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13/04/2016 03:29 EDT | Actualisé 14/04/2017 01:12 EDT

France: au procès de pirates somaliens, les derniers mots pour demander "encore pardon"

Sept pirates somaliens ont une dernière fois demandé "pardon" mercredi à la famille de la victime, pour l'équipée meurtrière menée en 2011 contre le voilier Tribal Kat dans le golfe d'Aden, avant que le tribunal qui les juge à Paris se retire pour délibérer.

"Il y a eu beaucoup de drames. J'y pense tous les jours. Je vous demande pardon, encore", a dit Mohamed Ahmed Hersi. Farhan Abdisalam Hassan "regrette beaucoup". "Je vous demande de me juger pour ce que j'ai fait et je vous remercie".

Certains, comme Ahmed Akid Abdullahi, ont aussi demandé "l'indulgence" de la cour, à l'issue de deux semaines de procès qui ont largement montré que les tueurs de Christian Colombo, le skipper français du Tribal Kat, n'étaient pas dans le box des accusés.

Les accusés seront fixés dans la soirée sur leur sort. L'avocate générale, Sylvie Kachaner, a requis de lourdes peines, de 16 à 22 ans de réclusion criminelle, contre des hommes "unis par une volonté commune" de piller et rançonner.

Critiquant la "folie" des réquisitions, la défense a au contraire vu dans ce procès "la rencontre de deux souffrances" et a interrogé "un système pénal qui fabrique des fous". L'accusé le plus jeune, Farhan Abchir Mohamoud, est devenu schizophrène en prison.

Pour Evelyne Colombo, la veuve de la victime, le procès a marqué un retour dans l'enfer du 8 septembre 2011. "16H15, Christian décédé" sont les derniers mots qu'elle a écrits sur le livre de bord du Tribal Kat.

Elle avait embarqué en 2008 avec son mari, ancien infirmier de la marine fondu de voile, à bord de ce catamaran de 16 mètres pour faire le tour du monde. Le rêve d'une vie.

- Désert brûlé et mer polluée -

Tous les témoignages ont désigné Abdoulahi, le second du chef pirate et premier à monter à bord du voilier, comme le tueur. Personne n'a assisté au meurtre. Evelyne Colombo a vu le corps de son mari jeté à la mer. Elle est restée 48 heures séquestrée à bord d'un skiff ballotté par les vagues, jusqu'à l'assaut d'un commando espagnol qui la libère et tue les deux chefs pirates.

Pourquoi devenir pirate? Risquer si gros pour une poignée de dollars?

Le drame s'est noué sur une plage du bout de la Corne de l'Afrique où un pêcheur, un coolie, un cueilleur d'encens ou un ancien policier sont devenus "pirates", "mais pas professionnels", pour cesser de "crever de faim" ou "aider sa famille" comme les accusés ont tenté de le dire.

"Quand un pêcheur a dans son dos un désert brûlé et devant lui une mer polluée", alors quel choix s'offre à lui, a demandé Martin Pradel, l'avocat de Brug Ali Artan, contre qui la plus lourde peine a été requise, désigné avec deux autres comme de potentiels "recruteurs" par l'accusation.

"Vingt-deux ans, c'est la peine qu'on inflige aux pédophiles et aux dépeceurs. Je vous demande de condamner Ahmed Akid Abdullahi comme un pirate, pas comme un tueur en série", a tonné Me Augustin d'Ollone.

Les avocats ont dénoncé un "réquisitoire absurde", avec une "interdiction du territoire" inapplicable "quand on sait qu'on ne peut pas expulser un Somalien".

"Ce qui fait la différence entre le procès et la vengeance, c'est qu'on introduit un élément de compréhension", a martelé Me Pradel. Les "comprendre pour mieux les juger". "Sans haine", selon les mots d'Evelyne Colombo au premier jour du procès.

Ce procès, le quatrième en France de pirates somaliens, est peut-être le dernier. En 2011, la piraterie somalienne était à son apogée, avec 237 attaques et des rançons se chiffrant en moyenne à 2 millions de dollars par navire. Depuis, grâce à un important déploiement militaire européen, la piraterie a nettement décliné.

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