à l'AFP, alors que l'un des bateaux de sa société approche d'une des plateformes, aux énormes tubes rouges envahis de moules.

Ramassées par des plongeurs, cuites à l'étouffée avec tomates et oignons, certaines de ces moules ont été servies il y a quelques jours lors d'un grand banquet organisé à Ravenne par les partisans du "non" à la limitation des plateformes, afin de démontrer leur saveur et l'absence de contamination.

Giovanni Fucci, président de l'association locale des conchyliculteurs, se bat pour sauver la réputation de ses moules, depuis la publication en mars d'un rapport de l'association Greenpeace affirmant qu'elles portaient des traces de métaux lourds et d'hydrocarbures.

"Tous les 15 jours, des inspecteurs sanitaires partent en mer et prennent des échantillons, les analysent et décident s'ils sont aptes à la consommation humaine. Ces moules sont recherchées par les meilleurs chefs italiens pour leur saveur et leur qualité", affirme-t-il, ajoutant que ce marché représente 126 millions d'euros par an en Emilie-Romagne.

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